Frappes ukrainiennes : pourquoi la fragile trêve énergétique se brise entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky

À Paris, le 7 décembre 2024, Donald Trump, Emmanuel Macron et Volodymyr Zelensky posent avant leurs échanges. Une image de l’équilibre diplomatique au cœur des tensions actuelles. Crédits : President of Ukraine.

À Paris, le 7 décembre 2024, Donald Trump, Emmanuel Macron et Volodymyr Zelensky posent avant leurs échanges. Une image de l’équilibre diplomatique au cœur des tensions actuelles. Crédits : President of Ukraine.

Donald Trump a dénoncé, jeudi 15 octobre 2026 sur Newsmax, la reprise des frappes ukrainiennes contre les raffineries russes. Volodymyr Zelensky dit avoir levé une pause de trois jours face à la poursuite des bombardements russes. Les autorités russes signalent un incendie à Riazan. Ce désaccord oppose la stratégie militaire ukrainienne à la priorité américaine donnée aux carburants. Les contacts diplomatiques se poursuivent, tandis que l’Ukraine sollicite davantage d’aide européenne.

À Riazan, un incendie confirmé mais des dégâts à préciser

La raffinerie de Riazan, à environ 300 kilomètres au sud-est de Moscou, a été visée jeudi par une attaque de drones. Le gouverneur régional, Pavel Malkov, a signalé un incendie sur Telegram. Le ministère russe de la Défense l’a attribué à la chute de débris d’appareils interceptés. Un haut responsable ukrainien a confirmé la frappe à Associated Press, sous couvert d’anonymat, faute d’autorisation de s’exprimer publiquement.

Cette installation appartient au groupe pétrolier public Rosneft. Selon Reuters, elle représente près de 5 % du volume de pétrole traité par les raffineries russes et contribue à approvisionner la région de Moscou. Ce poids industriel ne correspond pas à une perte de production mesurée après l’attaque.

Pavel Malkov a indiqué que les dommages étaient en cours d’évaluation. Ni la durée d’une éventuelle interruption ni les volumes de carburants qui pourraient manquer ne sont établis. L’incendie atteste que le site a été touché, sans permettre de conclure à la destruction de l’ensemble de l’usine.

Une pause de trois jours contestée par la Russie

Le dimanche 11 octobre, Donald Trump avait annoncé une trêve énergétique entre les deux pays. La transcription de l’entretien au Financial Times est publique. Volodymyr Zelensky y explique avoir ordonné la suspension des attaques contre les installations énergétiques russes. Il affirme avoir maintenu cette consigne pendant trois jours, tandis que les forces russes continuaient leurs bombardements.

L’entretien, réalisé à Londres et publié le 15 octobre, permet de préciser sa décision. Le président ukrainien dit avoir levé l’interdiction après de nouvelles attaques meurtrières. Son récit est contesté par Dmitri Peskov, porte-parole de la présidence russe, qui affirme que les frappes ukrainiennes n’avaient jamais cessé. Associated Press précise ne pas pouvoir vérifier indépendamment les versions des deux camps.

L’AFP soulignait vendredi que Moscou n’avait pas donné son accord à la trêve annoncée. Reuters rapporte également que la présidence russe considérait son périmètre comme encore indéterminé. L’annonce américaine ne suffit donc pas à établir un engagement réciproque appliqué sur le terrain. Elle concernait les infrastructures énergétiques, au sein de la guerre déclenchée par l’invasion russe à grande échelle de février 2022.

Donald Trump échange avec Volodymyr Zelensky lors d’une rencontre où les gestes disent autant que les mots. Leur face-à-face illustre une relation désormais traversée par le désaccord sur les frappes énergétiques. Crédits : Centre Culturel Cao Dai / Flickr.
Donald Trump échange avec Volodymyr Zelensky lors d’une rencontre où les gestes disent autant que les mots. Leur face-à-face illustre une relation désormais traversée par le désaccord sur les frappes énergétiques. Crédits : Centre Culturel Cao Dai / Flickr.

Trump place le diesel au centre du désaccord

Interrogé jeudi dans l’émission Finnerty, depuis la Maison-Blanche, Donald Trump a qualifié la reprise des frappes de « honte ». Dans les propos publiés par Newsmax, il reproche au dirigeant ukrainien de renchérir le pétrole. Il l’accuse aussi de menacer une production de diesel dont, insiste-t-il, le monde a besoin. Il estime que l’armée ukrainienne dispose de « beaucoup d’autres cibles ».

Le président américain personnalise aussi sa critique. Il accuse Volodymyr Zelensky de ne pas vouloir conclure un accord et le juge plus difficile à convaincre que Vladimir Poutine. Ces accusations accompagnent sa défense de l’approvisionnement en carburants, sans constituer une démonstration des intentions du président ukrainien.

