Taxe numérique : Trump relance la menace sur les vins français et pousse Macron au bras de fer du G7

Donald Trump reçoit Emmanuel Macron à Londres, le 3 décembre 2019, lors du sommet du 70e anniversaire de l’OTAN. Le face-à-face rappelle une relation politique traversée par les tensions commerciales. Crédits : Dan Scavino / Executive Office of the President of the United States.

Donald Trump reçoit Emmanuel Macron à Londres, le 3 décembre 2019, lors du sommet du 70e anniversaire de l’OTAN. Le face-à-face rappelle une relation politique traversée par les tensions commerciales. Crédits : Dan Scavino / Executive Office of the President of the United States.

Donald Trump a menacé, lundi 15 juin 2026. Il dit vouloir imposer des droits de douane de 100 % sur les vins et champagnes français. Cette sanction viserait la France si elle maintient sa taxe sur les services numériques. À l’ouverture du G7 d’Évian-les-Bains, le président américain transforme un différend fiscal ancien. Il en fait une pression commerciale directe sur une filière exportatrice déjà fragilisée.

Une menace attribuée à Trump, pas une décision américaine

Dans un entretien accordé au New York Post, Donald Trump dit avoir demandé à Emmanuel Macron de ne pas taxer les entreprises américaines. Il affirme qu’à défaut, les États-Unis n’auraient « pas d’autre choix ». La sanction viserait les champagnes et vins français, avec un tarif de 100 %.

À ce stade, aucune décision formelle de l’administration américaine n’a été publiée par les autorités commerciales américaines. La formule doit donc être lue comme une menace politique et douanière, non comme un droit de douane déjà en vigueur. La dépêche AFP reprise par TradingView et RTÉ confirme la circulation internationale de l’information. Elle attribue aussi la déclaration initiale à l’entretien du quotidien new-yorkais.

La pression intervient le jour de l’ouverture du G7 en Haute-Savoie. Emmanuel Macron y accueille Donald Trump et les autres dirigeants des grandes économies industrialisées. Le calendrier donne à cette sortie une portée diplomatique immédiate. Le contentieux fiscal devient un sujet de sommet, et non plus seulement un débat technique entre administrations.

À Biarritz, Donald Trump et Emmanuel Macron affichent une cordialité de sommet pendant une séquence de presse commune. Le dialogue franco-américain y apparaît déjà comme un mélange de gestes diplomatiques et de rapports de force. Crédits : Official White House Photo by Andrea Hanks.
À Biarritz, Donald Trump et Emmanuel Macron affichent une cordialité de sommet pendant une séquence de presse commune. Le dialogue franco-américain y apparaît déjà comme un mélange de gestes diplomatiques et de rapports de force. Crédits : Official White House Photo by Andrea Hanks.

Ce que taxe réellement la France

La taxe française sur certains services numériques a été créée par la loi du 24 juillet 2019. Elle ne vise pas juridiquement une nationalité d’entreprise. Elle porte sur des activités numériques rattachées à la France : publicité ciblée, mise en relation entre internautes et vente de données à fins publicitaires.

L’administration fiscale précise sur impots.gouv.fr que la taxe vise les grands groupes de ces services. Le seuil est fixé à 750 millions d’euros dans le monde, dont 25 millions rattachables à la France. Son taux est de 3 % des sommes perçues au titre des services numériques taxables.

C’est ce dispositif que Donald Trump présente comme une charge visant les grands groupes technologiques américains. La lecture française est plus large : les critères sont généraux. Les entreprises américaines de la publicité, des plateformes et des données restent toutefois au cœur du bras de fer depuis 2019.

Une filière viticole exposée au marché américain

Le choix du vin et du champagne comme cible n’est pas anodin. Les États-Unis restent l’un des principaux débouchés de la filière française des vins et spiritueux. Selon Pleinchamp, qui cite la FEVS, les exportations du secteur ont reculé de 7,9 % en 2025, à 14,3 milliards d’euros. Les achats américains ont baissé de 21,2 %, tout en représentant encore 21 % du chiffre d’affaires export.

La réaction professionnelle est déjà inquiète. Dans une déclaration rapportée par Reuters et reprise par WTAQ, la FEVS juge cette menace défavorable pour une industrie très dépendante de l’export. Elle la voit prise dans un conflit qui dépasse ses propres décisions commerciales. Après la chute des ventes vers les États-Unis en 2025, l’organisation appelle à un comportement « responsable ». Elle réclame aussi des relations commerciales équilibrées entre Paris et Washington. La filière redoute autant l’effet économique d’une surtaxe que l’incertitude créée avant même son éventuelle application.

En marge du G7 de Biarritz, Donald Trump s’entretient avec Emmanuel Macron dans un moment plus informel. La scène fait écho au bras de fer fiscal et douanier qui pèse sur Paris et Washington. Crédits : Dan Scavino / Executive Office of the President of the United States.
En marge du G7 de Biarritz, Donald Trump s’entretient avec Emmanuel Macron dans un moment plus informel. La scène fait écho au bras de fer fiscal et douanier qui pèse sur Paris et Washington. Crédits : Dan Scavino / Executive Office of the President of the United States.

Le précédent d’un bras de fer récurrent

Le contentieux n’est pas nouveau. La taxe numérique française avait déjà provoqué des tensions commerciales lors de sa mise en place. Les États-Unis estimaient qu’elle touchait de façon disproportionnée leurs entreprises. Depuis, les menaces de droits de douane sur les vins, les champagnes ou plus largement les produits européens réapparaissent à chaque crispation transatlantique.

La nouveauté du 15 juin tient surtout à la cible et au moment. Donald Trump ne se contente pas de critiquer la taxe sur les services numériques en France. Il relie publiquement son maintien à une sanction potentielle contre un symbole économique français. Cette menace surgit au moment où les dirigeants doivent discuter de commerce, de sécurité et de coordination internationale.

Pour les exportateurs français, le risque immédiat est l’incertitude. Une menace de 100 % peut suffire à retarder des commandes. Elle peut aussi compliquer les négociations avec les importateurs américains et peser sur les prix. Pour le gouvernement français, l’enjeu est plus large : défendre un outil fiscal national sans déclencher une escalade douanière.

Cet article a été rédigé par Christian Pierre.