
Donald Trump et JD Vance apparaissent dans une image politique diffusée par Veci verejné, utilisée ici pour illustrer les tractations américaines autour de l’Iran. Le duo rappelle le cadrage présidentiel du dossier, entre annonce diplomatique et pari de mise en œuvre. Crédits : Veci verejné, CC BY 4.0.
Les États-Unis et l’Iran doivent formaliser le 19 juin 2026 en Suisse un mémorandum censé ouvrir soixante jours de négociations. Le texte n’a pas encore été publié officiellement. Il promet à Téhéran un fonds de 300 milliards de dollars, des dérogations pétrolières et une trajectoire de levée des sanctions. Mais ces concessions ne valent que si un accord final est conclu.
Un mémorandum, pas encore un accord final
Le document circule depuis le sommet du G7 d’Évian-les-Bains. Il ressemble moins à un traité bouclé qu’à une feuille de route politique. Bloomberg dit avoir consulté le texte du projet de mémorandum, repris par Yahoo Finance. Selon ce texte, les deux pays s’engageraient à mettre fin à la guerre. Ils promettraient aussi de respecter leur souveraineté respective et de négocier un accord final dans un délai maximal de soixante jours.
Cette distinction est centrale. Les concessions les plus sensibles ne seraient pas appliquées comme un chèque en blanc. Le projet prévoit des mécanismes à définir et un calendrier à négocier. Il renvoie aussi la validation finale à une résolution contraignante du Conseil de sécurité de l’ONU. À ce stade, aucun texte officiel complet n’a été rendu public. La Maison Blanche, le département d’État américain, le Trésor et les autorités iraniennes ne l’ont pas publié dans les sources consultées.
Le cœur politique du dossier tient dans ce décalage. Donald Trump peut présenter une sortie de guerre. Téhéran peut, de son côté, montrer à son opinion un horizon économique. Mais la substance technique reste à construire, en particulier sur le nucléaire, les sanctions, les avoirs gelés et la sécurité du détroit d’Ormuz.
Le fonds de 300 milliards reste conditionnel
Le chiffre de 300 milliards de dollars est le plus spectaculaire. Le projet de mémorandum prévoit un plan de redressement et de développement économique de l’Iran. Les États-Unis l’élaboreraient avec leurs partenaires régionaux. Le financement atteindrait au moins 300 milliards de dollars. Selon Reuters, qui cite une source directe, il s’agirait d’un véhicule privé. Il ne serait pas financé par l’argent public américain. Plus de la moitié du montant aurait déjà été engagée.
La même dépêche, reprise par The Business Standard, évoque une demande initiale de 400 milliards de dollars. Elle l’attribue à une source iranienne de haut rang, qui parle de compensation pour les dommages de guerre. Cette revendication, comme le montant finalement évoqué, doit rester attribuée. Elle ne prouve ni un transfert acquis, ni une gouvernance déjà arrêtée.
BFM Business, qui s’appuie sur Bloomberg, souligne un point clé. Le mécanisme de mise en œuvre serait défini pendant la fenêtre de soixante jours. Autrement dit, le fonds de 300 milliards Iran fonctionne d’abord comme une incitation diplomatique. Il promet un débouché économique à Téhéran. Mais il dépend d’engagements que les deux parties devront encore traduire en règles vérifiables.

Sanctions, pétrole et avoirs gelés : des ouvertures sous conditions
Le projet mentionne une levée des sanctions visant l’Iran, y compris les sanctions unilatérales américaines. Mais le calendrier doit être intégré dans l’accord final. C’est un point décisif pour comprendre la portée réelle du texte. Il ne dit pas que les sanctions disparaissent le 19 juin 2026. Il ouvre une trajectoire de levée sanctions Iran si les négociations aboutissent.
Les mesures pétrolières seraient plus rapides. Le texte rapporté par Bloomberg prévoit des dérogations accordées dès la signature du mémorandum. Elles couvriraient le brut iranien, les produits pétrochimiques et les services associés. Les banques, l’assurance et le transport seraient notamment concernés. Là encore, les responsables américains cités par CNN décrivent l’ensemble comme « performance-based ». Autrement dit, il dépendrait du respect des engagements iraniens.
