Face à l’Iran et à Ormuz, Trump teste un leadership américain contesté, transactionnel et difficile à garantir

Donald Trump lors de la Conservative Political Action Conference, dans le Maryland, en 2013. Crédits : Gage Skidmore / Flickr, CC BY-SA 2.0.

Donald Trump lors de la Conservative Political Action Conference, dans le Maryland, en 2013. Crédits : Gage Skidmore / Flickr, CC BY-SA 2.0.

Donald Trump revendique une Amérique redevenue centrale. L’actualité de fin juin 2026 oblige pourtant à tester cette affirmation sur pièces. Célébration du 250e anniversaire des États-Unis, négociations avec l’Iran, tensions à Ormuz, tournée de Marco Rubio dans le Golfe : ces dossiers convergent. Il ne s’agit pas de proclamer la fin du leadership américain, mais d’en mesurer les limites.

Une puissance mise en scène à Washington

Le point de départ est politique autant que diplomatique. Le 25 juin, l’émission Le Débat de France 24 a posé frontalement la question du leadership américain. Le plateau réunissait Stéphanie Antoine, l’ancienne ambassadrice Sylvie Bermann, l’historien Dominique Vidal et le vice-amiral Michel Olhagaray. Le programme partait d’un contraste : Donald Trump refuse l’idée d’un déclin américain et martèle que l’Amérique est de retour. Au même moment, plusieurs crises montrent que Washington doit négocier, rassurer et parfois composer.

Cette mise en scène a trouvé un symbole la veille à Washington. Dans la partie accessible de son article, Le Monde décrit le lancement des célébrations du 250e anniversaire de la Déclaration d’indépendance. Le rassemblement, organisé sur le National Mall, était très personnalisé autour du président. L’événement, qui aurait pu relever d’un rituel civique consensuel, a pris l’allure d’une démonstration politique. Cela ne suffit pas à juger la puissance américaine. Mais cela éclaire le récit que Donald Trump veut imposer : une présidence qui confond volontiers grandeur nationale, loyauté partisane et démonstration d’autorité.

Le leadership américain ne se mesure pourtant pas seulement à sa capacité de produire des images. Il se vérifie dans la faculté de fixer les termes d’un accord, de garantir une voie stratégique et d’aligner des partenaires. C’est là que les dossiers iranien et maritime deviennent décisifs.

L’Iran transforme l’accord-cadre en rapport de force

Le premier test concerne l’Iran. Le 24 juin, Euronews rapportait que Téhéran présentait l’accord-cadre avec Washington comme une « défaite américaine ». Donald Trump menaçait, lui, d’interrompre les discussions si l’Iran imposait des frais dans le détroit d’Ormuz. La formule iranienne n’est pas une preuve neutre. Elle relève d’une communication politique destinée à montrer que la République islamique ne subit pas l’agenda américain.

Le contenu juridiquement contraignant de l’arrangement reste, lui, moins clair que les slogans. Les sources disponibles parlent d’un accord-cadre, d’un mémorandum et de discussions techniques, pas d’un accord final stabilisé. Ce point compte : si Washington peut annoncer un progrès, il ne peut pas encore démontrer que tous les termes essentiels lui appartiennent. L’Iran, de son côté, cherche à réintroduire sa souveraineté côtière dans la discussion sur Ormuz. Il veut aussi limiter l’idée d’une liberté de navigation définie uniquement par les États-Unis et leurs alliés.

La séquence du 26 juin renforce cette lecture. Selon Anadolu, le vice-ministre iranien Kazem Gharibabadi a contesté les « arrangements ambigus » et les routes décidées sans Téhéran. À ses yeux, le passage dans le détroit ne peut pas être garanti hors des considérations de l’État riverain. Ce n’est pas seulement une objection technique. C’est une manière de contester le cœur du leadership américain : la capacité à faire accepter une règle commune dans une zone stratégique.

Ormuz, le test concret du leadership américain

Le détroit d’Ormuz est le deuxième test, car il transforme la diplomatie en sécurité immédiate. Le 25 juin, l’Organisation maritime internationale a annoncé la suspension temporaire de son opération d’évacuation. Cette pause suit une attaque contre un navire dans le golfe d’Oman. Son secrétaire général, Arsenio Dominguez, a expliqué vouloir reconfirmer les garanties de sécurité. L’objectif reste de poursuivre le plan destiné à faire sortir des milliers de marins bloqués dans la région.

