
Ce mardi 13 janvier 2026 à 21 h 10 (heure de Paris), RMC Life (canal 25) diffuse le documentaire Léna Situations : la femme la plus influente de France, un documentaire incarné par la journaliste Salhia Brakhlia. Le film suit Léna Mahfouf de ses débuts sur YouTube à la consécration pop (Met Gala, musée Grévin), sans éviter l’envers : cyberharcèlement, racisme, bodyshaming et santé mentale. Ce premier volet d’une collection est consacré aux femmes qui « font bouger les lignes ». De plus, il interroge la fabrique d’une célébrité à l’ère des réseaux.
Deux trajectoires qui se regardent dans un miroir
On pourrait croire à une simple rencontre de formats : la télévision d’un côté, les plateformes de l’autre. Mais ce portrait se tient surtout sur un fil plus intime : deux femmes, deux métiers, deux manières d’habiter l’espace public.
Léna Mahfouf a appris à parler à des inconnus comme on parle à des proches. Elle maîtrise l’art du rendez-vous, la chaleur du quotidien, l’illusion du « tu ». Elle a construit une présence qui ressemble à une chambre ouverte sur le monde.
Salhia Brakhlia, elle vient d’un terrain où chaque mot doit être pesé. L’interview politique apprend la relance, la précision, la résistance au spectacle. On ne s’y contente pas d’une image : on demande une cohérence.
Ce face-à-face promet donc mieux qu’un portrait de Léna Situations glamour. Il met en jeu une question de société : qui contrôle la lumière, quand la célébrité se fabrique à la minute, au like, au commentaire ? Et que devient la personne, quand l’algorithme réclame du vrai, puis le sanctionne ?
Léna Mahfouf, une célébrité née « chez soi »
Il y a, au départ, un décor banal : une chambre, une caméra, un montage appris sur le tas. C’est là que s’installent les premiers gestes de Léna Situations (Léna Mahfouf) : raconter, cadrer, se tenir droite face à l’objectif, même quand le jour est mauvais.
Selon les présentations du documentaire, la trajectoire est racontée comme un passage « de la chambre » à des lieux-signes : les tapis rouges, le Met Gala, la cire du musée Grévin. Les étapes sont connues, mais l’alignement donne le vertige : ce qui était un journal filmé devient un langage, puis un métier, puis un pouvoir culturel.
Sa marque de fabrique reste ce tempo particulier : le quotidien, répété jusqu’à devenir rituel. Les Vlogs d’août, notamment, fabriquent un pacte : une vidéo par jour, une proximité assumée, une narration qui transforme la vie en feuilleton.
Mais c’est là que la célébrité change de nature. Plus l’image se polit, plus la demande d’intime augmente. On veut le « vrai », les coulisses, les failles. Or la longévité, sur Internet, dépend souvent d’une compétence rarement citée : savoir se protéger.

Le documentaire promet de travailler cette contradiction. Mettre côte à côte l’image publique, maîtrisée et lumineuse, avec les signes de fatigue causés par la surexposition. Par ailleurs, ces signes s’impriment même aux plus solides.
Salhia Brakhlia, de l’interview politique à la fabrique des récits
Salhia Brakhlia arrive ici avec une méthode. Elle ne cherche pas un scoop. Elle cherche une mécanique.
Son parcours l’a formée au temps court, à l’actualité brute, aux questions qui coupent net. Dans ce film, elle déplace cet outillage vers un autre pouvoir : celui des plateformes, des marques, de l’influence.
C’est aussi un changement de focale : la célébrité n’est plus seulement du divertissement. Elle influence les représentations et les codes sociaux, ainsi que la manière dont une génération parle de son corps. De plus, elle affecte l’estime de soi et l’anxiété de cette génération.
D’après des propos rapportés, plusieurs semaines de négociation auraient été nécessaires pour obtenir l’entretien. Cette durée dit quelque chose : même quand on vit sous les projecteurs, on garde des portes. Il faut du temps pour les ouvrir.

Découvrez le premier documentaire d’une série sur des femmes influentes qui transforment les normes sociales et redéfinissent l’avenir. Une formule à double tranchant : elle peut sonner comme un slogan, ou devenir une promesse, si le regard reste précis et la distance intacte.
Le chiffre, monnaie dure de la notoriété
Dans ce monde, la célébrité se compte. Et le comptage finit par décrire une personne mieux qu’un adjectif.
Dans des propos rapportés, Salhia Brakhlia donne quelques repères : 11 millions d’abonnés sur les réseaux, un premier livre de Léna Situations vendu en 2020 à près de 500 000 exemplaires, et une « valeur publicitaire » estimée à 92 millions de dollars (environ 79 millions d’euros) pour 2025, estimation présentée comme la valeur générée pour les marques via les collaborations.
Ces chiffres font tourner les têtes. Ils fascinent, ils irritent, ils simplifient. Ils compressent une trajectoire en indicateurs, comme on résume une entreprise en courbe.
Et ils masquent l’essentiel : le travail invisible. L’écriture, l’anticipation, la répétition, la discipline. L’art d’être présent sans se dissoudre.

