
Le 25 mars 2026, la cour criminelle départementale de Paris a condamné Tariq Ramadan à 18 ans de réclusion criminelle. Cette condamnation concerne des faits de viol sur personne vulnérable et viols sur trois femmes. Le dossier portait sur des faits jugés à Lyon en 2009 puis à Paris en 2012 et 2016. Le verdict, rendu sans l’accusé et ses avocats, marque un tournant judiciaire majeur. Cependant, la procédure ne se clôturera pas si un appel est formé.
Une motivation centrée sur la contrainte, la violence et l’emprise
L’enjeu principal du procès n’était pas seulement de savoir si des relations sexuelles avaient eu lieu. Sur ce point, la procédure a été marquée par un changement de ligne de défense. Tariq Ramadan a d’abord nié l’existence de certains rapports. Ensuite, il a soutenu qu’ils étaient consentis. La cour a estimé que le consentement invoqué ne résistait pas à la description des scènes jugées. De plus, il ne résistait pas à l’ensemble du contexte relationnel retenu à l’audience.
Selon le compte rendu du verdict publié par Le Monde, la présidente Corinne Goetzmann a rappelé que consentir à une relation sexuelle ne signifie pas consentir à n’importe quel acte sexuel. Cette formule dit l’essentiel de la motivation judiciaire : les magistrats n’ont pas seulement examiné des échanges préalables ou la rencontre entre adultes, mais la façon dont se sont déroulés les faits dénoncés dans des chambres d’hôtel, avec des violences alléguées jugées crédibles et convergentes.
La cour a aussi retenu une lecture particulièrement sévère de la dimension psychologique du dossier. D’après les motivations rapportées par Le Monde, elle a évoqué une « négation de l’altérité », une « annihilation » de l’humanité des victimes et une « entreprise de destruction psychologique des plaignantes ». Dans cette logique, la peine sanctionne une manière d’exercer domination, humiliation et contrainte sur plusieurs femmes. Ces actes ne sont pas seulement isolés. Ils se produisent dans des circonstances distinctes.
C’est ce point qui éclaire la lourdeur de la peine. Le verdict ne repose pas uniquement sur la médiatisation de l’affaire ni sur la personnalité publique de l’accusé. En revanche, il se base sur l’appréciation par la cour d’une violence physique et psychologique répétée. Le dossier, tel qu’il a été jugé, a conduit les magistrats à une conclusion importante. Ils ont considéré que les faits présentaient une extrême gravité et relevaient d’une même mécanique de pouvoir.
Pourquoi l’absence de l’accusé n’a pas empêché le jugement
L’absence de Tariq Ramadan a pesé sur l’atmosphère du procès, mais elle n’en constitue pas le cœur juridique. La question décisive était celle de son aptitude à comparaître. Au début du mois de mars, la cour a ordonné une expertise médicale. Selon Le Parisien, cette expertise a conclu que son état de santé était compatible avec une comparution.
C’est sur cette base que la cour a décidé, le 6 mars, de le juger en son absence. Toujours selon Le Parisien, les juges ont alors estimé qu’il était apte, tout en constatant qu’il ne se présentait pas à l’audience. La procédure a donc continué sans lui ni ses avocats. Ceux-ci ont choisi de ne pas assister aux débats. Ils avaient dénoncé les conditions du procès.
Un élément supplémentaire a toutefois été avancé par la défense à la veille du verdict. Dans un article publié le 24 mars 2026, Le Parisien rapporte que deux nouveaux avocats de Tariq Ramadan ont informé la cour criminelle de Paris d’une hospitalisation survenue le matin même en psychiatrie à Genève, en Suisse, et ont demandé qu’un renvoi des audiences en soit tiré. Cette information éclaire la stratégie de défense sur son état de santé, sans effacer le fondement procédural retenu plus tôt par la cour pour maintenir le procès.
Ce point est important pour comprendre la solidité procédurale du verdict. La juridiction n’a pas statué malgré une incapacité médicalement établie ; elle a statué après avoir considéré, à partir d’une expertise, que l’accusé pouvait comparaître. Autrement dit, l’absence n’a pas suspendu la justice. Elle n’était pas reconnue comme un obstacle médical suffisant. Cela s’est produit au moment où la cour a tranché.
Le dossier demeure toutefois sensible sur ce terrain. L’absence de l’accusé nourrit déjà la stratégie de contestation de la défense, qui a dénoncé une procédure injuste. Mais à ce stade, l’élément solidement établi est que la cour a jugé après expertise. Elle n’a pas jugé dans l’incertitude sur sa capacité à être présent.

Une condamnation lourde, assortie de plusieurs mesures complémentaires
La peine de 18 ans de réclusion s’accompagne de mesures qui montrent que la cour a voulu encadrer durablement les suites de la condamnation. D’après Le Monde, elle a prononcé un suivi sociojudiciaire de huit ans, une injonction de soins, la privation des droits civils et civiques pendant dix ans, ainsi qu’une interdiction définitive du territoire français.
Ces mesures ne sont pas accessoires. Le suivi sociojudiciaire permet un contrôle après l’exécution de la peine. L’injonction de soins ouvre la voie à une prise en charge imposée dans un cadre judiciaire. La privation des droits civils et civiques emporte, elle, des conséquences concrètes sur la capacité à exercer certains droits reconnus aux citoyens. Enfin, l’interdiction définitive du territoire français souligne que la cour a tenu compte des faits jugés. De plus, elle a considéré leurs conséquences futures en France.
La cour a confirmé le mandat d’arrêt émis le 6 mars. À ce moment, elle avait décidé de poursuivre le procès en l’absence de l’accusé. Cela signifie que la condamnation n’est pas seulement une affirmation symbolique de culpabilité. Elle s’inscrit aussi dans une logique d’exécution. Cependant, nous ne pouvons pas confirmer à ce stade les délais d’exécution du mandat.
Ce que le verdict dit de la justice française dans les affaires de violences sexuelles
Ce jugement clarifie comment la justice française qualifie les violences sexuelles. Cela se produit lorsqu’un accusé nie toute contrainte mais admet ensuite des rapports. Le centre du raisonnement judiciaire n’est pas uniquement dans la preuve d’une rencontre. En effet, il réside dans l’examen de la violence, du rapport de domination et des limites du consentement.
Il montre aussi que l’emprise psychologique peut peser lourd dans l’appréciation pénale, à condition d’être articulée à des faits précis, à des récits convergents et à une motivation serrée de la juridiction. Dans cette affaire, la cour a visiblement considéré plusieurs éléments. La répétition des schémas et la nature des actes décrits ont été notées. De plus, la position occupée par l’accusé dans ses relations avec les plaignantes a été prise en compte. Ces éléments formaient un ensemble cohérent selon la cour.
La suite procédurale reste néanmoins ouverte. La condamnation du 25 mars 2026 constitue un verdict de fond particulièrement sévère. Cependant, elle ne doit pas être présentée comme irrévocable. La question d’un appel n’est pas encore clarifiée. Au moment de la mise en ligne, nous ne sommes pas en mesure de confirmer si la défense a formellement interjeté appel. Ce qui est certain, c’est que la cour de Paris a motivé sa décision. Elle l’a fait comme une réponse pénale majeure à des viols jugés établis. Ces viols étaient aggravés par la vulnérabilité d’une victime et par une violence psychologique. Cette violence psychologique est décrite comme structurante dans l’ensemble du dossier.
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