
Le 11 décembre 2025, Laury Thilleman rompt le silence sur Instagram et décrit un baiser non consenti par Ary Abittan en 2013 sur le plateau des Enfants de la télé. La vidéo, ravivée par la polémique parisienne des 6–7 décembre et les mots prêtés à Brigitte Macron, réactive un débat. En effet, selon des images diffusées en ligne, le débat porte sur le consentement. Cependant, l’humoriste, qui a bénéficié d’un non-lieu en avril 2024, poursuit sa scène. Cette décision de non-lieu a été confirmée le 30 janvier 2025.
2013, sur un plateau de divertissement : une scène applaudie, une gêne tétanisée
La mémoire télévisuelle a parfois la cruauté des archives : en 2013, sur le plateau de Les Enfants de la télé sur TF1, émission animée par Arthur, Ary Abittan se penche vers Laury Thilleman, alors Miss France 2011 devenue animatrice. Il attrape son visage et l’embrasse. Le public rit, les invités sourient, la régie enchaîne. L’instant est capturé, diffusé, approuvé par l’ambiance du moment. La jeune femme, elle, se contracte, détourne la tête, esquisse un rire de circonstance. Le langage du corps dit l’évitement, la sidération, ce léger recul pour reprendre son souffle, tandis que l’hilarité, autour, vaut caution implicite. Le mot central n’est pas prononcé. Il manque à l’époque un mot dont le sens n’a pas encore sa pleine place : le consentement.
Dans la chronologie médiatique de ces années-là, les plateaux de variétés équilibrent la surenchère de légèreté. Par ailleurs, ils gèrent également l’escalade de proximité. Le geste, alors, n’est pas autopsié. Le cadre le protège : une émission, des rires, un décor dans lequel l’audace devient monnaie de spectacle. C’est précisément ce cadre qui, plus tard, rendra le retour des images si tranchant : ce que la salle encourageait hier choque aujourd’hui.
Résurgence : quand les réseaux réveillent les angles morts
Les réseaux nourrissent une mémoire qui ne s’efface pas. Décembre 2025, une courte séquence resurgit sur les fils de partage : la vidéo circule, s’arrête sur ces secondes où la jeune femme tente de se dérober. Le contexte a changé, la grammaire du consentement aussi. Le clip n’est plus une curiosité d’archive, il devient un document. La viralité a ses raisons : une autre polémique, toute proche, souffle sur les braises.
À Paris, aux Folies Bergère, un spectacle d’Ary Abittan vient d’être perturbé par des militantes du collectif #NousToutes. La veille, en coulisses, une Première dame glisse des mots qui deviendront un scandale. En effet, Brigitte Macron aurait lâché une invective visant « les militantes ». D’après ces enregistrements, cette phrase est analysée et répétée en boucle par celles qui l’ont perçue. En effet, elles considèrent cette phrase comme une injure. Elle est également appropriée par les personnes concernées, ce qui intensifie leur ressenti. Le débat s’embrase car il ne porte pas seulement sur le vocabulaire d’une figure publique. En effet, il révèle un rapport aux luttes féministes et un climat qui oppose méthodes d’action, peurs et défenses. De plus, il met en lumière l’empathie et l’ironie dans ce contexte. Dans cette atmosphère, l’archive de 2013 revient comme un symptôme.

La parole de Laury Thilleman : rompre le silence, choisir les mots justes
Le 11 décembre 2025, Laury Thilleman prend la parole sur Instagram. Elle ne se raconte pas en héroïne tardive, mais en témoin d’elle-même. Elle écrit que la honte, l’humiliation, le sentiment d’impuissance l’ont réduite au silence. Elle constate que, « à l’époque, on ne parlait pas du consentement ». Et surtout, elle articule cette phrase qui est tout à la fois un constat et un cadre éthique : « Mais je ne consens pas. » La formule tient en cinq mots et rectifie l’image que l’on croyait figée par le rire de 2013. Elle explique que ce rire était un masque et servait à rester sous la lumière. Cela permettait d’éviter un embarras encore plus grand, causé par une contradiction publique.
