Guerre Iran–États-Unis : le Congrès peine à reprendre la main sur Trump

Donald Trump s’adresse à une session conjointe du Congrès des États-Unis en 2025, sous les applaudissements du vice-président et du président de la Chambre. Crédits : The White House, domaine public (travail du gouvernement fédéral des États-Unis).

Crédits : The White House, domaine public (travail du gouvernement fédéral des États-Unis).

Le 23 juillet, à Washington, la Chambre des représentants a demandé par 214 voix contre 208 le retrait des forces américaines engagées contre l’Iran. Quelques heures plus tard, le Sénat a bloqué, par 49 voix contre 47, une tentative potentiellement contraignante. Ces votes opposés montrent surtout combien le Congrès peine à transformer son pouvoir constitutionnel sur la guerre en limite effective imposée à Donald Trump.

Deux votes, deux portées juridiques

La Chambre, pourtant dominée par les républicains, a adopté la résolution concurrente H.Con.Res.89. Le scrutin nominal n° 282 s’est conclu par 214 voix contre 208. Quatre élus républicains — Tom Barrett, Warren Davidson, Brian Fitzpatrick et Thomas Massie — ont rejoint les démocrates.

Au Sénat, le vote ne portait pas directement sur le fond de la résolution S.J.Res.180. Les élus devaient décider s’ils la sortaient de la commission des affaires étrangères pour permettre son examen. Cette motion de décharge a échoué par 47 voix contre 49. Le texte reste donc bloqué en commission, mais il n’a pas été définitivement rejeté.

Chris Van Hollen lors d’une conférence législative à Washington en 2010. Crédits : AFGE / Flickr, Creative Commons Attribution 2.0 Generic (CC BY 2.0).
Chris Van Hollen lors d’une conférence législative à Washington en 2010. Crédits : AFGE / Flickr, Creative Commons Attribution 2.0 Generic (CC BY 2.0).

Cette différence de procédure est décisive. La Chambre a approuvé un signal politique dépourvu de force législative immédiate. Le Sénat a, lui, fermé pour l’instant la voie à un texte qui aurait pu devenir contraignant seulement après plusieurs étapes supplémentaires.

La Chambre envoie un signal sans créer d’obligation

Portée par la démocrate Pramila Jayapal, H.Con.Res.89 invoque la loi de 1973 sur les pouvoirs de guerre pour demander le retrait des forces américaines engagées contre l’Iran sans autorisation du Congrès. Mais une résolution concurrente n’est pas présentée au président pour signature. Elle exprime la position des deux chambres lorsqu’elles l’adoptent toutes les deux, sans devenir une loi exécutoire.

L’Office of Management and Budget, qui porte la position de l’exécutif, a publié le 23 juillet une note de politique administrative affirmant que ces résolutions n’avaient pas force de loi. L’administration Trump y défend aussi le pouvoir constitutionnel du président d’agir contre ce qu’elle présente comme la menace iranienne. Cette position reste contestée par les promoteurs du texte, qui soulignent que le Congrès n’a pas autorisé la guerre.

Pramila Jayapal lors d’un rassemblement au Capitole en 2017. Crédits : AFGE / Wikimedia Commons, Creative Commons Attribution 2.0 Generic (CC BY 2.0).
Pramila Jayapal lors d’un rassemblement au Capitole en 2017. Crédits : AFGE / Wikimedia Commons, Creative Commons Attribution 2.0 Generic (CC BY 2.0).

Pour Jayapal et ses alliés, le vote sert donc d’abord à obliger chaque élu à prendre position et à réaffirmer la compétence du pouvoir législatif. Il ne commande ni un cessez-le-feu ni un calendrier de retrait. Présenter l’adoption de la Chambre comme une fin de l’engagement américain serait juridiquement inexact.

Le Sénat bloque la voie potentiellement contraignante

La résolution conjointe S.J.Res.180, déposée par le démocrate Chris Van Hollen, visait également le retrait des forces américaines des hostilités non autorisées contre l’Iran. Contrairement à une résolution concurrente, une résolution conjointe doit être adoptée dans les mêmes termes par le Sénat et la Chambre, puis présentée au président.

Le vote officiel du Sénat montre que la républicaine Susan Collins a soutenu la motion de décharge, tandis que le démocrate John Fetterman a voté avec la majorité républicaine. Quatre sénateurs étaient absents : Katie Britt, Mitch McConnell, Lisa Murkowski et Rand Paul. Ces absences ont pesé sur l’arithmétique d’un scrutin très serré, sans permettre de conclure à une majorité stable en faveur du texte.

Même sortie de commission, S.J.Res.180 aurait encore dû franchir les deux chambres. Donald Trump aurait ensuite pu opposer son veto. Le Congrès n’aurait alors pu passer outre qu’avec une majorité des deux tiers dans chacune d’elles, seuil très éloigné des équilibres observés le 23 juillet. L’échec de la motion ne vaut donc ni approbation de chaque opération militaire ni autorisation générale donnée au président : il empêche simplement cette initiative précise d’avancer à ce stade.

Une fronde républicaine encore limitée

À la Chambre, les quatre défections républicaines donnent au vote sa portée politique. Elles montrent que la contestation de la guerre Iran–États-Unis ne se limite pas entièrement au camp démocrate. Elles ne suffisent toutefois pas à établir un basculement du Parti républicain : l’immense majorité de ses représentants a rejeté H.Con.Res.89.

Portrait officiel du représentant républicain Brian Fitzpatrick. Crédits : Kristie Boyd / U.S. House Office of Photography, domaine public (PD-USGov-Congress).
Portrait officiel du représentant républicain Brian Fitzpatrick. Crédits : Kristie Boyd / U.S. House Office of Photography, domaine public (PD-USGov-Congress).

Les votes successifs de juin et de juillet invitent d’ailleurs à la prudence. Les majorités varient selon la chambre, le texte présenté et l’étape de procédure. Au Sénat, certains républicains ayant déjà soutenu des limites aux pouvoirs de guerre étaient absents le 23 juillet, tandis que d’autres ont voté contre la nouvelle tentative. Il existe une fissure au sein du parti présidentiel, pas encore une coalition capable de dicter une sortie de guerre.

Comment le Congrès pourrait réellement contraindre le président

La Constitution américaine confie au Congrès le pouvoir de déclarer la guerre, de financer les forces armées et d’encadrer leur emploi. La War Powers Resolution de 1973 cherche à limiter les interventions prolongées sans autorisation parlementaire, mais son application fait l’objet de désaccords persistants entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif.

Pour imposer une limite juridiquement plus solide, les parlementaires devraient faire adopter une résolution conjointe dans les deux chambres et surmonter un éventuel veto. Ils pourraient aussi utiliser leur pouvoir budgétaire en refusant ou en conditionnant les crédits destinés aux opérations. Ces leviers exigent toutefois des majorités que les scrutins du 23 juillet n’ont pas réunies.

Le résultat est un paradoxe institutionnel : la Chambre a formellement demandé l’arrêt de l’engagement militaire, mais le Sénat a empêché l’examen du véhicule susceptible de produire une contrainte légale. Une partie du Congrès a manifesté son désaccord avec la conduite de la guerre ; l’institution n’en a pas repris le contrôle.

Cet article a été rédigé par Christian Pierre.