Devant la cour d’appel, Sarkozy attaque la mémoire de Guéant pour défendre sa version du dîner de Tripoli

Nicolas Sarkozy, portrait (image libre, Wikimedia Commons).

Crédits : Jacques Paquier / Wikimedia Commons — CC BY 2.0.

Le mercredi 29 avril 2026, Nicolas Sarkozy a repris la parole au palais de justice de Paris. En effet, cela s’est déroulé lors du procès en appel concernant le financement libyen présumé de sa campagne présidentielle de 2007. Le moment était attendu : il devait répondre à deux écrits de Claude Guéant, absent pour raisons de santé, mais dont les attestations pèsent sur un point sensible du dossier. L’enjeu dépasse la joute entre anciens alliés : il touche à la solidité de la défense de l’ancien chef de l’État dans une affaire où il conteste toute entente illicite.

Une formule de prudence qui vise un point décisif du dossier

Selon BFM TV, Nicolas Sarkozy a déclaré à l’audience qu’il ne disait pas que Claude Guéant mentait, mais que « sa mémoire a évolué ». TF1 Info, Libération et Ouest-France rapportent la même ligne de défense : l’ancien président conteste le récit de son ex-collaborateur sans l’accuser frontalement de faux témoignage.

Cette formulation n’est pas anodine. Dans un procès, accuser un ancien proche de mentir ouvrirait une rupture totale et poserait la question d’un affrontement personnel direct. Évoquer une mémoire modifiée permet, au contraire, de discréditer un récit devenu gênant. Ainsi, cela reste dans le cadre d’une contestation mesurée.

Le cœur du désaccord porte sur un dîner officiel à Tripoli, le 25 juillet 2007. D’après les écrits de Claude Guéant rapportés notamment par Libération et TF1 Info, Mouammar Kadhafi aurait alors évoqué devant Nicolas Sarkozy la situation judiciaire de son beau-frère Abdallah Senoussi, condamné en France dans le dossier de l’attentat contre le vol UTA 772. Claude Guéant affirme que Nicolas Sarkozy l’aurait alors appelé à sa table pour lui demander de s’en occuper. Nicolas Sarkozy, lui, nie cette scène et soutient que Kadhafi ne lui a pas parlé de Senoussi en 2007.

Quand un ancien allié fragilise la mécanique de défense

La contradiction est lourde parce qu’elle touche l’architecture même de la défense. Depuis l’ouverture de cette séquence en appel, Nicolas Sarkozy affirme n’avoir ni reçu d’argent libyen ni eu connaissance d’initiatives irrégulières. Cependant, les écrits de Claude Guéant, résumés par Libération, BFM TV et Ouest-France, ne valident pas un financement occulte. En revanche, ils contestent l’idée d’un président tenu à distance de tous les épisodes sensibles.

Autrement dit, l’enjeu procédural n’est pas seulement de savoir si le souvenir de l’un vaut mieux que celui de l’autre. Il est aussi de déterminer si l’ancien président peut continuer à plaider l’ignorance sur des échanges que son plus proche collaborateur présente comme directs, précis et mémorables.

Cette tension explique le poids pris par une phrase apparemment défensive. En évoquant une mémoire « évoluée », Nicolas Sarkozy tente d’affaiblir un témoin-clé. Cependant, il souhaite éviter de donner l’impression qu’il règle ses comptes avec un homme qui a longtemps incarné sa fidélité administrative et politique.

Pourquoi l’épisode Senoussi compte autant en appel

Abdallah Senoussi n’est pas un nom périphérique dans ce dossier. Les débats judiciaires ont depuis longtemps fait de sa situation un élément de contexte majeur. En effet, elle touche aux relations nouées entre des responsables français et le régime libyen au milieu des années 2000. Les comptes rendus d’audience cités dans le briefing montrent que la séquence du 29 avril 2026 réactive précisément ce nœud.

Si Claude Guéant maintient qu’une demande a bien été formulée en 2007, l’audience ne porte pas seulement sur un détail de protocole. Elle interroge la chronologie des échanges entre les proches de Nicolas Sarkozy et les autorités libyennes. De plus, elle questionne la part de connaissance de l’ancien président sur ces démarches. C’est en ce sens que la contradiction peut modifier la dynamique narrative du procès en appel.

Il faut toutefois distinguer ce qui est établi de ce qui reste débattu. Ce 29 avril, les médias d’audience décrivent une contradiction nette entre Nicolas Sarkozy et Claude Guéant. En revanche, la portée juridique exacte de cette contradiction ne peut pas être tranchée à partir de ces seuls comptes rendus. Elle dépendra de l’appréciation de la cour sur l’ensemble du dossier, des écrits versés aux débats et des autres éléments de preuve.

Un rappel de contexte judiciaire, sans préjuger du fond

L’affaire renvoie aux soupçons de financement libyen de la campagne présidentielle de 2007. Nicolas Sarkozy conteste depuis l’origine toute culpabilité dans ce dossier. En première instance, il a été condamné, en septembre 2025, dans cette affaire, décision dont il a fait appel. L’audience actuelle ne rouvre donc pas un dossier neuf : elle rejoue, devant la cour d’appel, une affaire déjà jugée une première fois.

C’est ce contexte qui donne du relief à la scène du 29 avril. Un procès d’appel n’est pas seulement la répétition du premier. C’est aussi le moment où une défense doit rester cohérente face à des écrits nouveaux ou réactivés. Surtout lorsque ces écrits proviennent d’un ancien allié central. La formule choisie par Nicolas Sarkozy sur la « mémoire » de Claude Guéant vaut alors plus qu’une riposte d’audience : elle marque une ligne de fracture désormais visible au cœur même de sa défense.

Procès libyen : de retour à la barre, Sarkozy contredit son ex-bras droit, Claude Guéant

Cet article a été rédigé par Christian Pierre.