Le documentaire insiste aussi sur la dimension « empire ». Le mot est spectaculaire, il mérite d’être ramené à sa réalité : l’empire, ici, n’est pas un territoire. C’est une attention captée, entretenue, convertie.
La part d’ombre : harcèlement, racisme, bodyshaming
Là où le film peut devenir nécessaire, c’est dans l’envers. Les sources qui le présentent insistent sur ce point : l’exposition n’est pas seulement un bruit. Elle peut être une violence.
Dans des propos rapportés, Salhia Brakhlia décrit Léna Mahfouf comme l’une des femmes les plus ciblées par le cyberharcèlement. Tout devient prétexte : le corps, les vêtements, les cheveux, les origines. Le commentaire n’observe plus : il juge, il accuse, il déshumanise.
Un épisode récent est cité : une tenue de Léna Situations portée à Cannes, requalifiée publiquement par une chroniqueuse comme un signe idéologique. Dans cette mécanique, la robe n’est plus une robe. Elle devient une preuve, fabriquée après coup.
Le film aborde également la santé mentale : anxiété, doute et fatigue. Il ne vise pas à transformer les confessions en spectacle. Au contraire, il illustre le coût d’une présence permanente pour un individu.

Raconter cela demande une règle simple : rester au plus près des faits, attribuer, éviter les procès d’intention. L’époque adore les coupables, mais le harcèlement n’a pas toujours un visage. Il est souvent une foule.
Le privé comme frontière, pas comme spectacle
Le documentaire est présenté comme un échange à bâtons rompus, enrichi d’archives. Il inclut des séquences provenant des contenus de l’influenceuse, notamment les Vlogs d’août. Le matériau est donc, pour partie, déjà public. La question n’est pas d’arracher un secret, mais de comparer deux récits : celui que l’on fabrique de soi, et celui que les autres fabriquent sur vous.
C’est ici que la vie privée devient un enjeu. Pas parce qu’elle devrait être livrée, mais comme elle est sans cesse réclamée.
Certaines informations circulent depuis longtemps, puisqu’elles ont été évoquées publiquement : la relation de Léna Mahfouf avec le vidéaste Sébastien Frit est régulièrement mentionnée. Un portrait responsable ne transforme pas cela en feuilleton. Il s’en sert, au mieux, pour rappeler une évidence : plus la célébrité grandit, plus l’entourage devient, malgré lui, un chapitre du récit collectif.

Autrement dit : l’authenticité est souvent une injonction. On exige la transparence, puis on punit ce qui déborde. L’intime, ici, n’est pas un produit. C’est une digue.
RMC Life, la télévision qui veut raconter les plateformes
Le contexte compte. RMC Life est une chaîne récente sur le canal 25 : elle a remplacé Chérie 25 le 1er octobre 2025. Elle cherche un positionnement plus « magazine », plus « société », capable de parler à un public familial.
Dans ce cadre, confier un portrait d’influenceuse à une journaliste venue du politique ressemble à une passerelle assumée : la télévision traditionnelle tente de raconter ce que les plateformes fabriquent, et de reprendre de la durée face au flux.
C’est l’intérêt potentiel du documentaire : ralentir. Sortir du commentaire immédiat implique de dépasser une polémique, une story ou un bad buzz. Cela permet de remettre une trajectoire en perspective et d’entendre des contradictions. Ainsi, on laisse une place à l’ambivalence.
Selon des présentations du programme, la production est assurée par Bangumi, société connue pour ses formats incarnés. Là encore, tout dépendra du dosage : esthétique pop, oui, mais sans dissoudre la complexité.
Ce que révèle ce portrait croisé
Au fond, ce film met face à face deux compétences.
Léna Mahfouf maîtrise l’art de la proximité : donner le sentiment d’être là, sans perdre le contrôle du cadre. Salhia Brakhlia maîtrise l’art de la distance : reconstruire un parcours, remettre des mots sur une époque, refuser le seul glamour.
Leur rencontre raconte un monde dans lequel la célébrité naît d’une présence régulière, parfois quotidienne. Un monde dans lequel la réussite se mesure en abonnés, mais aussi en mentions, insultes et campagnes de violence. Ainsi, cette dualité souligne l’importance des interactions numériques dans notre société contemporaine.
Reste une question, la plus simple et la plus dure : que faisons-nous, nous qui regardons ? La lumière, désormais, est à portée de pouce. Elle peut faire vivre. Elle peut aussi brûler.