Air Force One : Trump quitte le VC-25A, tandis que le 747 qatari ouvre une crise de souveraineté américaine

Donald Trump et Melania Trump montent à bord d’Air Force One à Joint Base Andrews, le 5 juillet 2019, dans le cérémonial immuable de la présidence américaine. L’image rappelle la force symbolique de l’avion au moment où Washington prépare une transition contestée. Crédits : Official White House Photo by Shealah Craighead / The Trump White House Archived.

Donald Trump et Melania Trump montent à bord d’Air Force One à Joint Base Andrews, le 5 juillet 2019, dans le cérémonial immuable de la présidence américaine. L’image rappelle la force symbolique de l’avion au moment où Washington prépare une transition contestée. Crédits : Official White House Photo by Shealah Craighead / The Trump White House Archived.

Selon BFM Business avec l’AFP, Donald Trump a quitté l’un des deux Boeing 747 présidentiels historiques. Le départ intervient après son retour du G7 en France. Ce dernier trajet opérationnel concerne un Air Force One avion de génération VC-25A. Il survient alors que l’armée de l’air américaine prépare l’arrivée d’un 747-8i qatari. Cette solution temporaire est aussi sensible sur le plan diplomatique que technique.

Un dernier vol chargé de symbole

Le rituel a commencé sur le tarmac de Joint Base Andrews, près de Washington, après le retour du président américain d’Europe. Selon BFM Business avec l’AFP, Steven Cheung a salué sur X l’appareil par la formule « Bien joué, bon et fidèle serviteur ». Le directeur de la communication de la Maison Blanche y aurait aussi ajouté la mention « Le dernier voyage ». Monica Crowley, cheffe du protocole des États-Unis, a écrit qu’elle avait été honorée d’être à bord pour ce dernier vol.

L’image vaut surtout par ce qu’elle annonce. L’un des deux VC-25A quitte la scène au moment où Washington prépare une transition inhabituelle. Ces appareils, dérivés du Boeing 747-200B, sont utilisés depuis 1990. La suite consiste à faire entrer dans la flotte présidentielle un ancien 747-8i qatari, en attendant les futurs appareils commandés à Boeing.

Donald Trump embarque à bord d’Air Force One à Joint Base Andrews, le 16 mai 2019, avant un départ vers New York. Le salut aux militaires sur le tarmac condense la mise en scène familière d’un pouvoir mobile, aujourd’hui rattrapé par l’usure de ses appareils historiques. Crédits : Official White House Photo by Shealah Craighead / The Trump White House Archived.
Donald Trump embarque à bord d’Air Force One à Joint Base Andrews, le 16 mai 2019, avant un départ vers New York. Le salut aux militaires sur le tarmac condense la mise en scène familière d’un pouvoir mobile, aujourd’hui rattrapé par l’usure de ses appareils historiques. Crédits : Official White House Photo by Shealah Craighead / The Trump White House Archived.

La Maison Blanche n’a pas officiellement détaillé, à ce stade, le sort de chacun des deux appareils VC-25A. Le Washington Post rapporte toutefois que les responsables américains préparent la bascule vers un Boeing 747 offert par le Qatar. L’appareil serait destiné au département de la Défense. De son côté, l’Air Force indique que le Presidential Airlift Group choisira l’appareil adapté à chaque mission selon les besoins opérationnels.

Le VC-25B Bridge, un avion de transition

Trois noms cohabitent, mais ils ne désignent pas la même chose. Le VC-25A est l’actuelle génération de 747 présidentiels, celle qui tire sa révérence. Le VC-25B est le futur remplaçant durable, commandé à Boeing, mais attendu avec retard. Entre les deux, l’U.S. Air Force a créé un programme de transition, le VC-25B Bridge.

Dans son communiqué du 1er mai 2026, l’armée de l’air américaine affirme que cet avion de transition a terminé ses modifications. Ses essais en vol sont également achevés. L’étape suivante est sa peinture en livrée rouge, blanche et bleue. Le service identifie l’appareil comme un ancien 747-8i de chef d’État qatari. Il doit servir de pont jusqu’à l’arrivée des VC-25B de Boeing, désormais attendus en 2028.

Autrement dit, le 747 qatari n’est pas présenté comme le nouveau symbole permanent de la présidence américaine, mais comme une solution provisoire. Cette nuance n’efface pas les questions de sécurité. Un avion présidentiel transporte aussi des moyens de commandement et de communication. Les vérifications dépassent donc largement un simple réaménagement de cabine.

