Qui a tué Tupac Shakur ? Duane Davis reconnu coupable au terme d’un procès sans arme ni Cadillac retrouvée

À New York, une figure de cire de Tupac Shakur fixe l’objectif, bandana noué et regard frontal. Ce portrait culturel rappelle l’icône du rap au cœur d’un procès vieux de trente ans. Crédits : John Seb Barber / Flickr, CC BY 2.0.

Crédits : John Seb Barber / Flickr, CC BY 2.0.

Un jury de Las Vegas a rendu son verdict lundi 31 août. Il a déclaré Duane « Keffe D » Davis coupable du meurtre au premier degré de Tupac Shakur avec usage d’une arme mortelle. L’accusé n’était pas présenté comme le tireur, mais comme l’organisateur des représailles de 1996. Cette première condamnation repose surtout sur ses propres récits, contestés par la défense. Sa peine sera prononcée le 13 octobre.

Un verdict qui ne désigne pas le tireur

Le verdict tranche la responsabilité pénale de Duane Davis, pas l’identité de celui qui a ouvert le feu. À 63 ans, l’ancien membre des South Side Compton Crips était le seul accusé. Il était aussi le seul survivant des quatre hommes que l’accusation situait dans une Cadillac blanche. Il a toujours nié avoir tiré sur Tupac Shakur.

Au Nevada, une personne peut être condamnée comme auteur principal lorsqu’elle aide, encourage, commande ou procure à autrui la commission d’un crime. Cette règle figure dans le NRS 195.020. L’accusation n’avait donc pas à prouver que Davis avait lui-même pressé la détente. Elle devait convaincre les jurés qu’il avait sciemment organisé et favorisé le meurtre.

Selon l’accusation, Davis s’était procuré une arme et avait rassemblé les occupants de la Cadillac. Il aurait ensuite donné l’impulsion à la recherche de Tupac Shakur et de Marion « Suge » Knight. Les jurés ont retenu cette thèse après moins de trois heures de délibération. Pendant neuf jours, ils avaient entendu 24 témoins cités par l’accusation et trois par la défense. Ces chiffres viennent du compte rendu de l’Associated Press.

Les récits de Davis au cœur de la preuve

L’affaire ne s’est pas débloquée par la découverte de l’arme, de la voiture ou d’une nouvelle trace scientifique. Elle a progressé parce que Duane Davis a raconté à plusieurs reprises sa version de la nuit du 7 septembre 1996. Il l’a livrée aux enquêteurs, dans des documentaires et des entretiens, puis dans ses mémoires publiés en 2019, Compton Street Legend.

Dans ces récits, Davis se plaçait sur le siège passager avant de la Cadillac. Il disait notamment avoir transmis l’arme vers la banquette arrière, sans identifier de manière constante celui qui avait tiré. Pour les procureurs, la répétition du même noyau narratif au fil des années constituait une admission renforcée par les circonstances du crime. Ses variations n’effaçaient pas, selon eux, les éléments demeurés stables.

La défense a proposé la lecture inverse. L’avocat Michael Sanft a soutenu que son client avait grossi ou inventé son rôle pour gagner de l’argent et vendre un livre. Les récits publics relevaient, selon lui, de la vantardise et non de l’aveu fiable. Il a aussi contesté leur corroboration. Aucune donnée téléphonique, aucune arme et aucun véhicule n’ont été produits pour placer matériellement Davis dans la Cadillac.

Ce face-à-face a fait du procès un examen de la parole elle-même. Les jurés devaient décider si les versions successives formaient une histoire commerciale incohérente ou si elles révélaient une connaissance directe du crime. Leur verdict montre qu’ils ont choisi la seconde interprétation, sans pour autant résoudre toutes les incertitudes du dossier.

Pourquoi Tupac Shakur a-t-il été tué ?

La thèse retenue par l’accusation est celle d’une vengeance. Quelques heures avant les tirs, Tupac Shakur et Suge Knight avaient assisté à un combat de Mike Tyson au MGM Grand. Plusieurs membres de leur entourage étaient avec eux. Une altercation avait ensuite éclaté dans le casino ; Orlando Anderson, neveu de Davis, avait été frappé par le groupe du rappeur.