Quatorze ans séparent la séquence et le témoignage. La distance donne son relief à l’expérience intime. Elle ne prétend pas réécrire l’événement, elle choisit de rétablir sa volonté absente. De plus, elle décide de nommer ce qui n’avait pas été nommé. Elle fait, en somme, ce qu’une génération de femmes a appris à faire depuis l’onde de choc #MeToo : restituer la ligne du consentement dans des scènes que la convivialité médiatique brouillait. Le geste n’est pas d’accusation pénale, il est politique au sens premier, c’est-à-dire public et pédagogique.
Un dossier judiciaire distinct : le non-lieu et son malentendu récurrent
Repère juridique (Code pénal). « Le plaignant conserve la possibilité d’un recours si des nouveaux éléments surgissaient. »
L’affaire qui prend feu sur les réseaux croise une autre histoire, juridique celle-là, mais distincte : en 2021, une plainte pour viol vise Ary Abittan. Après instruction, un non-lieu est prononcé en avril 2024, puis confirmé en appel le 30 janvier 2025. Depuis, l’humoriste a repris sa carrière. Dans l’espace public, toutefois, le mot « non-lieu » charrie une ambiguïté qui trouble la discussion. Il est régulièrement confondu avec l’acquittement. Or, en droit français, le non-lieu est une décision d’instruction : il signifie qu’il n’existe pas de charges suffisantes pour renvoyer devant une juridiction de jugement. Il n’est pas un verdict d’innocence au terme d’un procès.
Il convient d’être précis : un non-lieu met fin aux poursuites dans le cadre d’une information judiciaire. Par contre, l’acquittement est prononcé par une cour d’assises au terme d’un débat contradictoire. Les mots comptent, car ils engagent l’interprétation des faits et rendent au temps judiciaire sa logique spécifique. Cette logique est lente, rigoureuse et limitée par les preuves disponibles à un moment donné. De plus, le collectif #NousToutes insiste sur l’importance de ce point. Il rappelle la signification, en droit et en pratique, de l’arrêt d’une procédure. Ainsi, il ne s’agit pas d’opposer les juridictions à la société civile. Cependant, il est crucial d’éviter que la confusion sémantique n’ajoute du tumulte au tumulte. En cas de nouveaux éléments, sérieux et concordants, la justice pourrait être saisie à nouveau, à l’initiative du parquet ou des parties.
La séquence Macron : maladresse de coulisses, brasier public
L’archive de 2013 renaît, car elle s’entrelace aux réactions suscitées début décembre 2025. En effet, la phrase attribuée à Brigitte Macron dans les coulisses des Folies Bergère a provoqué ces réactions. Un couloir et des sourires avant-scène apparaissent dans les images. Ensuite, quelques mots sont captés par une caméra. Selon les images diffusées en ligne, la vitesse des partages est impressionnante. L’entourage de la Première dame plaide l’intention consolatrice envers un artiste anxieux de retourner sur les planches. Les militantes perçoivent une injure sexiste adressée aux femmes. En effet, celles-ci rappellent qu’un non-lieu ne clôt pas la discussion sociale sur les violences sexuelles. En quelques heures, la réplique devient un mot d’ordre détourné sur les réseaux. La politique reprend le relais, le Parlement commente, des actrices, des écrivaines, des militantes s’en emparent et renversent le stigmate.

Ce qui se joue ici dépasse l’humeur d’une personnalité publique. C’est la ligne de crête où se rencontrent plusieurs enjeux. Il s’agit du soutien à un artiste, du droit et de la mémoire des victimes. La prudence s’impose : l’affaire pénale est close par la justice, la société n’est pas tenue au silence. De part et d’autre, il serait bénéfique de remplacer le réflexe de camp par une grammaire commune. Celle-ci consisterait à reconnaître le droit à la protestation pacifique. De plus, il faut assurer que la présomption d’innocence ne devienne pas une présomption d’impunité. En outre, il est essentiel de rappeler que la dignité des personnes n’est pas un simple instrument rhétorique. Au contraire, elle doit être considérée comme un seuil important.
