Accusations de violences sexuelles : Sydney Ohana visé par cinq nouvelles affaires, sous contrôle judiciaire

Sous les lumières du bloc opératoire, deux chirurgiens masqués se concentrent sur une intervention. Cette photo d’illustration replace l’affaire Sydney Ohana dans son cadre médical. Crédits : JAFAR AHMED / Unsplash.

Sous les lumières du bloc opératoire, deux chirurgiens masqués se concentrent sur une intervention. Cette photo d’illustration replace l’affaire Sydney Ohana dans son cadre médical. Crédits : JAFAR AHMED / Unsplash.

Le docteur Sydney Ohana est mis en cause dans cinq nouvelles affaires de violences sexuelles. L’information vient d’une enquête de franceinfo publiée le 22 septembre 2026. Dix femmes accusent désormais le chirurgien esthétique parisien de viols, d’agressions sexuelles ou de harcèlement sexuel. L’une d’elles était mineure au moment des faits. Le parquet de Paris a confirmé ces nouvelles mises en examen le 23 septembre. Il dit aussi avoir saisi la juge d’instruction d’une « violation potentielle » de son contrôle judiciaire. Il conteste l’ensemble des accusations et reste présumé innocent. Un contrôle judiciaire encadre son activité, et l’Ordre des médecins doit examiner son dossier début octobre.

Mise à jour le 24 septembre 2026

Des décisions prises en mars, révélées en septembre

L’affaire est devenue publique au printemps 2025. Le 28 mars 2025, à l’issue d’une garde à vue, Sydney Ohana a été mis en examen et placé sous contrôle judiciaire. Le parquet de Paris l’a confirmé à l’AFP le 4 avril 2025. Trois femmes l’accusaient alors : deux patientes et une professionnelle de santé. D’après le parquet, cité par l’AFP et Libération, il était mis en examen pour viols et harcèlement sexuel. Il était témoin assisté pour une agression sexuelle. L’enquête était confiée au 3e district de police judiciaire parisienne.

Les développements révélés le 22 septembre remontent à mars 2026. Selon franceinfo, la juge d’instruction l’a interrogé en mars 2026. Sydney Ohana a alors été mis en examen ou placé sous le statut de témoin assisté dans cinq affaires supplémentaires. Les faits dénoncés, de 2007 à 2023, visent des viols, une tentative de viol, des agressions sexuelles, dont une sur mineure, et du harcèlement sexuel. Ils concernent la clinique Eiffel, dont il est le fondateur, mais aussi sa vie privée. Le parquet de Paris a confirmé à l’AFP, le 23 septembre, une « mise en examen supplétive » en mars 2026. Elle porte sur une « agression sexuelle par personne abusant de son autorité » et un harcèlement sexuel « par personne ayant autorité » entre 2017 et octobre 2022. S’y ajoutent un viol, une tentative de viol et une agression sexuelle en 2019, ainsi qu’une « agression sexuelle sur mineur de 15 ans » en 2023.

Au total, franceinfo décompte dix femmes qui le mettent en cause. Sydney Ohana est mis en examen pour des faits concernant cinq d’entre elles et témoin assisté pour au moins trois autres. Trois des nouvelles affaires ont donné lieu à une mise en examen et deux au statut de témoin assisté. Ce détail, publié par franceinfo, a été confirmé au Figaro par le parquet. Dix femmes qui dénoncent des faits ne signifient donc ni dix plaintes ni dix mises en examen.

Patientes, salariée, proches : ce que dénoncent les dix femmes

Quatre patientes figurent parmi les accusatrices, selon franceinfo. La première, opérée en 2017, dénonce trois viols autour de son intervention, au domicile du chirurgien, dans un hôtel puis à la clinique. C’est pour ces faits qu’il a été mis en examen en mars 2025. Une deuxième, opérée en 2021, a déposé plainte dès l’automne 2022. Elle dénonce des viols commis selon elle par le chirurgien et l’un de ses proches, au lendemain de son opération. Sa procédure a été jointe au dossier début 2026. Une troisième, opérée des jambes en 2023, dénonce des attouchements sur la poitrine dans sa chambre. Elle a retiré sa plainte en mai 2025 en invoquant la pression médiatique. Une quatrième décrit une main posée sur sa cuisse lors d’une consultation en 2007.

