
Entre Nice, les plateaux enneigés d’« Alex Hugo » et le canapé de « 20h30 le dimanche », Samuel Le Bihan se raconte ce 11 janvier 2026, comme rarement. L’acteur populaire y mêle souvenirs new-yorkais avec Robert De Niro, hommage à Émilie Dequenne, combat pour sa fille autiste et doutes sur le succès, dessinant le portrait intime d’un homme en transition.
Un passage remarqué sur le plateau de France 2
Dimanche 11 janvier 2026, Samuel Le Bihan arrive en chemise sobre sur le plateau de 20h30 le dimanche, le magazine dominical de France 2 présenté par Laurent Delahousse. La séquence dure environ trente minutes. Elle prend la forme d’un entretien, ressemblant moins à une promotion qu’à un moment de bascule. L’acteur y évoque son succès. De plus, il partage ses doutes. Ensuite, il parle de ses engagements. Enfin, il aborde ses deuils.
Face au journaliste, le héros d’Alex Hugo assume d’emblée sa stature de figure populaire. Il rappelle avoir longtemps navigué entre cinéma d’auteur, comédies grand public et films populaires. Ensuite, la série policière tournée en montagne s’impose comme l’un des grands succès de France Télévisions. Le succès, confie-t-il, est « un cadeau », mais aussi un poids : il ferme parfois des portes, notamment celles de certains films d’auteur qu’on ne lui propose plus.
Sur le canapé de France 2, la conversation s’éloigne vite du simple bilan de carrière. En quelques réponses, Samuel Le Bihan dessine le portrait d’un homme de 60 ans, à la fois reconnaissant et lucide. Il parle d’une fatigue accumulée et d’un métier devenu plus lourd à porter. En effet, les responsabilités se sont ajoutées. Cependant, il mentionne également une forme de sérénité gagnée avec le temps.
De New York à Robert De Niro, les années de formation
Au fil de l’entretien, Laurent Delahousse exhume un épisode méconnu de la vie du comédien : son passage, jeune homme, par l’Actors Studio de New York. À l’époque, le futur acteur vedette de Capitaine Conan et Le Pacte des loups n’est qu’un apprenti. En effet, il est venu se frotter au mythe américain. Pour financer son séjour, il accepte des petits jobs, jusqu’à devenir coursier.
C’est là qu’intervient Robert De Niro. Un jour, Samuel Le Bihan livre une lettre à l’immense acteur, sans imaginer qu’il le recroiserait un jour. Des années plus tard, ils se retrouvent face à face sur le tournage du film Le Pont du roi Saint-Louis (2004), production internationale réalisée par Mary McGuckian. L’anecdote, racontée sur France 2, amuse le public autant qu’elle impressionne le présentateur : le coursier anonyme est devenu partenaire de jeu.
Dans le récit de Samuel Le Bihan, cet épisode new-yorkais n’est pas seulement une jolie histoire. Il marque une période de formation où tout est possible : le jeune Normand, né à Avranches et passé par la Comédie-Française, se forge au contact des grands textes, puis ose traverser l’Atlantique. De la rue, où il jouait la commedia dell’arte et faisait le crachage de feu, aux plateaux partagés avec De Niro, il y a un parcours patient, fait d’obstination et de curiosité.

« Alex Hugo », un succès qui bouscule une carrière
Depuis 2014, le grand public associe surtout Samuel Le Bihan à un visage : celui d’Alex Hugo, l’acteur phare de la série ex-flic marseillais réfugié dans les montagnes. La série a d’abord été diffusée sur France 2 puis sur France 3. Elle s’est imposée comme l’un des plus gros succès de la fiction française. En effet, les épisodes sont régulièrement suivis par plusieurs millions de téléspectateurs.
Sur le plateau de 20h30 le dimanche, l’acteur reconnaît que ce personnage a façonné sa trajectoire récente. Alex Hugo lui a apporté une immense popularité, mais aussi un emploi du temps contraint. En outre, il a dû faire face à des tournages exigeants en altitude. Les épisodes, tournés dans les Hautes-Alpes, confrontent les équipes à des conditions climatiques parfois extrêmes, entre tempêtes de neige et orages violents.
Depuis la saison 11, dont de nouveaux épisodes doivent être diffusés en 2026, Samuel Le Bihan occupe un rôle élargi : non seulement il incarne le héros, mais il a aussi réalisé un épisode. Il raconte un tournage éprouvant, physiquement et mentalement, où il fallait diriger une équipe d’une cinquantaine de personnes. De plus, il devait rester devant la caméra en permanence. Une expérience qui l’a conforté dans son désir d’explorer la mise en scène, sans renoncer au jeu.