Ce que disent les images : la foule, le rire, le corps
Revenir au plan serré de 2013, c’est mesurer ce qui, dans la culture de plateau, s’est déplacé. Le rire, si dense qu’il couvre tout, ne suffit plus à désamorcer. La main qui saisit, la bouche qui insiste, la tête qui s’écarte : le montage ne ment pas. Il raconte à quel point les codes sociaux ont longtemps décalé la perception des actes. En 2013, la notion de zone grise entre flirt et contrainte n’alimente pas encore la grande conversation publique. En 2025, elle est un noyau du débat. C’est là l’utilité paradoxale de la résurgence : montrer comment la culture fabrique ses angles morts et comment, peu à peu, elle les éclaire.
Laury Thilleman le dit sans emphase : elle n’avait pas les mots au moment même du geste. Elle les a aujourd’hui. Elle n’inflige pas de blâme, elle décrit. Cette description suffit à reconfigurer la lecture de l’image. Elle retire au rire son alibi, restitue au silence sa dimension de protection, redonne au « non » son statut. De l’autre côté, Ary Abittan n’a pas, à l’heure où nous écrivons, commenté la prise de parole. L’enjeu est moins sa réaction que la clarification collective que ce témoignage favorise.
Le rôle des médias : angles et responsabilités
Les médias, en diffusant la séquence à l’époque, suivaient le cours du divertissement. Ils doivent aujourd’hui résister à l’inverse symétrique : la tentation de surdramatiser. Le traitement d’un non-lieu exige la précision des termes, l’éviction des équivoques. Le récit d’un baiser non consenti en plateau nécessite d’écouter attentivement la personne concernée. En effet, elle représente l’ensemble de l’audience. Il ne s’agit pas de refaire le match quinze ans après, mais d’apprendre de la discordance. En effet, ce que l’on a pu applaudir hier peut être aujourd’hui inacceptable. Cela s’explique par le fait que les outils pour nommer ce qui arrive ont mûri.
Culture du consentement : apprendre sans humilier
La parole de Laury Thilleman peut devenir utile si elle ouvre une voie pédagogique. Ce qui suppose premièrement de distinguer les dossiers : un témoignage sur un baiser non consenti à la télévision n’est pas un reproche pénal visant l’affaire de 2021. Ce qui suppose ensuite de tenir ensemble deux exigences : protéger la liberté de création et assurer que l’éthique de la relation ne s’efface pas sous prétexte de spectacle. Enfin, cela exige des mots justes du côté des responsables publics : des mots qui réparent, pas des mots qui piquent.
La culture du consentement n’est pas un tribunal médiatique permanent. C’est une discipline sociale et patiente qui apprend à lire les signaux. Elle enseigne à accepter qu’un sourire, sous les projecteurs, ne vaille pas accord. Elle déplace les lignes sans humilier. Elle refuse la logique des camps pour adopter celle des principes. Elle rappelle, par exemple, que réclamer le respect des corps et des volontés n’ôte rien au droit de se produire. De plus, cela n’ôte rien au droit de rire ou d’aller au spectacle. Cela fixe simplement le cadre dans lequel ces droits coexistent.
En France, d’autres scènes médiatiques ont été relues à l’aune de ces principes depuis 2017. Cela montre un apprentissage collectif qui progresse par ajustements successifs.
Regarder les images en face
La puissance des images n’est pas de dire la vérité, mais d’interroger ce que nous en faisons. Laury Thilleman a revu la séquence et choisi d’en reprendre la main par les mots. Le geste paraît simple, il affaiblit pourtant deux illusions : celle que la télévision désamorce tout par la blague, et celle que la justice solde toute discussion sociale. Brigitte Macron, par sa réplique malheureuse, éclaire en négatif : parfois, un mot accable plus qu’il ne réconforte. Raison de plus pour replacer au centre ce que signifie consentir. Ce n’est pas un décor moral plaqué. C’est l’exigence minimale sans laquelle aucun rire, aucune scène, aucune réplique n’aura le goût juste.