
Donald Trump prend la foule à témoin lors d’un rassemblement à Glendale, le 23 août 2024. Ce geste frontal rappelle une communication faite de défi et de provocation. Crédits : Gage Skidmore, CC BY-SA 2.0.
Donald Trump a publié le 18 août sur Truth Social une carte présentant le détroit d’Ormuz comme un « nouveau territoire américain ». Ce troisième geste en cinq jours, après un meeting puis une déclaration dans le Bureau ovale, n’a aucun effet juridique. Il intervient toutefois au cœur d’un conflit avec l’Iran. Le trafic maritime reste très réduit et les négociations sur le passage sont dans l’impasse.
Une carte sans texte, au troisième acte
La publication diffusée sur Truth Social est apparue le 18 août à 11 h 09 min 26 s UTC. Elle vient du compte vérifié du président américain. Son message ne contient aucun texte. L’image montre une carte, un cercle autour du détroit d’Ormuz et la mention « New US Territory ». Aucun décret, communiqué diplomatique ou document juridique ne l’accompagne.
Ce visuel prolonge une séquence commencée le 14 août à Garden City, dans l’État de New York. Donald Trump s’exprimait devant des responsables des forces de l’ordre et des soutiens républicains. Il a annoncé qu’il déclarerait bientôt le détroit territoire des États-Unis une fois l’Iran vaincu. Les images de cette intervention le montrent rire, puis préciser que les États-Unis contrôlent le passage au moyen de leur blocus.
Le lendemain, le journaliste du Wall Street Journal Brian Schwartz a rapporté la version d’un haut responsable américain non nommé. Le président aurait plaisanté et n’aurait pas discuté d’une telle décision avec ses conseillers. Cette explication officieuse n’a pourtant pas clos l’épisode.
Le 17 août, interrogé dans le Bureau ovale, Donald Trump a repris l’idée. « Nous le contrôlons avec le blocus », a-t-il affirmé, avant de juger qu’en faire un territoire américain serait une « bonne idée ». Le lendemain, la carte a transformé cette déclaration orale en message visuel. Elle ne précise toujours pas s’il s’agit d’une provocation, d’un levier de négociation ou d’un projet politique.
Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères Kazem Gharibabadi avait répondu dès le 14 août. Selon lui, un détroit ne peut être acquis par un discours, un décret, un porte-avions ou une publication en ligne. Sa réaction visait à rappeler que la capacité d’exercer une pression militaire ne transfère pas la souveraineté.

À qui appartient le détroit d’Ormuz ?
Le détroit d’Ormuz se situe entre l’Iran, au nord, et la péninsule omanaise de Musandam, au sud. Il relie le golfe Persique au golfe d’Oman et à la mer d’Arabie. Les deux États riverains exercent leur souveraineté sur leurs eaux territoriales ; les États-Unis ne sont pas un État côtier du passage. Le détroit n’appartient donc pas à un seul pays. Son régime de navigation limite toutefois ce que les riverains peuvent imposer aux navires en transit.
Le droit de passage et la souveraineté sont deux notions distinctes. En juillet, le Conseil de l’Organisation maritime internationale a rappelé le droit de transit. Dans un détroit utilisé pour la navigation internationale, celui-ci ne doit être ni empêché ni suspendu. Le Conseil a aussi demandé que le couloir reconnu depuis 1968 reste accessible sans discrimination, péage ni autre charge.
Une déclaration présidentielle ne peut, à elle seule, modifier ces souverainetés. Deux professeurs de droit maritime interrogés par CNN, Jason Chuah et Simon Baughen, ont souligné les limites d’une proclamation. Elle ne suffit ni au regard du droit américain ni au regard du droit international. Une éventuelle cession supposerait notamment l’accord de l’État concerné. Au 19 août, aucun acte officiel américain ne fait état d’une telle procédure.