Ce succès au long cours a un revers : la rareté des autres propositions. En acceptant de devenir le visage d’une série populaire, Samuel Le Bihan sait qu’il renonce à une partie du cinéma d’auteur qui l’a révélé. Mais le regard qu’il porte aujourd’hui sur ce choix est apaisé. Alex Hugo lui a offert une sécurité professionnelle et une relation durable avec le public. De plus, il bénéficie d’un cadre de travail en pleine nature qui n’est pas pour lui déplaire.
« Alex Hugo », polar de territoire au cœur de la fiction française
Au-delà du portrait d’acteur, « Alex Hugo » est devenue en onze saisons un pilier de la fiction policière française. De plus, elle a su captiver le public avec son intrigue et ses personnages. Créée par Nicolas Tackian et Franck Thilliez pour France Télévisions, la série adapte librement le roman La Mort et la belle vie de l’écrivain américain Richard Hugo et compte aujourd’hui 32 épisodes de 90 minutes, diffusés d’abord sur France 2, puis sur France 3. Chaque opus fonctionne comme un téléfilm autonome, ce qui permet de mêler enquête, chronique sociale et respiration contemplative.
Dans cet univers, Alex Hugo est un ancien grand flic marseillais surnommé « La Tendresse ». Il incarne un héros de retrait plutôt qu’un justicier triomphant. Le récit repose moins sur la surenchère de violence. Il met l’accent sur l’attention portée aux victimes et aux communautés rurales. De plus, il s’intéresse aux fragilités psychologiques. La montagne agit comme un révélateur moral : les intrigues restent sombres, mais le tempo est plus lent, plus introspectif, loin des standards de la série policière dite « procedural ».
Pour France Télévisions, la série s’inscrit dans une stratégie plus large de polars de territoire qui a aussi donné naissance à Capitaine Marleau ou à la collection Meurtres à…. Ces fictions régionalisées constituent des marques fortes du service public : elles conjuguent promesse de dépaysement, intrigue policière et mise en valeur du patrimoine. La directrice de la fiction nationale, Anne Holmes, résume le projet en ces termes. Elle explique qu’il s’agit « d’emmener les téléspectateurs visiter des régions de France ». Ces visites incluent leurs coutumes et légendes locales. C’est une manière d’ancrer les récits dans des paysages identifiables.
La singularité d’Alex Hugo est d’avoir poussé cette logique très loin. Les épisodes sont tournés principalement dans les Hautes-Alpes vallée de la Clarée, Briançonnais, Cervières, où la montagne est filmée comme un personnage à part entière. Des articles de presse et des offices de tourisme rappellent que les équipes ont investi, depuis 2014, des lieux parfois méconnus : villages de Névache et Val-des-Prés, haute vallée de Cervières, ancien sanatorium Rhône-Azur réinventé en commissariat de la « police rurale ». La frontière entre décor de fiction et territoire vécu devient poreuse.
Cette écriture du paysage a un coût logistique. Les tournages s’étalent souvent sur plusieurs semaines en altitude, avec une forte proportion de cascades et de scènes en extérieurs. Un reportage régional évoque deux mois consacrés aux épisodes 33 et 34. Ces épisodes se déroulent entre glaciers, rivières et un palais de justice reconstitué à Gap. Cependant, le rendement est d’à peine quelques minutes montées par jour. La commune de Cervières souligne qu’« en tout, ce sont une cinquantaine de personnes (équipes, comédiens, intervenants…) qui débarquent en Briançonnais durant de nombreuses semaines par an », donnant la mesure de l’impact local d’un tournage récurrent.
L’empreinte économique et symbolique de la série dépasse le simple passage d’une équipe. Dans les Hautes-Alpes, plusieurs initiatives touristiques proposent désormais des visites guidées sur les traces d’« Alex Hugo ». Ces visites mêlent la découverte du patrimoine naturel et le repérage de décors. Des habitants témoignent d’une fréquentation accrue de certains sites, comme le lac de l’Orceyrette, depuis la diffusion des épisodes. Pour les collectivités et les offices de tourisme, la série devient un outil de communication territoriale. Cependant, elle pose aussi la question d’une gestion durable des flux de visiteurs.
