Avec Foreign Tongues, les Rolling Stones testent leur vieux blues-rock, des invités stars et leurs limites

Mick Jagger, Ronnie Wood, Keith Richards et Charlie Watts saluent Londres après un concert des Rolling Stones, le 22 mai 2018. La révérence collective rappelle la scène comme matrice de leur longévité. Crédits : Raph_PH / Wikimedia Commons, CC BY 2.0

Mick Jagger, Ronnie Wood, Keith Richards et Charlie Watts saluent Londres après un concert des Rolling Stones, le 22 mai 2018. La révérence collective rappelle la scène comme matrice de leur longévité. Crédits : Raph_PH / Wikimedia Commons, CC BY 2.0

Sorti vendredi 10 juillet 2026, le nouvel album des Rolling Stones arrive moins de trois ans après Hackney Diamonds. Avec Foreign Tongues, Mick Jagger, Keith Richards et Ronnie Wood prolongent une formule blues-rock très identifiable. Le producteur Andrew Watt et plusieurs invités prestigieux l’encadrent. Une question simple demeure : que produit encore une légende quand elle refuse de devenir seulement un monument ?

Un disque publié comme un événement de catalogue

La boutique officielle française des Rolling Stones présente Foreign Tongues comme le 25e album studio du groupe. Le disque compte quatorze titres. Il a été enregistré en moins d’un mois aux studios Metropolis, dans l’ouest de Londres, avec Andrew Watt autour du trio.

La boutique officielle ne livre pas seulement une fiche produit. Elle fixe aussi les repères utiles du disque : coffret CD, quatorze morceaux et enregistrement londonien rapide. In The Stars ouvre la campagne. La distribution s’élargit autour de Darryl Jones, Matt Clifford, Steve Jordan, Paul McCartney et Robert Smith. Chad Smith, Steve Winwood et Charlie Watts sont aussi cités, ce dernier à partir d’une session antérieure.

Cette continuité explique une partie de l’impression laissée par l’album. Foreign Tongues ne cherche pas à rompre avec la marque Stones. Il la réorganise morceau après morceau, avec un son plus dense et une batterie très en avant. Le mixage donne au vieux vocabulaire du groupe une surface contemporaine.

Une recette blues-rock assumée

Dans son article publié le matin de la sortie, Franceinfo résume l’effet immédiat du disque. Il y entend du blues, du rock’n’roll, une voix de Mick Jagger très tenue et des recettes connues qui fonctionnent encore. Le jugement est favorable, mais il pointe aussi ce qui fait débat : les Rolling Stones avancent en revenant à leur propre grammaire.

À l’écoute, l’ouverture, Rough And Twisted, joue ce rôle de manifeste. Le riff, l’harmonica et le mouvement de groupe installent d’emblée un terrain familier. In The Stars, déjà utilisé comme single, pousse la même logique vers une forme plus ample. Puis l’album se déplace vers des registres voisins. Jealous Lover regarde du côté de la danse, Ringing Hollow vers une ballade américaine plus sombre. Some Of Us va vers la mélancolie rugueuse portée par Keith Richards.

À la Berlinale 2008, Charlie Watts, Ron Wood, Keith Richards et Mick Jagger posent pour la première de ‘Shine a Light’. La photo fixe le groupe comme objet de cinéma autant que de scène. Crédits : Mario Escherle / DerPfalzgraf / Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0
À la Berlinale 2008, Charlie Watts, Ron Wood, Keith Richards et Mick Jagger posent pour la première de ‘Shine a Light’. La photo fixe le groupe comme objet de cinéma autant que de scène. Crédits : Mario Escherle / DerPfalzgraf / Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0

France Inter a consacré une écoute intégrale à l’album le jour de sa sortie. Le brief ne permettait toutefois pas d’établir avec certitude l’ordre complet des quatorze titres. Mieux vaut donc rester sur les morceaux explicitement repérés par les sources consultées. La liste comprend Rough And Twisted, In The Stars, Jealous Lover et Ringing Hollow. S’y ajoutent Some Of Us, Covered In You et Back In Your Life. La reprise de You Know I’m No Good d’Amy Winehouse est aussi repérée.

Les invités, entre transmission et affichage

Le casting renforce la lecture patrimoniale du disque. Paul McCartney, Steve Winwood, Robert Smith et Chad Smith apparaissent dans les sources officielles et radiophoniques. Leur présence n’est pas seulement décorative. Elle inscrit Foreign Tongues dans une histoire de filiations : contemporains des années 1960, héritiers du rock britannique, pop alternative et puissance de studio.

Mais elle peut aussi produire l’effet inverse. Plus l’album aligne les noms, plus il oblige à se demander ce qui relève du morceau et ce qui relève de l’événement. Le cas de Charlie Watts est à part. Le batteur, mort en 2021, apparaît à partir d’une session antérieure, selon la boutique officielle et France Inter. Cette contribution ne sert pas un simple argument promotionnel. Elle rappelle que la relance actuelle des Stones s’écrit sur une absence centrale.

Andrew Watt devient alors le personnage discret mais décisif du disque. Son rôle consiste moins à moderniser les Stones de l’extérieur qu’à durcir leur énergie. Il organise les prises et fait tenir ensemble le vieux son de bar-band avec les exigences d’une production de 2026. Le résultat peut séduire par sa précision. Il peut aussi agacer quand cette précision gomme le désordre qui faisait partie du charme.

Un accueil qui n’a rien d’un consensus

Le premier accueil français montre déjà deux lectures. Franceinfo insiste sur le plaisir d’un disque qui reprend des recettes anciennes sans les épuiser. Libération, dans sa sélection musicale du 10 juillet, adopte au contraire un ton beaucoup plus sévère. Le journal y voit un produit très fabriqué, marqué par le désir de rajeunissement sonore et visuel.

Ce contraste est utile, parce qu’il évite de transformer la sortie en célébration automatique. Le disque semble efficace quand il assume sa limite. Les Stones ne prétendent pas réinventer le rock, mais vérifier ce que leur langage peut encore porter. Il devient plus fragile quand l’enrobage contemporain cherche à prouver trop fortement que le groupe appartient toujours au présent.

Au Summerfest de Milwaukee, le 23 juin 2015, les Rolling Stones occupent encore la grande scène avec leur bloc guitare-voix. Cette image replace Foreign Tongues dans une histoire de concerts plus que de musée. Crédits : Jim Pietryga / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0
Au Summerfest de Milwaukee, le 23 juin 2015, les Rolling Stones occupent encore la grande scène avec leur bloc guitare-voix. Cette image replace Foreign Tongues dans une histoire de concerts plus que de musée. Crédits : Jim Pietryga / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0

La question d’un Foreign Tongues avis ne se résume donc ni à la nostalgie ni au rejet. L’album existe dans un entre-deux : assez fidèle pour rassurer, assez produit pour signaler son époque, assez entouré pour faire événement. C’est là que se joue son intérêt culturel. En 2026, les Rolling Stones ne vendent pas seulement un nouveau disque. Ils testent la résistance d’une signature. La longévité rock se mesure ici à une formule solide, mais aussi à la lucidité avec laquelle elle accepte ses limites.

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The Rolling Stones – Foreign Tongues | Bande-annonce de l’album

Cet article a été rédigé par Émilie Schwartz.