Le sort des avoirs gelés Iran reste tout aussi encadré. Le projet prévoit qu’ils puissent devenir pleinement disponibles en fonction de l’avancement des discussions vers un accord définitif. Il ne fixe pas de calendrier public, ne chiffre pas officiellement les montants concernés et ne détaille pas les licences nécessaires. Pour le lecteur, c’est une nuance essentielle : le mémorandum ouvre la porte, il ne la franchit pas encore.
Le détroit d’Ormuz au centre de l’équation
Le focus keyword du dossier, le détroit d’Ormuz Iran, n’est pas un simple décor géographique. Cette voie maritime relie le golfe Persique à la mer d’Oman et concentre une partie majeure du trafic énergétique mondial. Le projet prévoit que l’Iran prenne des mesures pour rétablir le trafic marchand en trente jours. L’objectif serait de revenir au niveau d’avant-guerre, malgré des obstacles techniques et la neutralisation de mines.
En face, les États-Unis promettraient de lever leur blocus et de retirer leurs forces des zones environnantes après l’accord final. Le texte ne précise pas, dans les éléments consultés, s’il existerait un mécanisme de péage ou une compensation directe liée au trafic. Il pose surtout une condition politique : la liberté de navigation devient l’une des contreparties vérifiables de l’allégement économique.
Cette partie du mémorandum explique pourquoi le dossier dépasse le face-à-face Trump-Iran. Une reprise crédible du trafic à Ormuz peut peser sur les marchés pétroliers, les assureurs maritimes, les pays du Golfe et les alliés européens. À l’inverse, une mise en œuvre floue ferait immédiatement remonter le risque diplomatique et énergétique.

Le nucléaire reste le point le moins réglé
La prudence vient surtout du volet nucléaire. Le projet de mémorandum affirme que l’Iran réitère qu’il ne produira jamais d’armes nucléaires. Mais CNN cite des responsables américains plus réservés. Selon eux, le texte serait volontairement vague. Il ne détaillerait pas les engagements sur le stock d’uranium hautement enrichi.
Ces responsables disent compter sur des engagements transmis par des canaux discrets. Ils porteraient notamment sur le traitement des matières enrichies, avec une implication américaine et une coordination avec l’Agence internationale de l’énergie atomique. Ces éléments ne figurent pas explicitement dans le texte public consultable. Ils doivent donc être traités comme des assurances politiques, non comme une clause vérifiée.
C’est là que se jouera la crédibilité de l’accord États-Unis Iran. Une promesse de financement et de levée des sanctions peut créer l’espace politique nécessaire à la négociation. Mais le mémorandum reste vulnérable sans mécanisme nucléaire précis. Il lui faut aussi un calendrier de vérification et un rôle clair pour l’AIEA.
Une victoire affichée, un test encore devant lui
L’accord Iran Trump peut donc être lu comme un pari. Il donne à chaque camp une formule de sortie. Celle-ci mêle arrêt des combats, reprise d’Ormuz, financement privé, allégement progressif des sanctions et discussion sur les avoirs gelés. Mais le texte concentre aussi les ambiguïtés que les négociateurs devront résoudre en soixante jours.
Pour Donald Trump, le risque politique est double. S’il présente le mémorandum comme une victoire définitive, ses adversaires pourront pointer trois angles morts. Le texte ne règle ni la gouvernance du fonds, ni le calendrier des sanctions, ni le traitement exact de l’uranium enrichi. S’il insiste trop sur les conditions, Téhéran peut juger les bénéfices économiques trop incertains pour vendre l’accord en interne.
La promesse américaine de 300 milliards de dollars à l’Iran vaut donc moins par son montant que par sa fonction. Elle sert de levier pour déplacer les discussions du champ militaire vers un compromis diplomatique. Sa réalité dépendra désormais d’une question plus étroite. Que les deux États accepteront-ils d’écrire, de financer et de vérifier avant l’expiration de la fenêtre de soixante jours ?