Le différend avait pris une dimension commerciale dès le 9 octobre. Donald Trump annonçait alors un accord sur des livraisons de diesel russe. Le président américain cherche à faire baisser les prix avant les élections de mi-mandat du 3 novembre. Volodymyr Zelensky critique, lui, des recettes susceptibles d’alimenter l’effort de guerre russe. Les deux dirigeants divergent ainsi sur le rôle des exportations énergétiques dans la négociation.

À Paris, Volodymyr Zelensky, Emmanuel Macron et Donald Trump descendent côte à côte les marches de l’Élysée le 7 décembre 2024. Le protocole saisit une unité de façade avant de nouveaux désaccords sur la guerre. Crédits : President of Ukraine.
À Paris, Volodymyr Zelensky, Emmanuel Macron et Donald Trump descendent côte à côte les marches de l’Élysée le 7 décembre 2024. Le protocole saisit une unité de façade avant de nouveaux désaccords sur la guerre. Crédits : President of Ukraine.

Les cours du pétrole ne mesurent pas l’effet d’une seule frappe

Les mouvements de marché appellent une lecture plus prudente que celle de Donald Trump. Vendredi, à 13 h 11 GMT, le Brent était stable à 105,92 dollars le baril. Le WTI américain reculait de 0,2 %, à 97,75 dollars, selon un point de marché de Reuters diffusé par Euronext. À cette heure, les deux références du pétrole brut progressaient respectivement de 1,2 % et de 6,5 % sur la semaine.

Reuters reliait ces évolutions aux incertitudes sur les approvisionnements du Moyen-Orient et à une forte baisse des stocks américains. L’agence signalait aussi un recul proche de 2 % des marges européennes de raffinage du diesel. Ce mouvement suivait l’annonce d’une libération de réserves par l’Agence internationale de l’énergie. Ces marges reflètent l’écart de valeur entre le carburant et le brut nécessaire à sa production. Elles ne sont pas un prix à la pompe.

Une raffinerie transforme le pétrole brut en produits utilisables, notamment en essence et en gazole. Une perturbation de cette transformation peut peser sur la disponibilité des carburants. Selon l’agence américaine d’information sur l’énergie, l’EIA, le prix du diesel dépend de plusieurs facteurs. Parmi eux figurent le brut, les stocks, la demande, le transport et les taxes.

Ces données montrent que plusieurs facteurs agissent simultanément. Elles ne permettent pas d’isoler l’effet des attaques ukrainiennes sur les prix mondiaux, encore moins celui de la seule frappe de Riazan. Quantifier cet effet supposerait notamment de connaître les capacités réellement arrêtées et la durée des réparations.

La défense aérienne au cœur des demandes ukrainiennes

Dans son entretien au Financial Times, Volodymyr Zelensky lie une éventuelle nouvelle retenue à des moyens de protection supplémentaires. Les États-Unis pourraient lui demander de ne plus attaquer les raffineries, alors que la Russie poursuit ses bombardements. Dans ce cas, il réclame au minimum davantage de missiles pour les systèmes antiaériens Patriot. Ces intercepteurs servent notamment à abattre des missiles balistiques.

Il souligne aussi que l’unité entre l’Ukraine, les États-Unis et les pays européens reste nécessaire pour obtenir la paix.

Donald Trump prend la parole à New York le 25 septembre 2019, lors d’une rencontre bilatérale avec Volodymyr Zelensky. Les drapeaux ukrainiens et américain encadrent une relation diplomatique devenue plus heurtée. Crédits : President.gov.ua, CC BY 4.0.
Donald Trump prend la parole à New York le 25 septembre 2019, lors d’une rencontre bilatérale avec Volodymyr Zelensky. Les drapeaux ukrainiens et américain encadrent une relation diplomatique devenue plus heurtée. Crédits : President.gov.ua, CC BY 4.0.

À Bruxelles, une demande de soutien pour 2027

Vendredi 16 octobre, devant les dirigeants de l’Union européenne, Volodymyr Zelensky a demandé au moins 70 milliards d’euros supplémentaires. Cette somme doit couvrir l’année suivante. Dans un extrait de son discours officiel, il évalue le coût de la guerre à 155 milliards d’euros en 2027. Cette estimation concerne son pays. Les fonds demandés doivent financer la défense, les armes et la capacité de l’Ukraine à tenir.

Le président ukrainien affirme notamment que le manque d’argent limite la production de drones. Il souligne leur rôle dans l’interruption des approvisionnements militaires russes. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’est aussi exprimée vendredi. Selon elle, l’Union ne lèvera pas ses sanctions tant que la Russie n’aura pas mis fin à la guerre.

Les échanges avec les États-Unis continuent également. Lors de sa conférence de presse à Bruxelles, Volodymyr Zelensky a déclaré que son équipe restait en contact permanent avec les négociateurs américains. Il a évoqué la possibilité d’une rencontre dans les prochains jours, sans annoncer de rendez-vous fixé.

Cet article a été rédigé par Christian Pierre.