Après l’arrêt à T-0, SpaceX remplace deux moteurs Raptor avant une nouvelle tentative de Starship à Starbase

Illustration de Crew Dragon et de Falcon 9 pendant le test d’abandon en vol de SpaceX. Ce visuel rappelle la continuité des programmes de vol de l’entreprise. Crédits : Domaine public / SpaceX, CC0 1.0.

Crédits : Domaine public / SpaceX, CC0 1.0.

SpaceX a interrompu automatiquement le vol 13 de Starship jeudi 16 juillet à Starbase, au Texas. Plusieurs moteurs Raptor du propulseur Super Heavy ne s’allumaient pas. Le lanceur n’a pas quitté le sol et n’a pas explosé. Deux moteurs doivent être remplacés avant une nouvelle tentative, dont la date reste indéterminée. Cette mise au point reste décisive pour Starlink et le programme lunaire Artemis.

Un arrêt automatique à T-0, sans décollage ni explosion

Le compte à rebours était arrivé à zéro. La séquence d’allumage des 33 moteurs du Super Heavy venait de commencer. Les ordinateurs de bord ont alors ordonné l’arrêt. SpaceX a confirmé l’abandon de la tentative le 16 juillet à 22 h 47 UTC. Les équipes ont ensuite vidangé le méthane et l’oxygène liquides, les deux ergols qui alimentent le lanceur.

La télémétrie affichée pendant la retransmission montrait quatre moteurs qui ne produisaient pas de poussée au moment de l’arrêt. Cette observation ne constitue toutefois pas un diagnostic. Un moteur peut ne pas apparaître allumé parce qu’il est défaillant. Il peut aussi avoir été neutralisé par le début de la séquence automatique d’arrêt. SpaceX n’a pas confirmé publiquement que quatre Raptor étaient en panne.

Elon Musk a d’abord indiqué que certains moteurs ne s’étaient pas allumés. Il a ensuite annoncé que deux Raptor seraient retirés et remplacés. Les deux chiffres décrivent donc des réalités différentes : quatre non-allumages visibles à l’écran, mais deux moteurs désignés pour un échange. La cause technique profonde n’a pas été rendue publique.

Le dirigeant de SpaceX a évoqué le début de la semaine du 20 juillet comme fenêtre la plus probable. Il ne s’agit pas d’une date de lancement confirmée. Le remplacement des moteurs, les inspections du lanceur et, le cas échéant, un nouvel essai au sol peuvent encore modifier ce calendrier.

L’arrêt à T-0 n’est ni un crash ni une explosion. Le dispositif de sécurité a empêché le décollage alors que la poussée disponible n’était pas conforme. Ce fonctionnement ne transforme pas la tentative en succès, mais il a évité qu’une anomalie d’allumage devienne un incident en vol.

Ce que le vol 13 devait encore valider

Le vol 13 devait être le deuxième essai de Starship V3, une version agrandie et profondément modifiée du système. Son propulseur Super Heavy utilise des Raptor de troisième génération. Cette architecture doit, à terme, permettre la réutilisation des deux étages, objectif bien plus ambitieux qu’un simple lancement suborbital.

Lors du vol 12, le 22 mai, le lanceur avait décollé mais plusieurs anomalies étaient restées ouvertes. Le propulseur n’avait pas réussi son amerrissage contrôlé dans le golfe du Mexique après des problèmes de rallumage. Un moteur de l’étage supérieur s’était aussi arrêté prématurément, obligeant SpaceX à renoncer au rallumage d’un Raptor dans l’espace.

La Federal Aviation Administration, l’autorité américaine de l’aviation, a clos le 13 juillet l’enquête portant sur ce précédent essai. Elle a retenu notamment des effets thermiques sur des composants de propulsion et des réglages erronés du système d’alarme des moteurs. SpaceX a modifié du matériel, des logiciels et la séquence d’allumage avant le vol 13.

La nouvelle mission devait vérifier ces corrections, tenter un rallumage dans l’espace et éprouver des changements apportés au bouclier thermique. Elle emportait aussi 20 satellites Starlink V3 fonctionnels. Placés sur la même trajectoire suborbitale que Starship, ils devaient déployer leurs antennes et leurs panneaux solaires. Ils devaient ensuite communiquer brièvement avec des stations au sol et d’autres satellites, puis rentrer dans l’atmosphère.

Ces objectifs expliquent pourquoi le prochain lancement de Starship ne se résume pas au remplacement de deux moteurs. SpaceX doit encore démontrer que les correctifs du vol 12 fonctionnent ensemble, dans les conditions réelles d’un décollage puis d’un vol complet.

La méthode SpaceX face au pari de la réutilisation totale

SpaceX revendique une mise au point très itérative : construire, faire voler, mesurer, corriger, puis recommencer rapidement. Le matériel de vol sert lui-même d’instrument d’essai. Cette méthode accepte davantage d’anomalies visibles pendant le développement, à condition que chaque tentative produise des données utilisables et que les protections fonctionnent.

L’approche ne doit pas être caricaturée en simple doctrine de l’échec rapide. Une interruption au sol révèle une anomalie, mais aussi la capacité du système à la détecter. Inversement, accumuler des essais ne garantit ni la fiabilité future ni le respect d’un calendrier. Le résultat se mesure à la fermeture progressive des problèmes techniques.

