
À la Mostra de Venise, le 1ᵉʳ septembre 2025, Dwayne Johnson, alias The Rock, a surpris en dévoilant The Smashing Machine, film 2025 de Benny Safdie où il incarne le pionnier du MMA Mark Kerr. Ovationné quinze minutes, l’acteur s’autorise la vulnérabilité et une transformation physique marquée. L’enjeu est une mue artistique, loin des blockbusters. Cela pourrait l’installer dans la course aux récompenses. En effet, cela se passe avant la sortie française du 29 octobre.
Les faits : une ovation de quinze minutes et des larmes à la Mostra
Le 1ᵉʳ septembre 2025, à la Mostra de Venise (82ᵉ édition), Dwayne Johnson alias The Rock a dévoilé en première mondiale ‘The Smashing Machine’ de Benny Safdie. À l’issue de la projection en Sala Grande, le film a reçu une standing ovation d’environ 15 minutes, un hommage qui a visiblement bouleversé l’acteur, au point de le voir essuyer quelques larmes, aux côtés d’Emily Blunt et de Mark Kerr lui-même. L’instant a marqué l’ouverture d’une campagne critique inattendue pour une star davantage associée aux blockbusters grand public qu’aux drames intimistes.

Un rôle à contre-emploi : Mark Kerr et l’envers du mythe
Dans ‘The Smashing Machine’ avec Dwayne Johnson, l’acteur incarne Mark Kerr, pionnier des arts martiaux mixtes (MMA) et double lauréat de tournois poids lourds de l’UFC à la fin des années 1990. Loin du récit triomphal, le scénario explore la pression du haut niveau, l’addiction aux antidouleurs et une relation amoureuse tourmentée – des thèmes déjà mis à nu par le documentaire HBO de 2002, The Smashing Machine: The Life and Times of Extreme Fighter Mark Kerr (Wikipedia). Le film de Safdie ne sacralise pas le ring : il s’attache au corps abîmé, aux doutes, et à la façon dont un champion tente de rester à flot quand la victoire se dérobe.
Emily Blunt incarne Dawn Staples, compagne de Kerr. Son jeu accompagne la bascule du film vers l’intime. En effet, la dépendance ne s’y raconte pas seulement en termes de chutes et de rechutes. Elle se traduit aussi par les dommages collatéraux sur l’entourage. La complicité à l’écran réunit Johnson et Blunt après Jungle Cruise et nourrit une partition moins musclée, plus vulnérable, que l’acteur revendique comme une étape décisive dans sa trajectoire.

Une métamorphose assumée : prothèses, perruque et discipline
Pour incarner Kerr, Johnson a accepté de modifier sa silhouette. De plus, il a enduré un protocole quotidien de maquillage prothétique. Il mentionne passer trois à quatre heures chaque matin devant le miroir. Il utilise une douzaine de prothèses pour épaissir ou altérer certains traits. De plus, il porte une perruque afin de retrouver l’allure de la fin des années 1990. Loin des imposantes carcasses auxquelles il nous a habitués, l’acteur travaille ici des fragilités. En effet, souffle court, raideurs et cicatrices racontent une carrière usée par les combats.
Cette transformation n’est pas que cosmétique : elle change son jeu. Johnson délaisse les punchlines et la toute-puissance pour une palette mêlant retenue, hésitations, accès de colère et plages de tendresse. Benny Safdie, qui signe ici son premier long métrage en solo, installe une mise en scène au réalisme nerveux, proche du geste documentaire : caméras au plus près, cadres resserrés, bruit des salles et silence des vestiaires.
Emily Blunt, partenaire décisive, Benny Safdie, un solo attendu
Emily Blunt joue un rôle clé à l’écran comme dans la préparation. Elle affirme avoir voulu honorer un personnage réel et vivant, sans fioritures. Par ailleurs, Johnson insiste sur la confiance qui l’a aidé à quitter son registre habituel. Le tandem se met au service d’un metteur en scène connu pour ‘Good Time’ et ‘Uncut Gems’ (co-réalisés avec son frère Josh), dont on retrouve la tension et l’acuité sociale. Mais ‘The Smashing Machine’ marque une rupture : Safdie orchestre seul un portrait d’homme où l’obsession de vaincre dévore la vie privée.
Calendrier et distribution de The Smashing Machine : France le 29 octobre 2025
Le film a été projeté à Venise en compétition officielle le 1ᵉʳ septembre 2025, avant une sortie en salles aux États-Unis le 3 octobre 2025 (studio A24). En France, la sortie est annoncée le 29 octobre 2025, avec Zinc à la distribution. Les premiers retours de la Mostra, entre ovation et éloges pour le jeu des deux interprètes, alimentent le buzz d’une saison des prix où Johnson, rarement primé pour un rôle dramatique, pourrait apparaître. Sans présumer des palmarès, l’alignement coche plusieurs cases. Il s’agit en effet d’un festival de référence. De plus, c’est un studio indépendant rompu aux campagnes de films d’auteur. De plus, ce rôle est à la fois physique et émotionnel.

De la WWE à Hollywood : ce que « The Rock » apporte au rôle
Avant d’être l’une des stars mondiales du box-office, Dwayne Johnson fut catcheur dans la WWE, où il a été dix fois champion du monde poids lourds (huit fois champion WWF/WWE et deux fois champion WCW). Cette expérience du ring, des trajectoires ascendantes et des chutes brutales, irrigue sa composition : Johnson connaît la dramaturgie du corps scruté, des douleurs tues, du mythe viril qu’il faut tenir en public. La célébrité accrue par les réseaux ajoute une pression que le film, par ricochet, met en perspective. En effet, son compte Instagram réunit plus de 390 millions d’abonnés (@therock). Quel prix consent-on pour rester tout en haut ?

Le MMA des débuts : un sport en construction
Le Mark Kerr du film est celui d’une époque où le MMA cherche ses règles et ses limites. Sur la scène américaine puis au Japon (Pride FC), les combats s’enchaînent, les blessures aussi. Les antidouleurs deviennent une béquille autant qu’un piège, et le couple Kerr-Staples vacille. En revisitant ces années, ‘The Smashing Machine’ rejoint la lignée de portraits de sportifs cabossés – on pense à The Wrestler ou Raging Bull – mais avec un ancrage contemporain : l’ère des ligues mondiales et des images virales, où la performance est un flux sans fin.
Ce que dit la mue de The Rock
La mue de Dwayne Johnson n’efface pas ses succès populaires (Jumanji, Fast & Furious, Red Notice). Elle élargit le champ. L’icône du divertissement familial, producteur au sein de Seven Bucks Productions, assume un risque artistique : se montrer cassant, troublé, parfois perdu. Cette disponibilité à l’émotion compte autant que les kilos perdus ou les heures de maquillage. Elle nourrit un imaginaire différent de la force : non plus un roc inébranlable, mais un homme qui tient bon en vacillant.
Perspectives : de Venise aux salles
‘The Smashing Machine’ ne raconte pas l’invincibilité, il raconte ce qu’il en coûte de l’incarner. En se mesurant à Mark Kerr, Dwayne Johnson retourne sa légende : derrière « The Rock », un acteur prêt à fragiliser son image pour mieux la réinventer. La Mostra de Venise lui a offert un baptême du feu, la sortie en salles dira si cette promesse tient sur la durée. Pour l’heure, la curiosité est vive, et le pari – celui d’une vulnérabilité affichée – largement gagné.