
Le 18 janvier 2026, au stade Prince Moulay Abdellah de Rabat, le Sénégal a remporté la Coupe d’Afrique des nations face au Maroc, pays hôte, sur le score de 1-0 après prolongation. Un but de Pape Gueye à la 94e minute a scellé le sacre, mais l’histoire s’est écrite plus tôt, après un penalty VAR accordé au Maroc à la 90e+8 après intervention de la VAR, puis tiré à la 90e+24 après une longue interruption. Entre-temps, les Lions de la Teranga ont quitté la pelouse, les tribunes se sont embrasées, et la fête annoncée s’est changée en procès de l’arbitrage.
L’instant du basculement : le penalty VAR à la 90e+8
On dira que c’est la magie vénéneuse d’une finale. On dira aussi que le football, même dans sa version la plus organisée, garde une part d’aléatoire. C’est comme une couture fragile qui cède d’un coup. À Rabat, cette couture a craqué dans le temps additionnel. La rencontre, jusque-là contenue et presque verrouillée, a soudain pris des allures de théâtre d’urgence.
Le Sénégal croit d’abord tenir un moment de grâce, puis le voit lui échapper. Quelques instants plus tard, l’arbitre central, Jean-Jacques Ndala Ngambo, s’en remet à l’assistance vidéo. La décision tombe, un penalty est accordé au Maroc. Le stade se cabre. Sur la pelouse, les corps se figent et les regards se plantent dans les écrans. L’air se charge de cette suspicion qui ne se mesure pas en statistiques.
La réaction sénégalaise est immédiate. Pape Thiaw, sélectionneur des Lions de la Teranga, ordonne à ses joueurs de rejoindre le tunnel. Ce n’est pas un abandon définitif, mais c’est un geste rare et violent dans sa symbolique. C’est comme un refus d’entrer dans le récit qu’on écrit à leur place. Le temps s’étire. Les officiels tentent de ramener la partie à la règle. Les forces de sécurité se déploient, au bord de la pelouse, dans les travées.
Quand les Sénégalais reviennent enfin, sous l’impulsion du capitaine Sadio Mané, l’atmosphère a changé. Le football n’est plus seulement un jeu, il est devenu une épreuve de nerfs. Le penalty, tiré après un quart d’heure de suspension, ressemble déjà à un verdict.
Brahim Diaz, la panenka tragique
Le Maroc se présente au point de penalty avec un homme dont le geste est censé calmer la foule. Brahim Diaz, visage fin, tempérament de créateur, prend le ballon avec une assurance qui, parfois, tient de la bravade. Il choisit la panenka. Un choix de style, un choix d’ego, un choix de joueur qui veut dominer le moment.
Sauf que l’instant, précisément, ne se laisse pas dominer. Face à lui, Édouard Mendy ne plonge pas trop tôt. Il attend, lit, recueille. La panenka s’éteint dans ses gants comme une flamme mouillée. Le stade vacille, non plus dans la jubilation, mais dans l’incrédulité. Une panenka ratée est un résumé brutal du football moderne, où l’image dévore de temps en temps la prudence.
Dans les tribunes, la tension dégénère : violences au stade de Rabat, bousculades et tentatives d’envahissement. En bord de pelouse, l’onde de choc arrive aussi. Plusieurs témoins et journalistes présents ont évoqué une scène confuse, avec un stadier très gravement blessé et évacué vers l’hôpital. À ce stade, les autorités n’ont pas communiqué de bilan officiel consolidé. Cela empêche d’établir l’ampleur exacte des violences. Cependant, la soirée laisse déjà des traces au-delà du résultat.