Une ancienne salariée de la clinique dénonce des avances répétées, un baiser forcé et un viol qu’elle situe le dernier jour de son contrat. Deux professionnelles venues vendre du matériel médical décrivent des propos sexuels dans son bureau, et l’une d’elles un geste d’exhibition. Plusieurs témoins présents affirment toutefois qu’il n’a pas adressé directement ces paroles à cette dernière. Dans la sphère privée, une jeune femme rencontrée en 2017, alors âgée de 18 ans, a vécu plusieurs années avec lui. Elle a porté plainte en avril 2025 avant de se rétracter en août. Sa sœur dénonce un viol, une tentative de viol et une agression sexuelle en 2019, sans avoir déposé plainte. Une jeune femme de leur entourage, mineure au moment des faits, en juillet 2023, a porté plainte en juin 2025 pour agression sexuelle.

En mars 2026, la juge d’instruction a interrogé le chirurgien sur un « comportement similaire » dénoncé par plusieurs femmes. Elle décrit, selon franceinfo, un homme « ambivalent, tantôt plaisant et serviable, tantôt violent, brutal et humiliant ». Il profiterait, selon la magistrate, « de leur vulnérabilité psychologique ou de leur très jeune âge ». Sydney Ohana récuse tout mode opératoire. « Chaque cas est différent, je ne cherchais pas des proies faciles », répond-il. Il assure que « sur le plan sexuel, tout est toujours consenti ».

Mise en examen et témoin assisté : deux statuts distincts

La mise en examen est une décision du juge d’instruction, explique Service Public. Elle suppose des indices graves ou concordants rendant vraisemblable la participation de la personne aux faits reprochés. Elle ne constitue pas un jugement sur sa culpabilité. La personne mise en examen peut être assistée d’un avocat, accéder au dossier, demander des actes d’enquête et contester la décision. Elle peut aussi être soumise à un contrôle judiciaire.

Le témoin assisté est mis en cause sans être mis en examen pour les faits concernés. Il dispose du droit à un avocat, à l’accès au dossier et au silence. Il ne peut pas être placé sous contrôle judiciaire pour ces faits. Ce statut ne vaut ni condamnation ni clôture du dossier : il peut évoluer vers une mise en examen si de nouveaux éléments apparaissent. Une même personne peut ainsi avoir des statuts différents selon les faits examinés, comme ici.

Dans le dossier Ohana, les trois nouvelles mises en examen de mars 2026 visent d’abord les faits dénoncés par la sœur de son ancienne compagne. Il s’agit d’un viol, d’une tentative de viol et d’une agression sexuelle. Elles concernent aussi la jeune femme mineure à l’époque, pour « agression sexuelle sur mineur de 15 ans » selon la qualification du parquet. La troisième vise l’ancienne salariée, pour harcèlement et agression sexuelle. Pour cette dernière, il est témoin assisté pour un viol avec administration d’une substance. Il l’est aussi pour les viols et l’atteinte sexuelle dénoncés par son ancienne compagne. Il l’est enfin pour l’agression sexuelle décrite par la patiente de 2007, malgré la probable prescription des faits. Pour la patiente opérée en 2021, ses avocats indiquent un statut de témoin assisté. Le parquet n’a souhaité ni le confirmer ni l’infirmer auprès de franceinfo.

Trois accusatrices ont retiré leur plainte et deux n’en ont jamais déposé. Cela ne clôt pas une procédure. Le retrait d’une plainte « n’entraîne pas automatiquement l’arrêt de l’enquête ou de la procédure », rappelle Service Public. Seul le procureur de la République décide des poursuites. Une fois l’information judiciaire ouverte, le juge d’instruction instruit les faits, pas les seules plaintes.

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Sydney Ohana en tenue chirurgicale, publié sur son compte Instagram le 21 novembre 2024.

Des restrictions sur les contacts avec les patientes

Dès mars 2025, le contrôle judiciaire interdisait l’exercice de l’activité de chirurgien esthétique et tout contact avec les plaignantes, selon le parquet cité par l’AFP. Il imposait aussi la remise du passeport et l’interdiction de quitter le territoire. Libération a précisé, après une correction du parquet, que l’interdiction d’exercer visait « sa patientèle féminine ». Le Parisien constatait pourtant, le 4 avril 2025, que le chirurgien officiait à la clinique l’après-midi même. Il avait remis son passeport au tribunal le matin.

Le parquet de Paris a confirmé à franceinfo, en septembre 2026, le maintien de ce contrôle judiciaire. Il comprend « l’interdiction de quitter le territoire national » et « l’interdiction d’exercer la médecine concernant les actes nécessitant la présence physique des patients de sexe féminin ». Il interdit aussi « toute activité à la clinique impliquant un contact en présence des représentants des laboratoires de sexe féminin ». Auprès de Libération, le parquet ajoute l’interdiction « de contacter les victimes », « la gestion administrative et l’organisation de la clinique demeurant autorisées ».

