Tempête Pedro : crues en rouge, risques d’inondations et de submersion, rafales jusqu’à 140 km/h

Pedro arrive comme un rideau de pluie qui efface les repères.En deux jours, vents, crues et mer haute se télescopent sur l’Ouest. Dans les villes riveraines, les sacs de sable gagnent les portes, les garages se noient. La France passe en mode vigilance, entre fatigue, dégâts et urgence.

La tempête Pedro traverse la France entre le mercredi 18 février 2026 et le jeudi 19 février 2026. De plus, elle ravive des inondations en France ainsi qu’une crue déjà puissante. L’Ouest, de la Bretagne à la Nouvelle-Aquitaine, encaisse de nouvelles pluies sur des sols saturés, pendant que la façade atlantique surveille une mer forte et des marées élevées. Dans le Sud, la tramontane se renforce. Les autorités multiplient les alertes météo et les fermetures, alors que le bilan humain, déjà lourd, pourrait évoluer.

Saintes sous l’eau : la Charente franchit un seuil rare

À Saintes, l’eau ne « déborde » pas seulement : elle occupe. Les rues se transforment en chenaux, les rez-de-chaussée deviennent des îlots. Au matin du 18 février, la Charente dépasse 6,30 m, une cote exceptionnelle à l’échelle locale et la montée se fait encore sentir, selon Vigicrues à Saintes.

Les secours procèdent à des évacuations d’urgence. Des habitants sont surpris par la vitesse de la crue. Parfois, ils n’ont qu’un escalier avant que l’eau ne gagne l’intérieur. Dans l’agglomération, environ 900 foyers se retrouvent inondés. Tandis que des dizaines d’autres attendent l’ordre de partir ou l’arrivée d’un canot.

À Saintes, l’eau grimpe jusqu’à la taille dans des rues d’ordinaire sèches. La Charente franchit '6,30 m', une cote qu’on n’avait pas revue depuis des décennies. En quelques heures, 900 foyers se retrouvent cernés, les évacuations s’enchaînent. Ici, la tempête n’est plus un mot : c’est une porte qui cède, un chien porté à bout de bras.
À Saintes, l’eau grimpe jusqu’à la taille dans des rues d’ordinaire sèches. La Charente franchit ‘6,30 m’, une cote qu’on n’avait pas revue depuis des décennies. En quelques heures, 900 foyers se retrouvent cernés, les évacuations s’enchaînent. Ici, la tempête n’est plus un mot : c’est une porte qui cède, un chien porté à bout de bras.

Vigilance crues : quatre départements en rouge, treize en orange (Vigicrues)

Le cœur de l’alerte se situe sur l’Ouest et le Sud-Ouest. Pour la journée du 19 février, quatre départements restent placés en vigilance rouge “crues” : Charente-Maritime, Gironde), Lot-et-Garonne et Maine-et-Loire. Autour, une large couronne passe en orange.

Pour jeudi 19 février, la vigilance orange crues concerne notamment la Charente, le Finistère et la Loire-Atlantique. Mais aussi le Morbihan, la Vendée, ainsi que des départements de l’intérieur, du Gers à la Sarthe. En passant par la Mayenne ou l’Orne. Le message reste le même : les nouvelles pluies ne viennent pas « après » la crue, elles la prolongent.

Dans son bulletin national, Vigicrues souligne une propagation vers l’aval des crues déjà formées. Les secteurs les plus sensibles se situent sur la Garonne en aval d’Agen, la confluence Garonne-Dordogne et les Basses Vallées Angevines autour d’Angers, où la Maine connaît des débordements majeurs.

Bordeaux et Libourne : quand la marée retient le fleuve

À Bordeaux, la météo se lit aussi sur les horaires de marée. Les prochains pleins de mer peuvent aggraver la situation en ralentissant l’évacuation des eaux vers l’océan. Vigicrues attend des débordements importants, voire majeurs, sur l’axe Bordeaux–Libourne, en raison d’un double effet : crues fluviales d’un côté, surélévation du niveau marin de l’autre.

Le maire Pierre Hurmic a activé un plan communal de sauvegarde, un dispositif rarement utilisé, et plusieurs espaces publics ont été fermés, à commencer par des parcs, jardins et rives. L’objectif est simple : éviter les curieux, limiter les accidents, libérer les itinéraires pour les secours.

Dans le département, la préfecture renforce les interdictions d’accès à certains secteurs exposés, notamment en forêt. Cela se fait sur fond de vents et de sols fragilisés. Quand la terre se gorge, les arbres basculent plus facilement, les routes se coupent plus vite.

Vagues-submersion : huit départements en orange sur l’Atlantique (mer forte, marées)

Sur la façade atlantique, Pedro se paie en paquets de mer. Pour le 19 février, huit départements sont placés en vigilance orange “vagues-submersion” : Finistère, Morbihan, Loire-Atlantique, Vendée, Charente-Maritime, Gironde, Landes et Pyrénées-Atlantiques. Plus au nord, la Manche et une partie de la Bretagne restent sous vigilance jaune.

Le mécanisme est connu, mais redoutable : une forte houle s’ajoute à des coefficients de marée élevés (jusqu’à 97). Dans ces conditions, une vague n’est plus seulement un rouleau spectaculaire. Elle pousse l’eau dans les estuaires et ronge les digues. De plus, elle peut envahir les zones basses. La submersion correspond à l’envahissement temporaire des zones basses par la mer.

