
Crédits : Benh LIEU SONG / Wikimedia Commons — CC BY-SA 3.0.
Le procès Athanor s’ouvre lundi 30 mars 2026 devant la cour d’assises de Paris. Vingt-deux accusés, issus de profils très divers, y sont jugés pour des faits allant d’agressions à des tentatives de meurtre, jusqu’à un assassinat, dans un dossier né en 2020 autour de la tentative d’assassinat de Marie-Hélène Dini. L’enjeu, à ce stade, n’est pas de rejouer un récit romanesque, mais de comprendre ce que la cour va réellement départager.
Vingt-deux accusés, plusieurs dossiers imbriqués, un même procès d’assises
D’après les comptes rendus concordants publiés à l’ouverture de l’audience, vingt-deux accusés comparaissent dans ce procès hors norme. Le dossier agrège plusieurs affaires, plusieurs commanditaires présumés et plusieurs exécutants supposés. On y retrouve d’anciens militaires, des agents de sécurité et des chefs d’entreprise. De plus, il y a d’anciens policiers ainsi que plusieurs membres liés à la loge Athanor, située à Puteaux, dans les Hauts-de-Seine.
Ce que la cour doit examiner ne se réduit donc pas à une seule expédition violente. L’instruction a rassemblé de nombreuses qualifications pénales. Parmi elles figurent des violences aggravées, des tentatives d’extorsion et des tentatives de meurtre. De plus, un meurtre en bande organisée y est inclus. Le procès doit précisément déterminer, pour chacun des accusés, ce qui a été préparé, commandité, exécuté, couvert ou au contraire contesté.
Le vocabulaire importe. À ce stade, les personnes renvoyées devant les assises sont des accusés, non des coupables déjà désignés. La responsabilité exacte de chacun, la chaîne de décision et le poids des différents volets du dossier ne sont pas établis. Cependant, ils peuvent l’être au fil des débats, des pièces du dossier et des confrontations à l’audience.
L’affaire Dini, point de départ d’une enquête à tiroirs
Le dossier Athanor a basculé dans une autre dimension à l’été 2020. Selon le récit détaillé publié par « Le Monde », Marie-Hélène Dini découvre alors qu’elle a été visée près de son domicile à Créteil, après l’interpellation de deux hommes armés circulant dans une voiture volée et munis d’une balise de suivi. L’un d’eux affirme d’abord agir dans le cadre d’une prétendue mission liée à la DGSE.
L’enquête a toutefois rapidement écarté l’idée d’une opération officielle. Toujours selon « Le Monde », les services contactés ont indiqué que les deux militaires n’étaient pas en mission. De plus, ils n’étaient pas habilités à conduire ce type d’opération. C’est l’un des points essentiels du procès : l’habillage pseudo-renseignement a nourri l’imaginaire de l’affaire. Cependant, la cour d’assises doit juger des faits pénaux, pas une fiction de raison d’État.
Cette tentative d’assassinat présumée a surtout servi de porte d’entrée. En remontant les contacts, les enquêteurs ont découvert un ensemble beaucoup plus vaste. Celui-ci est décrit à plusieurs reprises comme une officine criminelle. Elle est structurée autour de relations personnelles, professionnelles et maçonniques. C’est cette architecture, et non la seule dimension spectaculaire du dossier, qui donne au procès sa portée institutionnelle.
Ce que l’instruction a mis au jour, et ce qui reste à départager
Les éléments déjà publics permettent de cerner quelques points solides. Le dossier ne porte pas seulement sur Marie-Hélène Dini. « Le Monde » rappelle aussi la mort du pilote automobile Laurent Pasquali, tué en novembre 2018 à Levallois-Perret puis enterré en Haute-Loire, ainsi que d’autres épisodes de violences, d’intimidations et de passages à tabac attribués au même ensemble criminel par l’instruction.
Mais le procès n’a pas pour fonction de ratifier un récit déjà bouclé. Il doit tester la solidité des accusations, la cohérence des déclarations et les contradictions entre accusés. Les comptes rendus disponibles montrent d’ailleurs que plusieurs mis en cause se renvoient déjà la responsabilité, contestent certaines imputations ou minimisent leur rôle. C’est précisément ce que les audiences devront trancher.
Il faut aussi distinguer deux niveaux. D’un côté, des faits matériels et des qualifications pénales ont justifié le renvoi devant les assises. De l’autre, l’emballage médiatique autour des « barbouzes », de la franc-maçonnerie dévoyée et des références aux services secrets a parfois brouillé la lecture. Le procès Athanor intéresse d’abord car il contraint la justice à examiner une dérive criminelle supposée. De plus, cet examen se fait de façon ordinaire et contradictoire. Par ailleurs, ces réseaux cherchaient à se donner une apparence de puissance et de légitimité.
Pourquoi ce procès dépasse le simple fait divers
Le procès Athanor dépasse le fait divers pour une raison simple : il interroge la manière dont des réseaux sociaux denses peuvent être mobilisés au service d’objectifs violents. Le dossier met côte à côte des profils insérés, souvent sans passé judiciaire marquant, et des faits d’une extrême gravité. Ce décalage explique en partie l’attention qu’il suscite.
Il met également en lumière une zone grise : celle où l’autorité supposée et la culture du secret s’entremêlent. L’intelligence économique et les sociabilités maçonniques peuvent être invoquées pour impressionner ou recruter. Par ailleurs, les références au renseignement servent parfois à manipuler ou faire exécuter certaines actions. Là encore, la cour devra vérifier ce qui relève de l’apparence, de la mythologie interne du groupe ou de faits démontrables.
En ce sens, l’enjeu est institutionnel. La justice ne juge pas une légende urbaine ni un décor. Elle examine la possibilité qu’un réseau d’influence ait servi de cadre à des violences commanditées pour des motifs parfois dérisoires, personnels ou financiers. C’est cette banalité possible du mobile, cachée derrière un décorum clandestin, qui rend l’affaire plus inquiétante qu’un simple récit de « barbouzes ».
Ce que la cour d’assises devra établir dans les semaines à venir
Les audiences devront d’abord hiérarchiser les faits. Tous les accusés ne comparaissent pas pour les mêmes actes, ni avec le même degré d’implication allégué. La cour devra ensuite apprécier la crédibilité des versions concurrentes, la place exacte des commanditaires présumés et le rôle des exécutants supposés.
Elle devra enfin dissiper un malentendu central : le procès Athanor n’est pas seulement celui d’un milieu ou d’un imaginaire. Il s’agit d’un dossier criminel complexe, où l’instruction affirme qu’une série d’agressions a été planifiée. De plus, des tentatives de meurtre et un assassinat ont été relayés ou exécutés dans un réseau structuré. Si les débats confirment cette interprétation, l’affaire révélera moins sur le mystère que sur l’emprise concrète des réseaux d’influence. Cela se produit notamment quand ces réseaux basculent hors du cadre légal.
À l’ouverture du procès, une certitude s’impose déjà : l’affaire Athanor n’est plus seulement l’histoire déroutante d’une loge, de faux espions et de violences commanditées. Elle est devenue une épreuve de clarification judiciaire. C’est cette clarification, bien plus que le romanesque du dossier, que Paris va suivre dans les mois qui viennent.
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