Selon l’Associated Press, publiée notamment par ABC11, le 747 qatari doit être prêt pour un usage présidentiel durant l’été 2026. NBC News a rapporté, le 12 juin, que Donald Trump envisageait de l’utiliser pour un déplacement au Mont Rushmore le 3 juillet. Ce vol entrerait dans les célébrations liées aux 250 ans des États-Unis. Aucune décision finale n’a toutefois été annoncée dans les sources consultées.

Un cadeau étranger sous surveillance politique

Le mot « cadeau » résume mal la difficulté. Donald Trump a défendu l’acceptation de cet avion en la présentant comme une économie pour le contribuable américain. Ses critiques, eux, y voient un test d’éthique publique, de sécurité nationale et de transparence budgétaire. Un avion offert par un État étranger, ici le Qatar, peut-il devenir l’avion présidentiel américain, même provisoirement ? Et peut-il le faire sans affaiblir l’apparence d’indépendance de la fonction ?

La question renvoie à la clause américaine sur les émoluments, qui encadre les avantages venus de puissances étrangères. L’appareil est présenté comme un don au département de la Défense, et non comme un avantage personnel direct. Le symbole reste pourtant sensible. L’avion qui transporte le président est aussi un outil diplomatique, une image de souveraineté et un espace de communications de sécurité nationale.

Le dossier engage aussi le contrôle institutionnel. Qui fixe le coût réel de la transformation ? Quels équipements sont ajoutés, retirés ou classifiés ? Quelles garanties permettent d’écarter les risques techniques ou de renseignement sur un appareil précédemment utilisé par un autre État ? Ces questions ne relèvent pas seulement de l’ingénierie aéronautique. Elles touchent aussi au rôle du Congrès, à la supervision du Pentagone et à la confiance du public.

L’AP rappelle que le 747 qatari a été évalué à environ 400 millions de dollars. Des parlementaires ont aussi évoqué, l’an dernier, des modifications pouvant dépasser le milliard de dollars. L’Air Force, de son côté, n’a pas publié de coût consolidé complet pour l’ensemble des travaux. La promesse d’économie budgétaire reste donc impossible à mesurer précisément à ce stade.

Donald Trump descend d’Air Force One à Offutt Air Force Base, dans le Nebraska, le 11 juin 2019, avant une étape politique dans l’Iowa. La passerelle et la carlingue donnent à la fonction présidentielle son décor le plus reconnaissable, entre protocole militaire et campagne permanente. Crédits : U.S. Air Force photo by Staff Sgt. Jacob Skovo-Lane / DVIDS.
Donald Trump descend d’Air Force One à Offutt Air Force Base, dans le Nebraska, le 11 juin 2019, avant une étape politique dans l’Iowa. La passerelle et la carlingue donnent à la fonction présidentielle son décor le plus reconnaissable, entre protocole militaire et campagne permanente. Crédits : U.S. Air Force photo by Staff Sgt. Jacob Skovo-Lane / DVIDS.

Le Washington Post rapporte aussi que certains choix d’aménagement auraient été limités pour accélérer la mise en service. L’intérieur serait notamment resté proche de la configuration de chef d’État qatari. L’Air Force assure que les exigences fonctionnelles nécessaires au transport du président ont été respectées. Le détail des capacités ajoutées ou non reste en grande partie classifié, ce qui nourrit justement le débat. Dans un programme aussi exposé, une partie des réponses attendues par le public ne peut pas être donnée publiquement.

Ce qui reste à vérifier

L’adieu au VC-25A donne donc une image nette, mais la transition demeure incomplète. Les messages de Steven Cheung et Monica Crowley sont cités par BFM Business avec l’AFP et par d’autres médias. Les URL directes des publications X n’ont toutefois pas été retrouvées dans le brief. L’article évite donc d’en faire une source primaire autonome.

Plusieurs points restent également ouverts. L’identification exacte de l’appareil VC-25A concerné n’est pas confirmée. Le calendrier précis d’entrée en service du 747 qatari reste lui aussi à vérifier. Il en va de même pour la nature des missions où il sera retenu. Le nom Air Force One, lui, ne tranchera pas le débat. Il désignera toujours l’avion qui transporte le président. Cela vaut pour un ancien symbole bleu et blanc comme pour un 747 de transition venu du Qatar.

Cet article a été rédigé par Christian Pierre.