Face à des responsables militaires américains, Elon Musk détaille les futures capacités de Starship à Colorado Springs, le 15 avril 2019. La scène montre le patron de SpaceX au cœur de son récit industriel. Crédits : Courtesy Photo / U.S. Northern Command, domaine public.
Face à des responsables militaires américains, Elon Musk détaille les futures capacités de Starship à Colorado Springs, le 15 avril 2019. La scène montre le patron de SpaceX au cœur de son récit industriel. Crédits : Courtesy Photo / U.S. Northern Command, domaine public.

La comparaison avec Ariane 6 éclaire cette différence de logique. Le lanceur européen a été développé sous l’égide de l’Agence spatiale européenne et il est exploité par Arianespace. Il a été qualifié avant de fournir un service institutionnel et commercial prévisible. Starship reste, lui, un programme de prototypes dont SpaceX fait évoluer rapidement la configuration entre les vols. Les deux filières testent intensément, mais elles n’exposent pas les mêmes risques au même moment.

La barre fixée par SpaceX est aussi exceptionnellement haute. Starship mesure 124 mètres, réunit 39 moteurs sur ses deux étages et vise une réutilisation complète. Pour les missions lunaires, il faudra en outre maîtriser des rendez-vous et des transferts d’ergols en orbite. Le nombre d’essais ne suffit donc pas à juger la maturité du programme sans regarder ce que chacun d’eux devait démontrer.

Artemis dépend d’un Starship encore en développement

La NASA a choisi une version lunaire de Starship comme Human Landing System. Ce véhicule doit transporter des astronautes entre l’orbite lunaire et la surface. Le programme ne peut pas se contenter d’un lanceur capable d’atteindre l’espace. Il exige un alunissage sans équipage, des opérations orbitales complexes et un niveau de sûreté compatible avec le vol habité.

Un audit de l’inspection générale de la NASA a été publié en mars 2026. Il estimait que le Starship destiné à Artemis III avait déjà pris au moins deux ans de retard. D’autres glissements restaient possibles. En pratique, cette dépendance place le module lunaire parmi les jalons qui commandent le calendrier du retour américain sur la Lune.

Cela ne permet pas d’attribuer un nouveau retard d’Artemis au seul arrêt du 16 juillet. Le vol 13 est un essai suborbital du système de base, pas une répétition de mission lunaire. Chaque difficulté persistante sur la propulsion, le rallumage ou la réutilisation réduit toutefois la marge disponible pour les démonstrations complexes attendues par la NASA.

Elon Musk apparaît lors d’une cérémonie à Glendale, en Arizona, le 21 septembre 2025. Le dirigeant incarne un programme spatial dont les ambitions techniques dépassent largement ce seul essai. Crédits : Gage Skidmore / CC BY-SA 4.0, Creative Commons Attribution-ShareAlike 4.0 International (CC BY-SA 4.0).
Elon Musk apparaît lors d’une cérémonie à Glendale, en Arizona, le 21 septembre 2025. Le dirigeant incarne un programme spatial dont les ambitions techniques dépassent largement ce seul essai. Crédits : Gage Skidmore / CC BY-SA 4.0, Creative Commons Attribution-ShareAlike 4.0 International (CC BY-SA 4.0).

L’Europe dispose d’atouts, mais court après la réutilisation

Le contraste nourrit aussi le débat européen. Dans une évaluation publiée en 2025, la Commission européenne constatait le retard des entreprises du continent sur les lanceurs réutilisables. Ce décalage concernait les États-Unis comme la Chine. SpaceX n’est pas seule en mouvement. Blue Origin développe aussi ses capacités de lancement et un alunisseur pour la NASA. Plusieurs acteurs chinois travaillent, eux, sur la récupération d’étages.

L’Europe ne part pourtant pas de zéro. Ariane 6 et Vega-C lui redonnent un accès autonome à l’espace. Elle possède une base industrielle, des compétences scientifiques et le Centre spatial guyanais. Ce port spatial se situe à environ 500 kilomètres au nord de l’équateur. Il bénéficie de la rotation de la Terre pour améliorer les performances des tirs vers l’est. Il offre aussi des trajectoires dégagées au-dessus de l’océan.

La stratégie arrêtée fin 2025 par l’Agence spatiale européenne finance l’amélioration d’Ariane 6 et de Vega-C. Elle soutient aussi le European Launcher Challenge et des technologies de nouvelle génération. Le démonstrateur Themis doit notamment préparer la réutilisation d’un étage principal européen. Ces projets montrent que le rattrapage est engagé, mais aussi que cette capacité n’est pas encore opérationnelle.

L’arrêt du vol 13 résume ainsi la tension propre à Starship. La méthode d’essais rapides permet à SpaceX de confronter très tôt une architecture hors norme au réel. Elle expose aussi tout ce qui sépare encore le prototype d’un lanceur réutilisable régulier. Starlink et, plus indirectement, le calendrier lunaire américain dépendent de cette transformation.

Cet article a été rédigé par Yoann Pantic.