Primaire de la gauche 2026 : ce qui sépare les candidats sur Gaza et LFI

Ségolène Royal à Deauville en 2020. Crédits : Georges Biard / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Ségolène Royal à Deauville en 2020. Crédits : Georges Biard / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Le 23 septembre, à Boulogne-Billancourt, les cinq prétendants à la candidature socialiste et démocratique pour 2027 ont confronté leurs propositions sur LCI. Ségolène Royal et Olivier Faure se sont opposés à Raphaël Glucksmann et Jérôme Guedj sur la qualification des faits à Gaza. La possibilité d’accords avec La France insoumise a ensuite révélé des stratégies concurrentes, avant le vote d’octobre.

Gaza : un désaccord sur la qualification des faits

Ségolène Royal et Olivier Faure emploient le terme « génocide » pour désigner la situation à Gaza. Lors du premier débat télévisé, diffusé sur LCI, l’ancienne ministre a insisté sur la portée des mots. Le premier secrétaire du Parti socialiste a défendu leur poids politique pour obtenir l’arrêt des massacres.

Raphaël Glucksmann et Jérôme Guedj refusent cette qualification. Le coprésident de Place publique invoque la Cour pénale internationale et parle de « crimes contre l’humanité » et de « crimes de guerre ». Il estime que les actions entreprises pour faire pression sur le gouvernement israélien doivent primer dans le débat.

Le député socialiste de l’Essonne, Jérôme Guedj, insiste aussi sur la nécessité de distinguer le gouvernement israélien des citoyens juifs français. La discussion s’est tendue lorsque Ségolène Royal a souhaité entendre davantage de voix israéliennes et juives dénoncer la politique de Benyamin Netanyahou. Guedj a contesté cette attente envers les personnes juives, tandis que Glucksmann a refusé de faire dépendre la condamnation du dirigeant israélien des origines de chacun. Royal leur a reproché de déformer son propos.

Ségolène Royal au meeting de François Hollande à Toulouse en 2012. Crédits : Jackolan1 / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.
Ségolène Royal au meeting de François Hollande à Toulouse en 2012. Crédits : Jackolan1 / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Des moyens de pression sur Israël en débat

Sur les mesures à prendre, les positions ne recouvrent pas exactement cette opposition autour des mots. Olivier Faure veut suspendre l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël, qui encadre notamment leurs échanges commerciaux. Il demande également de mettre fin au commerce avec les colonies israéliennes. Ségolène Royal approuve cette ligne.

Raphaël Glucksmann défend lui aussi la remise en cause de l’accord d’association et des sanctions contre la politique du gouvernement israélien. Son refus du mot « génocide » ne s’accompagne donc pas d’un refus de sanctions. Pour l’eurodéputé, les décisions de Benyamin Netanyahou doivent avoir un coût.

Emmanuel Maurel, député du Val-d’Oise et fondateur de la Gauche républicaine et socialiste, soutient la suspension de l’accord. Il met en avant la solidarité avec les Palestiniens, la reconnaissance de leur État et le respect du droit international. Jérôme Guedj considère également l’accord commercial comme un moyen de pression, tout en s’opposant au boycott des universitaires et des artistes israéliens.

Raphaël Glucksmann à la Foire du livre de Francfort en 2017. Crédits : Harald Krichel / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.
Raphaël Glucksmann à la Foire du livre de Francfort en 2017. Crédits : Harald Krichel / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Avec LFI, deux stratégies pour la présidentielle et les législatives

La séquence finale a porté sur les partenaires d’une éventuelle majorité. Pour Raphaël Glucksmann, se séparer de La France insoumise permettrait de retrouver des électeurs qui refusent cette alliance. Il présente la rupture comme une condition pour battre le Rassemblement national.

Olivier Faure conteste cette stratégie au nom du risque de division. Il veut convaincre les électeurs de Jean-Luc Mélenchon de rejoindre la candidature issue de la primaire, puis disposer d’appuis à gauche pour adopter ses réformes. La question du partenaire électoral se double ainsi de celle des votes au Parlement.

