
Marie Sabot apparaît dans l’univers institutionnel de We Love Green, après sa distinction dans l’Ordre national du Mérite. Le portrait resserre l’attention sur la cofondatrice, figure de l’identité culturelle et écologique du festival. Crédits : Philippe Levy / We Love Green, LinkedIn.
We Love Green ouvre sa 15e édition ce vendredi 5 juin 2026 au bois de Vincennes, à Paris. L’ambition dépasse l’affiche musicale. Jusqu’au dimanche 7 juin, le festival place son Think Tank au centre de sa promesse culturelle. Il veut faire cohabiter concerts, écologie et débats sociaux, sans réduire l’événement à une tribune.
Une scène de débats dans un festival de musique
Le festival parisien reste d’abord un rendez-vous musical. Son édition 2026 s’appuie sur trois jours de concerts, de gastronomie, d’art, de comedy et de talks. Mais le sujet de cette année tient à la place accordée au Think Tank. We Love Green le présente comme un chapiteau installé au cœur du site, ouvert les 5, 6 et 7 juin.
Selon Franceinfo, Marie Sabot défend une « scène d’échanges et pas d’opinions ». La formule dit l’équilibre recherché. Le festival donne de la place à des sujets politiques et sociaux. Mais il les inscrit dans un dispositif de conversation, plutôt que dans une succession de prises de position.
Le programme officiel du Think Tank confirme ce déplacement. We Love Green y annonce des débats, podcasts en direct, témoignages, formats d’humour et conférences. Les thèmes vont des résistances aux récits médiatiques, en passant par les luttes queers. Ils couvrent aussi le handicap invisible, les lanceurs d’alerte, la transition alimentaire et les réseaux sociaux en politique.

Le Think Tank, douze ans après le tipi
We Love Green présente son Think Tank comme un format devenu, en douze ans, une scène à part entière. L’information principale n’est pas seulement la croissance du dispositif, mais le déplacement de son centre de gravité. Le festival ne parle plus uniquement d’impact environnemental ou de transition écologique. Il installe désormais dans son récit la représentation, le pouvoir médiatique, la polarisation politique et les conflits culturels.
Ce glissement se lit dans les thèmes retenus. Médias antiracistes, luttes queers, lanceurs d’alerte, handicap invisible, réseaux sociaux avant 2027 et transition alimentaire ne forment pas une simple mosaïque. Ils dessinent une manière de positionner We Love Green comme festival engagé au sens large. L’écologie devient alors une porte d’entrée vers une conversation plus vaste sur la société française.
Cette évolution est risquée, mais elle est cohérente avec l’histoire du lieu. We Love Green s’est construit sur l’idée qu’un festival pouvait être autre chose qu’une succession de concerts. En 2026, cette ambition change d’échelle. Le temps de loisir devient aussi un espace où se mettent en scène des controverses. Ce passage distingue l’édition de la simple annonce de programmation. L’imaginaire écologique y glisse vers une fonction culturelle plus politique, au sens du débat public.
L’écologie comme socle revendiqué
Cette inflexion ne sort pas de nulle part. Depuis sa création, We Love Green construit son image autour de l’écoresponsabilité. Sur sa page Green, le festival revendique notamment une certification ISO 20121 obtenue en 2023 et des bilans carbone. Il cite aussi une restauration entièrement végétarienne depuis 2023 et la réduction du plastique à usage unique. S’y ajoutent des dispositifs liés aux déchets, à l’énergie, à l’eau ou à la biodiversité.
Ces éléments doivent rester attribués au festival. Ils documentent un positionnement et des méthodes revendiquées, pas une validation indépendante de toute performance environnementale. Ils montrent surtout que We Love Green a déjà fait de l’organisation de l’événement un terrain de discours public. Le Think Tank prolonge cette logique. Mais il la déplace vers des sujets moins consensuels que les écogestes : polarisation, médias, minorités, mobilisations ou récits politiques.
La limite est là. Un festival reste une machine événementielle, avec ses contraintes de jauge, de circulation, de restauration, de sponsors et de spectacle. Même la page environnementale de We Love Green rappelle un point sensible. Les mobilités des festivaliers et des marchandises constituent les deux premiers postes d’émissions du bilan 2024. Le débat ne peut donc pas fonctionner comme un vernis moral posé sur la fête. Il doit apporter de la contradiction, des faits et du contexte. Sinon, l’engagement devient un élément d’expérience parmi d’autres.

Un nouvel actionnariat en arrière-plan
La question se pose aussi dans un contexte industriel différent. En juillet 2025, le festival est passé sous le contrôle conjoint du groupe Combat de Matthieu Pigasse et d’AEG Presents France. Billboard France a alors décrit une prise de participation majoritaire, à hauteur de 80 %. L’objectif affiché était de renforcer la dimension internationale du festival tout en préservant son identité artistique et écologique.
Rien ne permet d’affirmer que ce changement d’actionnariat dicte la programmation du Think Tank. Le lien doit donc rester prudent. Il éclaire pourtant l’environnement de l’édition 2026. AEG renforce sa stratégie de festivals européens, tandis que Combat développe déjà une présence dans le live et les médias culturels. Quand We Love Green parle de récits, de bataille culturelle et de débats publics, le cadre change. Événementiel, musique et médias se rapprochent.
Le point n’est donc pas de suggérer une ligne politique imposée au festival. Il est d’observer que le Think Tank devient un espace où se rencontrent trois logiques. On y retrouve l’ADN écologique de We Love Green, l’attraction d’un grand rendez-vous musical et son nouvel environnement médiatico-industriel.
La promesse d’échange à l’épreuve du public
La réussite de cette proposition dépendra moins de la liste des invités que du cadre réel des discussions. Le programme 2026 offre plusieurs tests concrets. Le duel sur la transition alimentaire annonce Brigitte Gothière de L214 face à Bertrand Swiderski de Carrefour. Il peut produire de la contradiction s’il confronte vraiment défense animale, grande distribution, prix et habitudes alimentaires. La session d’Amnesty International et Konbini sur les discours médiatiques peut être utile. Encore faut-il qu’elle remette des faits au centre, au lieu de seulement confirmer un public déjà convaincu.
Le même enjeu vaut pour les formats plus politiques du dimanche. Un échange sur les réseaux sociaux et les batailles politiques, à l’approche de 2027, peut vite tourner court. Son intérêt dépendra de sa capacité à expliquer concrètement leurs effets sur la fabrication des récits. Le dialogue entre Asma Mhalla et François Saltiel sur le techno-fascisme hybride peut, lui, éclairer un terme lourd. Il devra le définir et l’adosser à des exemples compréhensibles.

Pour We Love Green 2026, le défi consiste donc à tenir deux registres à la fois. Le festival doit rester un événement culturel populaire, lisible et festif. Il veut aussi être un lieu de pensée critique, selon ses propres termes. Cette double ambition n’est pas contradictoire en soi. Elle devient fragile si le vocabulaire de l’engagement remplace l’exigence d’information.
La 15e édition ouvre ainsi une question plus large que son programme du week-end. Les festivals cherchent à se distinguer, tandis que leur modèle économique reste sous tension. Les scènes culturelles deviennent aussi des lieux de confrontation symbolique. We Love Green teste alors une forme hybride : un festival de musique qui veut faire du débat social une scène culturelle à part entière.