Pape Thiaw, l’homme qui a reculé puis assumé
Le geste de Pape Thiaw restera comme une image, plus durable peut-être que certaines phases de jeu. Faire rentrer ses joueurs en finale, sous le regard de tout un continent, revient à poser une question au règlement. De plus, cela interroge l’opinion publique. Jusqu’où une équipe peut-elle protester sans se condamner elle-même ?
Dès le lendemain, la séquence devient politique, au sens large. Elle évoque l’autorité et l’injustice perçue, ainsi que la relation tendue des équipes africaines avec les instances. Par ailleurs, elle mentionne la promesse d’équité. Elle mentionne également la pression d’une finale au Maroc, dans un stade moderne et immense. En outre, elle souligne que ce tournoi était attendu par beaucoup comme une démonstration.
Thiaw, lui, s’est excusé publiquement pour avoir demandé à ses joueurs de quitter la pelouse, tout en réaffirmant le sentiment d’avoir subi une décision incompréhensible. Sa conférence de presse prévue après le match a été annulée, officiellement pour des raisons de sécurité. Dans ce silence contraint, les interprétations prospèrent. Or une finale n’aime pas le vide.
Sadio Mané, le rappel à l’ordre au milieu du vacarme
Il y a, dans les grandes nuits, des capitaines qui jouent plus que leur poste. Sadio Mané, depuis longtemps habitué aux matches à haute tension, apparaît ici comme un médiateur. Quand la colère gagne, il choisit la reprise. Quand la tentation du retrait menace de tout emporter, il ramène ses coéquipiers vers la pelouse. De même, il agit comme on ramène un récit à sa ligne principale.
Ce rôle-là n’entre pas dans les tableaux de bord. Il se voit dans une course vers le tunnel, et dans un geste vers un partenaire. De plus, il se voit dans une phrase soufflée à l’oreille. Il se mesure aussi à ce que représente Mané au Sénégal, figure sportive et repère moral, au point que sa simple présence réorganise le collectif.
Dans un football où les images circulent plus vite que les explications, ce moment de discipline, presque de retenue, pèsera lourd lorsque viendront les possibles sanctions.

Pape Gueye, l’homme inattendu
Puis il y a le but, celui qui rend le match officiellement décisif. En prolongation, à la 94e minute, Pape Gueye surgit et frappe. Le ballon file. Le Maroc, obligé de se découvrir, se fait punir sur un moment de bascule purement sportif, comme si la logique du jeu réclamait soudain sa part.
On attendait d’autres noms, d’autres signatures. On attendait des attaquants. C’est un milieu qui endosse la gloire. Dans une finale où tout semblait s’écrire contre le Sénégal, ce but a la saveur d’un retournement. Il dit la force mentale d’un groupe qui, malgré la confusion, a su revenir au football.
À Dakar, la joie éclate en vague. À Rabat, le silence s’installe par plaques, comme un brouillard. La scène rappelle que le Maroc, dont le dernier sacre continental remonte à 1976, portait une attente ancienne, presque patrimoniale. Ce poids-là, le match l’a rendu visible.

Édouard Mendy et l’arrêt du penalty : le calme dans la tempête
L’arrêt du penalty n’a rien d’un geste spectaculaire. Il est même, d’une certaine manière, frustrant pour qui aime la pure acrobatie. Édouard Mendy se contente de capter. Pourtant, c’est peut-être l’action la plus chargée de conséquences.
Car capter, dans ce contexte, c’est éteindre l’incendie sur son point le plus sensible. C’est refuser d’offrir au stade un scénario de rédemption. C’est aussi rappeler qu’un gardien peut être une digue psychologique. Dans la séquence du chaos, Mendy agit comme un contre-temps, un ralentisseur. Il offre à son équipe un droit de recommencer.
Au-delà de la technique, il y a une attitude. Une économie de gestes, une froideur presque polie, qui tranche avec l’électricité ambiante. Dans une finale où l’émotion déborde de partout, ce calme devient une arme.

Le Maroc, la pression d’une finale à domicile et le poids du brassard
Pour le Maroc, la soirée a la cruauté des rendez-vous historiques. Pays hôte et favori assumé, il atteint la fin du tournoi. Avec la promesse d’un deuxième titre continental, et la perspective d’une fête nationale. Le stade, reconstruit et présenté comme une vitrine, devait être l’écrin d’un récit heureux.
Mais une finale à domicile a un revers. Elle transforme chaque décision en affaire d’État émotionnel. Elle exacerbe la moindre contestation. Elle fait du public un acteur, parfois un juge. Achraf Hakimi, capitaine emblématique, incarne cette charge. Sur ses épaules, le brassard pèse comme un symbole d’époque, celle d’un Maroc footballistique devenu ambitieux, moderne, scruté.
Le penalty manqué par Brahim Diaz et la défaite en prolongation ouvrent inévitablement une séquence de débats. Le sélectionneur marocain Walid Regragui a fustigé le comportement sénégalais et dénoncé une atteinte à l’image du football africain. Dans ce pays où le football est un langage commun, l’orage médiatique promet d’être long.

