RMC Sport donne à CMA Media un levier payant entre antennes RMC-BFM, direct sportif, droits UFC et abonnements

Rodolphe Saadé s’exprime au Forum économique mondial de Davos, en janvier 2020. Le dirigeant de CMA CGM apparaît dans un décor institutionnel, entre diplomatie économique et puissance industrielle. Crédits : World Economic Forum / Sikarin Fon Thanachaiary, CC BY-NC-SA 2.0.

Rodolphe Saadé s’exprime au Forum économique mondial de Davos, en janvier 2020. Le dirigeant de CMA CGM apparaît dans un décor institutionnel, entre diplomatie économique et puissance industrielle. Crédits : World Economic Forum / Sikarin Fon Thanachaiary, CC BY-NC-SA 2.0.

CMA Media a annoncé, jeudi 4 juin 2026, être en cours de finalisation du rachat de RMC Sport. La chaîne payante est encore détenue par Altice et reste historiquement liée à SFR. L’opération, dont le prix n’est pas public, complète le portefeuille RMC-BFM déjà repris par le groupe de Rodolphe Saadé. Elle relance une question sensible : jusqu’où peut aller la consolidation des médias français autour du sport en direct et de l’abonnement ?

RMC Sport, la pièce restée hors du deal de 2024

L’annonce marque un retour au périmètre laissé volontairement ouvert en 2024. Lorsque CMA CGM et Merit France ont repris Altice Media, le paquet comprenait BFM TV, RMC, RMC Découverte et RMC Story. Il incluait aussi BFM Business, les chaînes locales BFM et leurs activités numériques. Mais les chaînes payantes RMC Sport 1 et 2 n’en faisaient pas partie. L’Autorité de la concurrence l’avait précisé dans sa décision du 28 juin 2024.

Cette exclusion avait alors une logique industrielle. RMC Sport restait arrimée à Altice France et à SFR, dont les offres télécoms utilisaient la chaîne comme argument d’abonnement. Deux ans plus tard, CMA Media reprend cette brique restée à part. Selon l’AFP relayée par Zonebourse, Altice a confirmé l’annonce de CMA Media, sans commenter les modalités financières.

Le rappel est important. Le chiffre de 1,55 milliard d’euros renvoie au rachat d’Altice Media à l’été 2024, pas à la transaction RMC Sport. CMA CGM avait alors indiqué avoir finalisé l’acquisition de 100 % du capital d’Altice Media après les autorisations réglementaires. Pour RMC Sport, le montant n’a pas été rendu public à ce stade. Le calendrier juridique précis et les éventuelles autorisations nécessaires restent aussi inconnus.

Un actif sportif plus stratégique que spectaculaire

RMC Sport n’est plus la vitrine tentaculaire qu’Altice avait imaginée au temps des grandes batailles de droits télévisés. La chaîne a perdu plusieurs compétitions de football majeures au fil des cycles. Son catalogue actuel est davantage centré sur les sports de combat, mis en avant sur le site commercial de RMC Sport.

Cette spécialisation rend l’actif moins généraliste, mais pas anodin. Les sports de combat fédèrent des communautés très engagées, monétisables par abonnement, événements, vidéos courtes et contenus dérivés. L’Équipe rappelle aussi que l’UFC, droit clé de RMC Sport, avait été prolongée jusqu’en 2027. L’échéance approche donc au moment même où CMA Media reprendrait la chaîne. C’est l’un des points opérationnels les plus sensibles. Sans certitude sur les droits à venir, l’acquisition vaut autant par la marque et les abonnés que par le portefeuille sportif existant.

La communication de CMA Media assume d’ailleurs cette logique. Pour la branche médias de CMA CGM, le sport peut conjuguer audience en direct, communautés, abonnements et revenus numériques. L’enjeu n’est donc pas seulement de conserver une chaîne payante. Il s’agit de relier RMC Sport à un groupe déjà présent partout. Il possède la radio RMC, des antennes BFM, des sites puissants et des actifs de presse.

CMA Media veut relier antennes, communautés et abonnements

Depuis 2022, Rodolphe Saadé a construit à grande vitesse un portefeuille qui dépasse largement RMC-BFM. Il comprend La Provence, Corse Matin, La Tribune, Brut., RMC Life et une participation dans M6 via RTL Group. Le Monde décrivait en mai l’émergence d’une véritable « galaxie » sportive autour de RMC. Elle mêle contenus numériques, Brut et dispositifs prévus pour la Coupe du monde 2026.

Dans ce contexte, RMC Sport apporte une compétence plus rare dans le groupe : vendre du direct payant à des publics spécialisés. Une radio sportive peut créer le rendez-vous. Une chaîne locale peut l’amplifier. Une plateforme sociale peut convertir les extraits en audience ; l’abonnement, lui, relève d’un autre modèle économique.

La question est de savoir si cette intégration produira une offre éditoriale plus cohérente ou seulement une mutualisation de plus. Les rapprochements internes du groupe ont déjà suscité des tensions, notamment autour de La Tribune et des rédactions locales. C’est le point à surveiller dans la durée, au-delà de l’annonce du rachat.

Ce qui reste flou avant la clôture

Plusieurs éléments déterminants ne sont pas encore documentés. Le prix de RMC Sport n’est pas connu. La date de clôture juridique n’est pas confirmée. L’impact sur les salariés, les contrats de distribution avec SFR et les conditions proposées aux abonnés n’a pas été détaillé. Le périmètre des droits sportifs devra aussi être clarifié. Une chaîne payante se juge autant à la durée et à l’exclusivité de ses contrats qu’aux disciplines affichées.

Le dossier réglementaire devra lui aussi être suivi avec précision. La décision de 2024 de l’Autorité de la concurrence portait sur Altice Media et imposait des engagements. Ils visaient notamment à éviter des combinaisons publicitaires locales entre La Provence et les chaînes BFM en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Rien ne permet d’appliquer automatiquement ces engagements à la transaction RMC Sport. Mais l’opération s’inscrit dans le même mouvement. Un groupe industriel renforce sa présence dans l’audiovisuel, la radio, la presse, le numérique et désormais le sport payant.

Pour Altice, la vente annoncée s’inscrit dans une recomposition plus large, sur fond de désendettement et de discussions autour de SFR. Pour CMA Media, elle referme surtout une parenthèse ouverte en 2024 : le groupe avait récupéré RMC sans RMC Sport. La cohérence industrielle est plus lisible ; les effets sur le marché, les rédactions et les abonnés restent à prouver.

Cet article a été rédigé par Christian Pierre.