Cette suspension donne une mesure très concrète de la crise. La liberté de navigation n’est plus un principe abstrait. Elle dépend de couloirs identifiés, de garanties opérationnelles et de la retenue des acteurs régionaux. Chaque traversée peut sinon devenir un incident diplomatique ou militaire. France 24 a également rapporté, dans son direct du 25 juin, que Marco Rubio refusait le principe de péages à Ormuz. Oman affirmait de son côté qu’aucune redevance de transit ne serait imposée dans un futur arrangement.

Donald Trump face au public de la Conservative Political Action Conference, à National Harbor, en 2013. L’image inscrit la figure trumpienne dans une culture politique militante, utile pour lire le récit de puissance mobilisé par son camp. Crédits : Gage Skidmore / Flickr, CC BY-SA 2.0.
Donald Trump face au public de la Conservative Political Action Conference, à National Harbor, en 2013. L’image inscrit la figure trumpienne dans une culture politique militante, utile pour lire le récit de puissance mobilisé par son camp. Crédits : Gage Skidmore / Flickr, CC BY-SA 2.0.

La position américaine et celle des pays du Golfe se veulent fermes. Selon Anadolu, le communiqué publié après la réunion de Manama a rejeté les péages, les frais et les tentatives de contrôle. Il a défendu une navigation libre, inconditionnelle et sans restriction dans le détroit. Mais le fait même que cette formule doive être répétée montre que le rapport de force reste ouvert.

Des alliés à rassurer autant qu’à commander

Le troisième test concerne les alliés. Dans le Golfe, Marco Rubio ne se contente pas de parler à l’Iran. Il doit rassurer des partenaires qui veulent une protection américaine sans être entraînés dans une escalade incontrôlable. Les discussions sur le Liban, la sécurité maritime et le programme nucléaire iranien composent un même tableau. Les États-Unis restent le pôle militaire et diplomatique dominant. Mais cette position exige désormais une négociation permanente avec des capitales régionales qui défendent leurs propres marges de manœuvre.

Ce point nuance fortement l’idée d’une « fin » du leadership américain. Les États-Unis disposent encore d’un poids que peu d’acteurs peuvent égaler. Ils convoquent des réunions, structurent des communiqués, pèsent sur les garanties de sécurité et restent l’interlocuteur central de leurs alliés du Golfe. Mais ce leadership apparaît moins vertical. Il fonctionne par transactions, par garanties et par pressions réciproques, plutôt que par simple injonction.

L’Iran l’a compris. En présentant l’accord-cadre comme une victoire politique, Téhéran cherche à prouver que Washington ne fixe pas seul les règles. Il poursuit le même objectif en contestant les routes et les conditions de passage à Ormuz. Oman l’a compris aussi, en se posant comme acteur de passage et de médiation. Les alliés du Golfe, eux, soutiennent la ligne américaine tout en cherchant à limiter les coûts régionaux d’un bras de fer prolongé.

Une autorité contestée, pas effacée

La question posée par France 24 mérite donc une réponse prudente. Non, les éléments vérifiés ne permettent pas d’affirmer que le leadership américain est terminé. La puissance américaine demeure centrale dans l’architecture diplomatique et sécuritaire du dossier. Mais l’épisode Iran-Ormuz montre un leadership plus contesté et plus transactionnel. Il dépend davantage de garanties concrètes que ne le suggère le slogan d’une Amérique simplement « de retour ».

À partir des faits présentés, le contraste se dessine ainsi : à Washington, Donald Trump met en scène une puissance sûre d’elle-même. Dans le Golfe, son administration doit encore produire de la sécurité, de la liberté de navigation et des compromis acceptables. Ce n’est pas un verdict définitif sur l’avenir du leadership américain. C’est une grille de lecture plus prudente : moins la fin de ce leadership qu’un test sévère de sa crédibilité.

Cet article a été rédigé par Christian Pierre.