À l’échelle nationale, « Alex Hugo » illustre la place centrale de la fiction dans le paysage audiovisuel. Dans son étude récente sur le marché de la fiction audiovisuelle, le CNC constate un fait important. En effet, les séries policières figurent parmi les genres moteurs. De plus, le « light crime » est également un moteur, avec des coûts horaires en hausse. Par ailleurs, ces genres montrent une forte capacité d’exportation. Le Centre rappelle que la fiction française capte 100 % des meilleures audiences annuelles en 2024. En outre, les diffuseurs historiques restent les premiers financeurs de ces programmes. Cela s’inscrit au cœur de leur mission de service public.
Les chiffres d’audience confirment le statut de valeur sûre d’« Alex Hugo ». Selon les données Médiamétrie relayées par la presse spécialisée, les épisodes inédits dépassent régulièrement les 5 millions de téléspectateurs en prime time, avec des parts de marché supérieures à 20 %. Certaines rediffusions réunissent encore entre 3 et 4,5 millions de personnes et placent France 3 en tête de soirée. En 2022, la série aurait frôlé les 7 millions de spectateurs en comptant le replay. C’est l’un des meilleurs scores d’une fiction française récente.
Cette performance s’explique aussi par la démographie de son public : un cœur de cible familial et âgé. Ce public est fidèle au service public et retrouve dans « Alex Hugo » un mélange de polar accessible. De plus, il y a des paysages spectaculaires et des thématiques sociales. En retour, le succès de la série conforte France Télévisions dans le choix d’investir dans des fictions de territoire. Ces fictions sont tournées en régions et portées par des acteurs identifiés. C’est dans cet écosystème fait de paysages, de financements publics et de rendez-vous réguliers avec le public – que se déploie aujourd’hui la trajectoire de Samuel Le Bihan.
Nice, un ancrage apaisé entre mer et travail
L’autre décor de sa vie, loin des plateaux enneigés, se trouve désormais à Nice. L’acteur y a posé ses valises il y a quelques années, dans une villa tournée vers la mer. Il y vit avec ses enfants et s’y ressource entre deux tournages. Cette installation, explique-t-il régulièrement, répond à un besoin simple : offrir un cadre plus doux à sa famille, entre lumière méditerranéenne et rythme moins pressé qu’à Paris.
Depuis la Côte d’Azur, Samuel Le Bihan rayonne vers les différents lieux de tournage qui jalonnent sa carrière récente. La série « Alex Hugo » continue de se tourner majoritairement dans les Alpes, tandis que Carpe Diem, fiction policière diffusée sur TF1, a choisi la région niçoise comme décor. L’acteur y apparaît comme un professionnel qui cherche à concilier vie de famille, travail et attachement pour certains territoires.

Nice est aussi pour lui un espace symbolique : une ville parfois réduite à une carte postale de retraités. Cependant, il la défend comme un lieu vivant, fréquenté par les étudiants, les artistes et les travailleurs de passage. Dans les interviews, il insiste sur cette image plus nuancée, fidèle à sa manière de regarder la société.
Un père engagé, face à l’autisme de sa fille
Derrière l’acteur populaire se dessine aussi la figure d’un père très impliqué. Samuel Le Bihan a trois enfants, dont Angia, née en 2011, diagnostiquée autiste très jeune. Longtemps, il a accepté de mettre sa notoriété au service de la sensibilisation à l’autisme. Il racontait les difficultés du diagnostic et le combat pour trouver des structures adaptées. Par ailleurs, il partageait les progrès quotidiens de sa fille.
En 2018, il cofonde avec Florent Chapel la plateforme Autisme Info Service, un dispositif d’écoute et d’orientation destiné aux familles et aux personnes concernées par les troubles du spectre autistique. Il y intervient comme vice-président et porte-parole, défendant une approche pragmatique : mieux informer, rompre l’isolement des parents, faciliter l’accès aux professionnels compétents.
Avec le temps, Samuel Le Bihan a toutefois choisi de parler moins de sa fille dans les médias. Il rappelle qu’Angia est désormais une adolescente, avec sa propre intimité, son droit à mener une vie normale loin des projecteurs. Ses rares confidences publiques se concentrent sur une idée simple : l’importance de construire, malgré les difficultés, un quotidien le plus heureux possible, fait de petites victoires et d’autonomie.
Pour le lecteur, ce retrait volontaire révèle aussi sa conception de la notoriété. Il utilise la visibilité quand elle peut être utile à une cause. Cependant, il sait se taire quand la frontière avec la vie privée devient trop fine.