Au large, des vagues de '5 à 6 m' se forment, puis viennent frapper la côte à la pleine mer. Avec un coefficient de '97', la mer monte haut et laisse moins de marge aux estuaires. De la Vendée au Pays basque, on ferme les accès, on surveille les digues, on compte les heures. Un pas de trop sur la jetée peut suffire : Pedro rappelle que la mer ne négocie pas.
Au large, des vagues de ‘5 à 6 m’ se forment, puis viennent frapper la côte à la pleine mer. Avec un coefficient de ’97’, la mer monte haut et laisse moins de marge aux estuaires. De la Vendée au Pays basque, on ferme les accès, on surveille les digues, on compte les heures. Un pas de trop sur la jetée peut suffire : Pedro rappelle que la mer ne négocie pas.

Des rafales à plus de 100 km/h : l’Atlantique d’abord, le Roussillon ensuite

Sur les côtes atlantiques, les rafales atteignent 100 à 110 km/h, parfois davantage sous les grains, notamment en Aquitaine. La perturbation s’organise autour d’un front froid actif. Celui-ci traverse le pays en soirée et dans la nuit du 18 au 19 février. À l’arrière, le vent se renforce et la houle grossit.

Ensuite, le relais se fait dans le Sud : la tramontane se met en place sur le Languedoc-Roussillon. Dans l’Aude et les Pyrénées-Orientales, des pointes de 120 à 140 km/h sont attendues au pic de l’épisode. Cela se produira vers la mi-journée du 19 février, particulièrement sur les reliefs et les secteurs les plus exposés.

Pluies, neige, ruissellement : la mécanique d’un pays saturé

Pedro ne tombe pas sur un sol « prêt ». Depuis la mi-janvier, la France enchaîne les perturbations. Météo-France a confirmé un record de 35 jours consécutifs de pluie quelque part sur le territoire. Cela s’est produit du 14 janvier au 17 février, atteignant un niveau inédit depuis 1959.

Dans ce décor, 30 mm de plus ne sont pas « 30 mm ». Les cumuls annoncés sur l’ensemble de l’épisode se situent autour de 30 à 50 mm, localement 60 mm. Par endroits, les intensités atteignent 3 à 5 mm par heure. Sur des sols déjà gorgés, la pluie ruisselle davantage et gonfle plus vite les affluents. Cela entretient les crues même lorsque le ciel s’éclaircit.

Plus au nord-est et en montagne, l’épisode s’accompagne aussi de neige puis d’un redoux. Cela laisse des chaussées glissantes dès 400 m d’altitude. Pedro ne se limite donc pas à un “coup de vent” : c’est un empilement de risques.

Un bilan humain déjà lourd, entre crues et accidents

La journée du 18 février est marquée par un bilan provisoire : trois morts et un disparu liés à l’épisode de crues, selon le gouvernement. Les circonstances rappellent la diversité des dangers.

Deux décès sont dus à des intoxications au monoxyde de carbone. Ils ont été causés par l’utilisation d’un groupe électrogène lors d’une coupure de courant. Un troisième décès est lié à un accident de la route, suivi d’une immersion. Enfin, dans le Maine-et-Loire, un homme est recherché après le chavirement d’une embarcation à Chalonnes-sur-Loire : deux personnes ont pu être secourues, la troisième reste introuvable (en pleine crue en Maine-et-Loire).

Le préfet du département a rappelé un point essentiel : les fleuves en crue ne se “pratiquent” pas. Même une berge peut céder. Et le « tourisme de crue » gêne les interventions : voitures arrêtées au mauvais endroit, routes encombrées, accès bloqués quand chaque minute compte.

Tempête frappant le littoral à Pors-Loubous, vagues puissantes et vent fort.
Tempête frappant le littoral à Pors-Loubous, vagues puissantes et vent fort.

Ce que change Pedro : la gestion publique sous pression

L’épisode met en scène la chaîne de vigilance française. Météo-France qualifie le danger météo par département (vent, pluie-inondation, vagues-submersion), tandis que Vigicrues suit les cours d’eau et publie des bulletins au moins deux fois par jour.

Mais la cartographie ne suffit pas à raconter le terrain. À Angers, dans les Basses Vallées Angevines, l’eau coupe des axes, isole des quartiers, menace des zones d’activités. En Lot-et-Garonne, la Garonne repart à la hausse et des pics sont attendus sur des stations comme Tonneins ou Marmande. En Gironde, l’attention se fixe sur les prochaines pleines mers, là où la ville rencontre l’estuaire.

Les préfets mobilisent pompiers, gendarmes, services communaux. Les maires déclenchent des plans, ferment des espaces, organisent des centres d’accueil. Et, partout, la même tension : préserver des vies sans paralyser la région.

Après la pluie, la crue : une décrue lente, des territoires fragilisés

Une accalmie plus sèche est prévue à partir de vendredi 20 février. Cependant, l’arrêt des précipitations ne signifie pas l’arrêt des crues. L’eau met du temps à s’écouler, surtout quand les plaines ont déjà absorbé tout ce qu’elles pouvaient.

Le risque se déplace alors : routes affaiblies, talus qui glissent, caves qui restent pleines, champs noyés, installations électriques détrempées. Sur le littoral, les dégâts peuvent continuer après le pic, avec des ouvrages déjà entamés et des sols sapés par l’eau salée.

Pedro, enfin, rappelle une évidence de gestion : la vigilance n’est pas une couleur, c’est un comportement. Ne pas traverser une route inondée. S’éloigner des berges. Ne jamais faire fonctionner un groupe électrogène en intérieur. Libérer les itinéraires de secours. Repérez votre carte de zone inondable et suivez les consignes. C’est souvent là, dans ces gestes simples, que se joue la frontière entre un épisode sévère et un drame.

La tempête Pedro frappe la France, quatre départements toujours en vigilance rouge

Cet article a été rédigé par Émilie Schwartz.