Le procès de l’arbitrage, une défiance qui couvait depuis le début
Cette finale de CAN couvait depuis le début. Elle a été précédée d’un climat de suspicion. Ce climat a été alimenté par des protestations de plusieurs sélections tout au long de la compétition. Le Sénégal avait exprimé son inquiétude avant même le coup d’envoi. Il s’inquiétait de l’organisation et de la sécurité, évoquant des bousculades lors de son arrivée à Rabat. De plus, il jugeait les conditions inadaptées.
Dans ce contexte, la décision de la VAR agit comme une étincelle sur une matière déjà inflammable. La technologie, censée pacifier, devient ici un accélérateur de rancœur. Ce paradoxe n’est pas propre à l’Afrique : il traverse toutes les compétitions où l’image prétend résoudre l’interprétation.
Reste que le football africain, lui, se débat avec une question récurrente : comment garantir, et faire croire, à l’impartialité, surtout quand le pays hôte joue le titre ? La CAF a déjà montré, ces dernières semaines, sa vigilance face à des incidents disciplinaires. Après la finale, l’instance pourrait se retrouver face à un cas d’école, celui d’une protestation collective sans abandon définitif.
Sanctions de la CAF possibles après la finale de la CAN 2025
L’épisode du retrait de terrain place le Sénégal sous la menace de sanctions disciplinaires. Cela concerne au moins son encadrement, et possiblement certains joueurs. Les règlements et l’esprit du jeu tolèrent mal qu’une équipe interrompe volontairement une finale. Mais le match a repris et s’est achevé. Cette nuance pèsera dans toute décision.
La FIFA, par la voix de son président Gianni Infantino, a condamné les débordements. De plus, elle a annoncé que des suites disciplinaires pourraient être engagées. Le risque est double. D’un côté, punir pour dissuader, afin que la contestation ne devienne pas une méthode. De l’autre, ne pas en faire trop, pour ne pas ajouter une crise institutionnelle à une crise émotionnelle.
Au milieu de ces calculs, une autre urgence s’impose : celle de la sécurité. Les images d’affrontements et les témoignages de violences rappellent qu’une finale n’est pas seulement un événement sportif. De plus, la blessure grave d’un agent souligne cette réalité. Elle est un rassemblement massif, fragile, où le moindre basculement de l’ambiance peut produire des dégâts très concrets.
Et pourtant, dans quelques années, il restera peut-être une image plus simple. Celle d’un gardien qui attend. D’un tireur qui tente une panenka. D’un milieu de terrain qui frappe en lucarne. Une dramaturgie concentrée, presque cruelle, qui résume ce que la CAN peut offrir de plus beau et de plus inquiétant.
Une victoire, un malaise et une question pour le football africain
Le Sénégal repart avec le trophée, et avec une gloire que rien n’efface. Mais il repart aussi avec une scène contestée qui le poursuivra, au moins le temps d’une instruction. Le Maroc ressent l’amertume d’un rendez-vous manqué. De plus, il éprouve la douleur des hôtes voyant leur fête s’échapper.
Dans l’immédiat, la finale Sénégal – Maroc laisse une impression contradictoire. D’un côté, la puissance d’un sport capable de captiver un pays entier jusqu’à la fin des prolongations. D’un côté, la fragilité d’une compétition dont la crédibilité dépend de l’arbitrage. De plus, elle repose sur la gestion de la foule.
Il faudra du temps pour refroidir les mots, pour vérifier les allusions, pour établir les responsabilités. Un joueur sénégalais, Ismaïl Jakobs, a laissé entendre après le match que « beaucoup de choses » auraient eu lieu avant et pendant la rencontre, sans détailler de faits vérifiables ni fournir d’éléments permettant, à ce stade, de confirmer ces allusions. Dans une époque où la rumeur se propage plus vite que le rapport officiel, la prudence est une nécessité.
Reste un fait, brut, indiscutable. Le 18 janvier 2026, à Rabat, le Sénégal a gagné 1-0 en finale, grâce à Pape Gueye, après un penalty polémique manqué par Brahim Diaz et une interruption qui a fait basculer le match dans une zone d’ombre. Cette nuit-là, la CAN a rappelé qu’elle est un miroir de l’Afrique footballistique : grandiose, passionnée, et encore en quête d’un cadre qui protège autant le jeu que ceux qui le font vivre.