
Crédits : Matthias Ripp / Wikimedia Commons, CC BY 2.0.
L’édition 2026 se tient du 6 au 28 juin dans 12 villes françaises et leurs alentours. Elle accompagne la Journée mondiale des réfugiés. Derrière les menus à quatre mains, Refugee Food met en relation des cuisinières et cuisiniers réfugiés avec des restaurants locaux. Le rendez-vous croise récit culturel, transmission de gestes et première marche possible vers l’emploi.
Un festival national, des scènes locales
Le principe est simple, mais il engage davantage qu’un calendrier de tables. Selon l’association Refugee Food, cette 11e édition nationale associe des personnes réfugiées à des acteurs de la restauration locale. Cheffes, chefs, artisans et lieux de restauration accueillent des formats allant du bistrot aux cantines, des guinguettes aux rôtisseries. L’événement se déploie à Bordeaux, Dijon, Lille, Lyon, Marseille, Nantes, Nice, Paris, Rennes, Rouen, Toulouse et Tours. Des rendez-vous proches complètent la carte, notamment à Roubaix, Montreuil, Saint-Malo ou Saint-Aignan.
La Ville de Paris présente la même période, du 6 au 28 juin. Elle rappelle que le festival s’organise chaque année autour du 20 juin. Les marraines 2026 sont la cheffe Manon Fleury et l’actrice, autrice et réalisatrice Aïssa Maïga. Elles accompagnent une édition placée sous l’idée d’une France « à partager ».
À Lille, le programme local précise une temporalité plus resserrée, du 11 au 20 juin. La page de La Cimade Nord-Picardie décrit une 10e édition lilloise avec dix lieux participants. Elle cite Hopen Source, La Moulinette, Le Lovibond, Les Oiseaux, L’Annexe et les Singes Savants. Le Crous Le Sully et le Bazaar St-So figurent aussi dans cette liste. Deux collaborations locales tournent autour d’Alexandre Montois. La première réunit Nafissa Yeya et L’Annexe pour un dîner franco-nigérien annoncé le 17 juin. La seconde associe Laila Mohammadi au Bazaar St-So, le 20 juin, autour d’une street food franco-afghane de clôture.

La table comme premier langage
Dans son reportage publié le 25 juin, Libération part de plats concrets observés entre Lille et Montreuil. Le journal montre ce que produit cette rencontre en cuisine. Il cite notamment Laila Mohammadi, Alexandre Montois, Abinaya Chandran et Fanny Payre. Ces collaborations ne se réduisent pourtant pas à une simple vitrine solidaire. L’enjeu tient dans le travail commun. Il faut adapter une recette, choisir des ingrédients, trouver un rythme de service et faire comprendre un geste quand les mots manquent.
Le Refugee Food Festival 2026 gagne là sa dimension culturelle. Il ne s’agit pas seulement de faire goûter une cuisine venue d’ailleurs, formule trop rapide qui figerait les personnes dans une origine. La recette devient plutôt un espace de traduction. Elle porte une mémoire familiale, un savoir-faire professionnel ou domestique. Elle rencontre ensuite les contraintes d’un restaurant installé : brigade, normes, coûts, temps de préparation, accueil du public.
Cette logique explique l’attention portée aux scènes locales. À Montreuil, Enlarge your Paris signale une création sri-lankaise imaginée le 19 juin chez Fadoli. Elle associe Abinaya Chandran à Fanny Payre. Le détail importe moins comme recommandation gourmande que comme indice d’un format. L’événement met face à face des parcours, des techniques et des institutions culinaires rarement réunies dans le quotidien d’une ville.
L’insertion, au-delà du service
Refugee Food présente le festival comme une manière de changer les regards sur l’exil, mais aussi comme un outil d’insertion professionnelle. La page nationale indique que les cuisinières et cuisiniers participants peuvent être accompagnés après l’événement, selon leurs besoins. Les suites possibles vont des cours de français aux formations, des recrutements au développement d’une activité. La promesse ne tient donc pas seulement au repas servi le soir même. Elle repose sur ce qui peut suivre quand la rencontre en cuisine ouvre une relation de travail.

Cette ambition doit être formulée avec prudence. Un festival, même bien identifié, ne suffit pas à résoudre les obstacles administratifs, linguistiques ou économiques que rencontrent les personnes réfugiées. Il peut, en revanche, rendre visible une compétence souvent effacée par les récits de vulnérabilité. Dans un secteur de la restauration où le recrutement reste un sujet récurrent, la cuisine devient un lieu d’évaluation concret. Il faut tenir un poste, transmettre une recette, travailler en équipe et recevoir un public.
Une hospitalité qui se vérifie dans les faits
Le risque, pour ce type d’événement, serait de transformer l’hospitalité en slogan. C’est pourquoi les collaborations précises comptent autant que les grandes intentions. Quand un restaurant ouvre sa cuisine, il ne prête pas seulement une salle. Il accepte de déplacer son menu, son organisation et parfois son public. Quand une personne réfugiée y apporte une recette, elle n’est pas seulement invitée à raconter son parcours. Elle occupe une place de production, avec un savoir à défendre.
La force du Refugee Food Festival tient dans cette zone intermédiaire. L’événement reste ponctuel, avec les limites d’un rendez-vous de juin. Mais il donne à voir une politique du commun à hauteur de cuisine, loin des abstractions. Cette place du débat social dans un cadre culturel traverse aussi d’autres rendez-vous. Elle va du festival culinaire aux talks de We Love Green. La question n’est pas de savoir si un plat peut, à lui seul, réparer l’exil. Elle est de comprendre comment un geste partagé peut ouvrir une conversation. Parfois, il peut aussi créer une opportunité loin des discours qui réduisent les personnes réfugiées à des chiffres ou à des débats.