Selon les procureurs, cet épisode a déclenché les représailles. Davis et trois autres hommes auraient cherché la BMW conduite par Suge Knight. Peu après 23 heures, une Cadillac blanche s’est portée à hauteur de la voiture, arrêtée à un feu près du Las Vegas Strip. Plusieurs coups de feu ont atteint Tupac Shakur, tandis que Knight a été blessé. Le rappeur est mort de ses blessures le 13 septembre 1996, à 25 ans.

Le procès a replacé cette séquence dans les tensions entre deux gangs de Los Angeles : les South Side Compton Crips et les Mob Piru. Certains de leurs membres gravitaient autour de labels rivaux. Ce contexte ne suffit cependant pas à expliquer le meurtre. Réduire le dossier à la question « Tupac était-il Crip ou Blood ? » confondrait les affiliations de son entourage, le récit de l’accusation et la responsabilité individuelle examinée par le jury.

Une défense centrée sur les preuves manquantes

La BMW dans laquelle Tupac Shakur a été mortellement blessé a été documentée après les tirs. La Cadillac blanche n’a jamais été retrouvée. L’arme non plus. Trente ans après les faits, plusieurs témoins ou suspects évoqués au cours de l’enquête sont morts. Les souvenirs ont vieilli, les récits ont changé et certaines archives ont manqué, autant de failles exploitées par la défense.

Michael Sanft a également soutenu qu’aucune preuve indépendante ne démontrait que Davis se trouvait à Las Vegas ce soir-là. Il a présenté les passages les plus compromettants du livre comme un récit romancé par son auteur et son coauteur. L’accusation a répondu que les déclarations ne se limitaient pas aux mémoires : elles avaient été formulées dans plusieurs cadres et à plusieurs dates.

Le verdict ne signifie donc pas que le dossier comportait une preuve matérielle tardivement retrouvée. Il signifie que les jurés ont estimé l’ensemble des déclarations et des témoignages suffisant pour établir la culpabilité au-delà du doute raisonnable. Cette distinction est essentielle. La cause de la mort de Tupac Shakur est connue depuis 1996. La responsabilité pénale de Davis dépendait toutefois d’un faisceau de preuves surtout circonstancielles.

Le débat sur l’immunité n’est pas clos

Avant le procès, Duane Davis avait tenté de faire annuler son inculpation. Il invoquait notamment un accord conclu lors d’échanges antérieurs avec les autorités fédérales. Selon lui, ses déclarations ne pouvaient pas être utilisées contre lui. La question était sensible, car ses propos constituaient le centre de l’accusation.

Dans une ordonnance du 4 novembre 2025, la Cour suprême du Nevada a refusé d’interrompre l’affaire par une procédure extraordinaire. Elle a relevé que le tribunal de première instance protégeait certaines déclarations faites dans le cadre d’un accord fédéral en 1998. Mais Davis n’avait pas démontré que cette protection s’étendait à ses entretiens ultérieurs. Il n’avait pas non plus établi que l’État du Nevada était lié par cet accord.

La haute juridiction n’a donc pas validé par avance toute la preuve de l’accusation. Elle a surtout jugé que Davis disposait d’une voie normale. Après une éventuelle condamnation, il pouvait contester la suffisance ou l’admissibilité des éléments dans le cadre d’un appel direct. Le verdict du 31 août ouvre désormais cette étape possible.

Une résolution judiciaire encore partielle

À la question de savoir qui a tué Tupac Shakur, la justice apporte désormais une réponse précise mais limitée. Duane Davis a été reconnu pénalement responsable du meurtre au premier degré avec usage d’une arme mortelle. Le jury n’a pas eu à désigner le tireur. Le verdict ne transforme donc pas en certitude chaque détail des récits produits au procès.

La peine reste elle aussi à fixer. Le NRS 200.030 prévoit, pour le meurtre au premier degré, plusieurs sanctions pouvant aller jusqu’à la perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle. L’audience est annoncée pour le 13 octobre 2026. Tant que la juge Carli Kierny ne s’est pas prononcée, aucune peine définitive ne peut être présentée comme acquise.

Davis a déclaré dans la salle d’audience vouloir faire appel. Au 1er septembre, cette intention ne vaut pas encore dépôt formel d’un recours. La condamnation constitue la première réponse judiciaire dans un dossier resté sans procès pendant près de trois décennies. Elle ne clôt ni les voies de recours ni les questions factuelles que le jury n’avait pas à trancher.

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Un jury reconnaît Duane Keffe D Davis coupable de meurtre au premier degré de Tupac Shakur en 1996

Cet article a été rédigé par Émilie Schwartz.