Émilie Dequenne, une absence qui accompagne le présent
Au cours de l’entretien sur France 2, un autre visage surgit dans la conversation : celui d’Émilie Dequenne, actrice belge disparue en mars 2025 à l’âge de 43 ans. Samuel Le Bihan a tourné à plusieurs reprises avec elle, notamment dans Le Pacte des loups, La Fille du RER ou encore Le Pont du roi Saint-Louis. Sur le plateau, il parle d’elle avec une émotion retenue.
Il avait déjà confié, quelques mois plus tôt dans l’émission « C à vous », que sa mort reste pour lui une injustice. En effet, elle est difficile à accepter. Il décrit une comédienne « d’une puissance intérieure » rare, capable de mêler détermination et douceur. Une actrice qui, selon lui, incarnait une forme d’authenticité devenue précieuse dans le milieu du cinéma.
Lorsque Laurent Delahousse l’interroge sur la manière dont il vit ce deuil, Samuel Le Bihan rappelle que le chagrin est souvent silencieux. Le deuil, explique-t-il, se vit dans la solitude, loin du bruit des réseaux sociaux. Il dit penser généralement à sa partenaire disparue et à la fragilité de l’existence. Il réfléchit à l’idée qu’une carrière, si brillante soit-elle, dépend parfois de quelques hasards de santé ou de destin.
Ce moment de télévision, sans pathos, prolonge l’hommage qu’il lui a rendu à plusieurs reprises depuis un an. Il s’inscrit dans un mouvement plus large : celui d’un acteur qui assume désormais de montrer ses émotions. De plus, il parle de ses colères et de ses peurs autant que de ses réussites.
Un artiste citoyen entre écologie et engagement social
Le portrait esquissé par 20h30 le dimanche ne serait pas complet sans un détour par les engagements de Samuel Le Bihan. Depuis une dizaine d’années, l’acteur s’investit sur plusieurs fronts. En 2014, il participe à la création de l’association Earthwake, née de la volonté de lutter contre la pollution plastique en développant des solutions de valorisation des déchets. Il intervient notamment lors de la COP 21, à Paris, pour défendre des technologies capables de transformer certains plastiques en carburant.
Dans le champ social, son travail autour de l’autisme l’a conduit à devenir un interlocuteur régulier des pouvoirs publics. Par ailleurs, il est aussi devenu un interlocuteur régulier des associations. Parmi les livres de Samuel Le Bihan, Un bonheur que je ne souhaite à personne (2018) raconte, sous une forme romancée, la relation d’un père avec sa fille autiste. C’est une manière de toucher un large public sans livrer un témoignage brut. De plus, cela permet de s’autoriser la fiction pour préserver les intimités.
En 2019, son engagement est salué par plusieurs distinctions, dont un prix d’artiste citoyen. Ensuite, il reçoit une décoration dans l’ordre de la Légion d’honneur quelques années plus tard. Lui-même insiste sur le fait que ces honneurs n’ont de sens que s’ils servent de levier. En effet, ils doivent permettre de continuer à parler d’inclusion, de handicap et d’écologie du quotidien.
Où voir Samuel Le Bihan aujourd’hui : films et séries TV ?
Pour les téléspectateurs qui découvrent ou redécouvrent l’acteur grâce à son passage chez Laurent Delahousse, l’actualité de Samuel Le Bihan se décline sur plusieurs écrans. La série Alex Hugo poursuit sa onzième saison, avec de nouveaux épisodes annoncés sur France 3 en 2026. De plus, l’un des épisodes sera réalisé par l’acteur lui-même. Les précédents opus restent accessibles en replay sur les plateformes de France Télévisions.
En parallèle, Samuel Le Bihan mène d’autres projets de fiction, comme la série Carpe Diem tournée sur la Côte d’Azur, ou des téléfilms inspirés de questions de société, souvent liés au handicap ou à l’inclusion. Son passage à 20h30 le dimanche agit comme un point de convergence : il permet de relier l’homme engagé, le père discret, le comédien populaire et le réalisateur en devenir.
Au-delà de l’anecdote avec Robert De Niro ou de l’émotion suscitée par l’évocation d’Émilie Dequenne, ce moment de télévision rappelle surtout qu’une carrière n’est jamais un bloc homogène. Celle de Samuel Le Bihan se dessine à la croisée de plusieurs lignes : le goût du jeu, la fidélité à un public, l’attention portée aux plus fragiles et une sensibilité écologique assumée. Autant de fils qui, réunis, composent le portrait d’un acteur français durablement installé dans le paysage culturel. Cependant, cet acteur est encore en mouvement.