Entre-temps, ELLE a publié en juillet 2026 une enquête fondée sur des témoignages de patientes et de professionnelles de santé. Elle s’ouvre sur une consultation incognito. Deux journalistes, présentées comme des patientes, disent avoir été reçues par Sydney Ohana à la clinique le 20 mai 2026. Pendant une quinzaine de minutes, il leur a exposé des techniques de lifting. Le magazine écrit qu’en les recevant, le chirurgien « vient d’enfreindre » ses obligations. Informé par un article de presse d’une « violation potentielle du contrôle judiciaire », le parquet de Paris « a saisi le juge d’instruction ». Il l’a indiqué à l’AFP le 23 septembre. C’est désormais à la magistrate de dire si les obligations ont été enfreintes. Aucune décision n’a été rendue publique à ce jour.

La relation de soin impose des limites précises

Deux des femmes citées par franceinfo s’étaient tournées vers l’Ordre des médecins avant la justice. La patiente reçue en 2007 lui avait écrit quelques jours après sa consultation. Celle opérée en 2023 l’a saisi la même année, avant de porter plainte en 2024. Ces signalements posent la question des suites qui leur ont été données ; franceinfo ne précise pas ce que l’institution en a fait.

Dans ses commentaires de l’article 2 du code de déontologie, l’Ordre rappelle que le médecin « ne doit pas abuser de sa position ». Il invoque le « caractère asymétrique de la relation médicale » et la « vulnérabilité potentielle du patient ». Le médecin doit « s’abstenir de tout comportement ambigu en particulier à connotation sexuelle ». Il doit aussi expliquer chaque geste de l’examen pour en recueillir le consentement. Il doit assurer l’intimité du déshabillage et réserver le cabinet à la seule pratique médicale. Ces règles s’imposent à tout médecin. Leur rappel ne préjuge pas de ce que retiendra la justice dans le dossier Ohana, où les accusations restent contestées.

Le sujet dépasse ce dossier. L’Ordre a mené une enquête déclarative en novembre 2024, citée par Le Monde. Plus d’une femme médecin sur deux y disait avoir subi des violences sexistes et sexuelles. Parmi elles, 49 % désignaient un autre médecin inscrit à l’Ordre. L’institution affirme avoir pris des mesures depuis 2019 et réclame des évolutions législatives pour mieux protéger les victimes.

Un examen ordinal annoncé pour début octobre

Le Conseil national de l’Ordre des médecins s’est exprimé auprès de franceinfo. Le cas de Sydney Ohana sera examiné lors de sa « prochaine assemblée plénière début octobre ». L’institution précise agir « dans le but de déférer ce médecin devant la chambre disciplinaire ». Cette échéance ne vaut pas sanction. La chambre disciplinaire, juridiction propre à l’Ordre, statue indépendamment du procès pénal. Ses sanctions vont de l’avertissement à la radiation, comme la suspension de deux ans confirmée en appel contre Didier Raoult en 2024.

Face à ces accusations, la défense conteste tout. Devant la juge, Sydney Ohana dément toute violence et évoque des relations consenties. Pour l’incident de 2023 à la clinique, il parle d’une « erreur administrative » de l’infirmière, qui aurait confondu deux chambres. Il se dit « une véritable cible » pour « des gens qui ont des problèmes » et affirme : « Je suis innocent et je le dirai toujours. » Il s’inquiète aussi pour sa clinique et ses 70 salariés.

Ses avocats, Me Caroline Toby et Me Laurent Benouaich, indiquent à franceinfo qu’il « conteste avec la plus extrême fermeté les accusations portées à son endroit ». Il « entend poursuivre sa collaboration active avec la justice, afin que la vérité puisse être établie, et pour certaines accusatrices, rétablies ». Ils ont déposé plainte contre la sœur de son ancienne compagne pour « dénonciation calomnieuse, chantage et tentative d’extorsion ». Le chirurgien, ajoutent-ils, « se réserve le droit de prendre toutes mesures, y compris judiciaires, pour défendre son honneur, sa vie privée, et ses droits fondamentaux ». Contactée par l’AFP le 23 septembre, Me Toby n’a pas donné suite.

Sydney Ohana demeure présumé innocent. L’instruction pénale et l’éventuelle procédure disciplinaire devront chacune établir ce qui relève de leur compétence.

Cet article a été rédigé par Christian Pierre.