Les positions défendues pendant le débat se distinguent ainsi :

CandidatLigne exprimée sur les rapports avec LFI
Raphaël GlucksmannExclut les accords à la présidentielle et aux législatives. Défend des candidatures de la gauche démocratique dans toutes les circonscriptions.
Jérôme GuedjRefuse de nouvelles alliances avec LFI. Distingue son soutien au vainqueur de la primaire de son opposition à un accord législatif avec les insoumis.
Olivier FaureRefuse de fermer la porte aux coopérations avec les autres forces de gauche. Souligne le besoin de convergences parlementaires.
Ségolène RoyalConteste l’exclusion préalable de LFI et défend des accords avec les forces de gauche pour construire une majorité.
Emmanuel MaurelRejette une définition de la primaire par la seule opposition à LFI. Veut préserver la possibilité d’un rassemblement contre l’extrême droite.

Pour Emmanuel Maurel, l’hypothèse d’une victoire de Marine Le Pen rendrait nécessaire un rassemblement aux législatives, susceptible de dépasser la gauche. Jérôme Guedj juge, à l’inverse, qu’un front républicain incluant LFI serait inefficace.

Un vote commun sur une loi, un accord de candidatures et un rassemblement entre deux tours répondent à des objectifs différents. Invités à s’engager en fin d’émission, les cinq participants ont accepté de soutenir la personne désignée par la primaire, mais Guedj a maintenu sa réserve explicite sur toute alliance législative avec LFI.

Rima Hassan lors d’une manifestation de soutien aux Gazaouis et aux Palestiniens à Marseille en 2024. Crédits : AN2303 / Wikimedia Commons.
Rima Hassan lors d’une manifestation de soutien aux Gazaouis et aux Palestiniens à Marseille en 2024. Crédits : AN2303 / Wikimedia Commons.

Sur les salaires, des objectifs proches et des leviers différents

Les échanges économiques ont fait apparaître davantage de convergences. Tous les candidats défendent une hausse des rémunérations, avec des instruments distincts. Olivier Faure propose un smic à 1 700 euros nets et une évolution des salaires suivant l’inflation, au moins jusqu’au salaire médian. Emmanuel Maurel soutient lui aussi l’indexation sur les prix et veut mettre fin au gel du point d’indice des fonctionnaires.

Raphaël Glucksmann propose de taxer davantage les héritages les plus élevés pour financer une baisse de la contribution sociale généralisée, la CSG, prélevée notamment sur les salaires. Ségolène Royal lie la hausse des revenus à la maîtrise des prix et veut revoir les aides aux entreprises qui versent des dividendes. Jérôme Guedj souhaite conditionner les exonérations accordées aux entreprises à leur politique salariale.

Sur la dette, aucun des cinq n’a présenté son effacement pur et simple comme une solution immédiatement disponible. Faure souligne les accords européens nécessaires. Royal met en garde contre les conséquences d’un défaut de remboursement. Maurel insiste sur les recettes fiscales et la production, Glucksmann sur la réindustrialisation et le contrôle de la dépense, Guedj sur une répartition plus juste de l’effort.

Un vote numérique les 9 et 10 octobre

La primaire « Choisir 2027 » réunit le Parti socialiste, Place publique et la Gauche républicaine et socialiste. Elle désignera leur candidature commune pour 2027 ; elle ne constitue pas un vote de l’ensemble des formations de gauche.

Selon le calendrier publié par le Parti socialiste, le premier tour aura lieu en ligne les 9 et 10 octobre 2026. Un second tour est prévu les 16 et 17 octobre si aucun candidat n’obtient la majorité absolue au premier, comme le précisent les modalités présentées par Place publique.

Pour participer au premier tour, les personnes non adhérentes doivent s’inscrire avant le 5 octobre et verser 15 euros, ou 10 euros au tarif social. Les adhérents doivent remplir les conditions de cotisation de leur organisation. Deux autres débats sont annoncés avant le scrutin, le 1er octobre sur France Télévisions et le 4 octobre sur BFMTV.

Cet article a été rédigé par Christian Pierre.