Un contrôle militaire revendiqué, un trafic toujours très réduit
Dans un message publié le 18 août et rapporté par l’Associated Press, Donald Trump présente son blocus des ports iraniens comme pleinement effectif. Il affirme aussi que les mines ont été neutralisées et que le détroit est « ouvert et opérationnel ». Ces trois affirmations relèvent de la position américaine. Elles ne confèrent pas aux États-Unis une souveraineté sur le passage. Elles ne prouvent pas non plus que la navigation commerciale a retrouvé son niveau antérieur au conflit.
Les données disponibles décrivent une situation moins binaire qu’un détroit entièrement ouvert ou fermé. D’après la plateforme Kpler, citée dans la même dépêche, la dernière semaine mesurée compte 95 traversées confirmées. Cela représente une baisse de 19,5 %. Trois navires seulement ont franchi le passage le dimanche. Ce décompte reste incomplet : certains bâtiments coupent le transpondeur qui diffuse leur position.
L’Iran soutient au contraire que le détroit restera fermé jusqu’au respect des engagements d’un protocole signé en juin. Les demandes iraniennes comprennent notamment la levée du blocus naval, le dégel d’avoirs et la fin de certaines opérations militaires. En pratique, quelques navires passent encore, mais le trafic demeure très inférieur à celui d’avant-guerre. Dire que le détroit est fermé décrit donc une restriction sévère, pas nécessairement une absence absolue de circulation.
Cette différence entre souveraineté, liberté de passage et maîtrise opérationnelle répond aussi à la question de savoir qui contrôle actuellement Ormuz. L’Iran peut agir sur les routes proches de ses côtes. Les États-Unis exercent une pression navale dans la zone, tandis qu’Oman participe aux discussions sur l’organisation du trafic. Aucun de ces acteurs ne détient à lui seul un contrôle juridique et matériel incontesté de l’ensemble du détroit.
Des négociations démenties, mais des canaux encore actifs
Le 18 août, Donald Trump a assuré qu’aucune discussion avec l’Iran n’était en cours ni programmée. Cette déclaration contredisait son émissaire Jared Kushner. La veille, celui-ci évoquait des échanges actifs entre plusieurs composantes des deux appareils d’État. Les gardiens de la révolution iraniens ont, de leur côté, nié l’existence d’un canal direct avec les États-Unis.
L’absence proclamée de pourparlers bilatéraux ne signifie pas que toute médiation a cessé. L’Iran et Oman poursuivent leurs échanges sur la gestion du détroit. Le Qatar et l’Égypte présentent un accord entre les deux riverains comme une étape possible vers la reprise des discussions. Ces voies parallèles restent fragiles : au 19 août, aucun accord n’avait été annoncé.
D’après des responsables cités anonymement par l’Associated Press, l’administration s’oppose à une cogestion irano-omanaise de la route de sortie. Elle refuse aussi la collecte de contributions pour financer la sécurité maritime, même si elles sont présentées comme volontaires. L’OMI défend pour sa part un passage sans péage. Le désaccord porte donc sur des règles très concrètes. Qui organise les couloirs, garantit la sécurité ou peut demander un paiement aux navires ?
Après la publication de la carte, Kazem Gharibabadi a de nouveau rejeté la revendication américaine en la présentant comme une illusion. Cette réaction montre que le message de Donald Trump est désormais intégré au bras de fer diplomatique. Aucune mesure territoriale ne lui donne pourtant corps.

Pourquoi la fermeture d’Ormuz pèse sur l’économie mondiale
Avant la guerre, le détroit constituait la principale sortie maritime des producteurs du golfe Persique. Au premier semestre 2025, l’Agence américaine d’information sur l’énergie évaluait les flux à 20,9 millions de barils par jour. Pétrole et produits pétroliers représentaient ainsi environ 20 % de la consommation mondiale de liquides pétroliers. Une part importante des exportations de gaz naturel liquéfié du Qatar emprunte également cette voie.
Une fermeture prolongée réduit les volumes disponibles, rallonge certains itinéraires et renchérit le transport, l’assurance et le financement des cargaisons. Elle touche d’abord les pays asiatiques très dépendants des hydrocarbures du Golfe. Ses effets gagnent ensuite les prix mondiaux de l’énergie, puis ceux des transports et de nombreux biens.
La carte publiée par Donald Trump ne change donc pas les frontières. Elle ajoute une ambiguïté politique à un conflit où les mots influencent les armateurs, les assureurs et les États médiateurs. Aucun acte officiel n’existe et les versions américaine et iranienne sur l’ouverture du passage restent opposées. La formule de « nouveau territoire américain » relève donc d’une revendication rhétorique, non d’un fait territorial.