Trump Coin : 3,8 milliards de pertes, royalties géantes et tempête éthique autour d’un président pro-crypto

Donald Trump est représenté avec des sacs d’argent dans une image générée par IA. La mise en scène résume la collision entre marque présidentielle, spéculation crypto et revenus privés. Crédits : Easy-Peasy.AI, usage libre avec lien retour requis, image générée avec assistance IA.

Donald Trump est représenté avec des sacs d’argent dans une image générée par IA. La mise en scène résume la collision entre marque présidentielle, spéculation crypto et revenus privés. Crédits : Easy-Peasy.AI, usage libre avec lien retour requis, image générée avec assistance IA.

Le memecoin officiel de Donald Trump concentre trois risques. Le cours chute, les acheteurs tardifs perdent gros, et des structures liées au président déclarent des revenus. Une analyse blockchain attribuée à Nansen chiffre les pertes à 3,81 milliards de dollars. Elle concerne 988 905 portefeuilles, tandis qu’un document fédéral mentionne 635 millions de dollars de royalties.

Ce que mesure vraiment le chiffre des pertes

Le chiffre le plus spectaculaire ne vient pas d’une plainte collective ni d’une comptabilité officielle. Il provient d’une analyse de transactions publiques sur la blockchain, réalisée par Nansen et publiée par CoinDesk après le New York Times. Selon ces données, 988 905 portefeuilles ayant acheté le jeton $TRUMP étaient perdants fin juin 2026. Leur perte cumulée atteignait 3,81 milliards de dollars.

Cette précision est essentielle. Un portefeuille crypto n’est pas automatiquement une personne. Un investisseur peut en utiliser plusieurs, une plateforme peut en agréger beaucoup, et certains peuvent appartenir à des structures professionnelles. Dans l’autre sens, le chiffre reste un indicateur fort de diffusion. Les données décrivent des acheteurs très nombreux, souvent résumés comme près d’un million d’investisseurs.

CoinDesk indique aussi que 1,48 million de portefeuilles ont acheté le memecoin depuis son lancement. Parmi eux, 492 285 seraient en gain, pour 4,04 milliards de dollars au total. Ces gains se concentrent chez les acheteurs entrés dans les premières heures, quand le jeton se négociait sous 1 dollar. Les pertes, elles, se concentrent sur les entrants plus tardifs.

Un jeton politique devenu actif spéculatif

$TRUMP a été lancé dans les jours précédant l’investiture de Donald Trump en janvier 2025. Le produit appartient à la famille des memecoins. Ces jetons très volatils sont souvent portés par une communauté, un symbole, une célébrité ou un effet de mode. Ici, la marque politique est au cœur du produit.

Le cours a connu une envolée immédiate, puis un effondrement prolongé. CoinDesk situe le sommet proche de 75 dollars peu après le lancement. Le 7 juillet 2026, CoinMarketCap affichait un prix autour de 1,64 dollar. Son plus-haut historique atteignait 75,35 dollars, soit une baisse d’environ 98 % depuis ce pic. Cette volatilité explique la coexistence de gains très élevés et de pertes massives. Les premiers acheteurs vendent à des entrants arrivés beaucoup plus haut.

La mécanique n’est pas propre à Donald Trump. Elle est fréquente dans les cryptomonnaies de pure spéculation, où le prix dépend fortement de l’attention publique et de la liquidité. Mais la présence d’un président en exercice change la portée politique de l’affaire. La même personne prête son nom à l’actif et bénéficie de revenus liés à l’écosystème. Elle dirige aussi une administration qui oriente la régulation du secteur.

635 millions de dollars dans la déclaration fédérale

Le volet le plus sensible concerne les revenus. La page officielle de l’Office of Government Ethics renvoie à la déclaration annuelle certifiée de Donald Trump, publiée le 30 juin 2026. Dans l’annexe consacrée aux actifs et revenus, CIC Digital LLC est décrite comme liée à des frais de licence. Ces frais concernent des NFT et des memecoins. Le document mentionne aussi un accord de licence avec Celebration Coins. Sa valeur n’est pas aisément déterminable, mais il génère 635 068 835 dollars de royalties.

Ce montant ne doit pas être reformulé trop vite comme un gain personnel net directement empoché sur le jeton. La déclaration associe le revenu à une structure et à un type de licence. Elle montre cependant que l’univers crypto lié à la marque Trump n’est pas un simple produit de communication. Il apparaît dans un document fédéral comme une source de revenus majeure.

Le même document liste, dans l’environnement de CIC Digital, des portefeuilles de cryptomonnaies et des revenus de validation liés à l’ether. La question publique ne porte donc pas seulement sur la chute du cours. Elle touche l’alignement des intérêts : qui capte les revenus du lancement ? Qui supporte la baisse ? Quelle transparence existe entre structures commerciales, famille Trump et fonction présidentielle ?

Un conflit d’intérêts au cœur du débat crypto

Donald Trump a fait de la cryptomonnaie un marqueur politique depuis son retour à la Maison-Blanche. Il promet de faire des États-Unis un centre mondial du secteur. Dans le même temps, la Securities and Exchange Commission a adopté une ligne plus favorable aux acteurs crypto. Cette inflexion touche notamment la qualification juridique des memecoins. L’article ne permet pas d’affirmer une infraction. Il documente en revanche une situation où l’intérêt privé, la marque présidentielle et la politique publique se croisent.

Ce croisement a déjà attiré l’attention d’élus démocrates. En avril 2026, Elizabeth Warren, Adam Schiff et Richard Blumenthal ont demandé des documents à Fight Fight Fight LLC. Leur demande visait une conférence et un déjeuner liés au memecoin à Mar-a-Lago. Les sénateurs voulaient savoir si le président avait participé à la planification, à la promotion ou au profit potentiel de l’événement.

Le sujet dépasse donc la simple question de savoir si le Trump Coin était un bon investissement. Pour un particulier, un memecoin peut perdre presque toute sa valeur sans recours évident. Ce sont des actifs très risqués, sans garantie de rendement ni lien avec une activité économique classique. Pour un président, l’enjeu est différent. Il s’agit de savoir si l’exercice du pouvoir peut cohabiter avec la promotion d’un actif spéculatif portant son nom.

La prudence reste indispensable

Les chiffres disponibles dessinent une asymétrie nette. Des centaines de milliers de portefeuilles sont perdants. Les gains se concentrent chez des acheteurs précoces, et des royalties massives sont déclarées dans une structure liée à Donald Trump. Ces données ne suffisent pas, à elles seules, à établir une faute juridique ou à identifier chaque perdant comme une personne unique.

Cette nuance ne réduit pas l’intérêt public du dossier. Elle le rend plus lisible. L’affaire $TRUMP montre comment une crypto à forte charge politique peut transformer la notoriété présidentielle en marché spéculatif. Les acheteurs tardifs absorbent ensuite l’essentiel de la chute. Dans un secteur que l’administration américaine veut soutenir et déréguler, cette confusion devient une question démocratique. Elle touche autant le pouvoir et la marque que le revenu privé.

Cet article a été rédigé par Émilie Schwartz.