
Mesuré par le baromètre Ifop–JDD, le baromètre de novembre 2025 place Emmanuel Macron à 16 % de satisfaits et Sébastien Lecornu à 34 %. Réalisée en France du 13 au 21 novembre, l’enquête confirme une défiance aiguë, nourrie par la séquence dissolution–budget 2026 autour de la popularité de Macron. L’impopularité présidentielle « contamine » désormais Matignon, enjeu central pour la gouvernabilité des prochaines semaines.
Un président au plancher, un Premier ministre entraîné
Le sondage Ifop sur Macron pour le JDD fixe un cap clair : seuls 16 % des Français en France métropolitaine se déclarent satisfaits de Emmanuel Macron, pour la deuxième fois consécutive en novembre 2025. Dans le même mouvement, la popularité de Sébastien Lecornu glisse à 34 % de satisfaits (– 4 points en un mois). La photographie a été prise du 13 au 21 novembre 2025. Elle concerne un échantillon d’environ 2 000 personnes interrogées en ligne selon la méthode des quotas. En outre, elle enregistre un niveau record de "très mécontents" envers le chef de l’État : 56 %.
À ce stade, la séquence s’écrit au passé immédiat : malgré les remaniements et les appels au compromis, l’exécutif demeure plombé par une défiance massive. La cote de popularité de Lecornu demeure d’ailleurs moins rejetée que celle du président : le Premier ministre, longtemps perçu comme un interlocuteur apaisant, voit désormais sa courbe se rapprocher de celle du président.
La chute présidentielle qui dure
Depuis l’automne, la cote de popularité de Macron s’est installée à un palier d’impopularité de Macron. Les 16 % de satisfaits, déjà mesurés en octobre 2025, ne remontent pas. Cette stabilité à bas niveau est d’autant plus marquante. En effet, la part des "très mécontents" grimpe à 56 %. Cela est le signe d’un rejet dur et durable. Dans les catégories traditionnellement plus favorables au président, la défiance progresse également, réduisant l’espace d’un éventuel rebond.
À l’horizon des comparaisons historiques, Emmanuel Macron flirte avec le record de François Hollande. En effet, ce dernier avait 13 % d’opinions favorables en septembre puis novembre 2014. La mécanique est connue : quand la base se rétrécit, les oppositions additionnent leurs griefs. Par conséquent, chaque événement politique, même mineur, devient coûteux pour le titulaire de l’Élysée.
« Contamination » : l’effet de ricochet sur Sébastien Lecornu
Jusqu’ici, Sébastien Lecornu incarnait le dialogue et la désescalade. Il demeure d’ailleurs moins rejeté que le président : 25 % seulement de « très mécontents » à son endroit. Mais l’effet de capillarité s’installe. Pour Frédéric Dabi, directeur général opinion à l’Ifop, « même la figure la plus apaisante de la macronie commence à être contaminée par l’impopularité présidentielle ». Cette “contamination” explique en partie la baisse de 4 points du mois.

Dans l’opinion, le Premier ministre souffre aussi d’un procès en immobilisme. De plus, son image d’« homme de Macron » est jugée trop fidèle au chef de l’État. Son capital de bienveillance ne disparaît pas, mais il s’érode quand le contexte tourne à la défaveur de l’exécutif.
Ce que reprochent les Français
Les critiques convergent autour de trois axes :
- l’impression d’abandon de la politique intérieure au profit des crises internationales
- la responsabilité attribuée au président dans le chaos politique né de la dissolution de l’Assemblée nationale
- les difficultés économiques persistantes (prix, pouvoir d’achat, incertitudes budgétaires)
Ces griefs cadrent le débat public et nourrissent un climat de lassitude. Ils pèsent sur la capacité du couple exécutif à fixer un récit et à rassembler au-delà de son socle.
Budget 2026 : la bataille qui a cristallisé la défiance
La campagne budgétaire a agi comme accélérateur. L’exécutif a défendu un projet 2026 présenté comme un compromis. À l’Assemblée nationale, le texte a rencontré un rejet quasi unanime. Cela illustre le blocage causé par la dissolution et l’absence d’une majorité stable. Dans cet environnement saturé d’hostilité parlementaire, chaque concession renforce l’idée d’un pouvoir plus subi que conduit.
Pour Sébastien Lecornu, engagé dans des tractations au long cours, l’épisode a laissé l’empreinte d’un pilotage contraint. Aux yeux du public, la ligne de crête entre ‘tenue du cap’ et ‘immobilisme’ devient difficile à lire.

Encadré – Méthodologie et limites
- Terrain : 13 au 21 novembre 2025
- Mode de recueil : questionnaire auto-administré en ligne
- Échantillon : environ 2 000 personnes, représentatif des 18 ans et plus (méthode des quotas)
- Indicateurs clés : 16 % de satisfaits pour Emmanuel Macron, 84 % de mécontents dont 56 % “très mécontents” ; 34 % de satisfaits pour Sébastien Lecornu (– 4 points)
- Marge d’erreur : de l’ordre de 1 à 2,2 points selon les items
Rappel essentiel : un sondage est une photographie datée des opinions. Les résultats décrivent un état à un moment donné ; ils ne prédisent pas l’avenir.
Repères – Le précédent Hollande
Le record d’impopularité demeure attribué à François Hollande, mesuré à 13 % d’opinions favorables en septembre puis novembre 2014. Ce jalon sert aujourd’hui d’horizon pour qualifier la situation d’Emmanuel Macron.
La comparaison a ses limites : l’économie, le contexte international et la structure de l’offre politique diffèrent. Cependant, elle révèle un niveau d’isolement dans l’opinion et le durcissement des jugements. En effet, la catégorie des "très mécontents" devient majoritaire.
Une trajectoire à deux vitesses
Si l’on superpose les courbes, l’exécutif semble désynchronisé. En effet, cette situation montre un manque de coordination.
- côté Élysée, un noyau de soutien réduit et peu volatile
- côté Matignon, un capital de crédibilité qui résiste mieux, mais s’effrite au contact des crises, au point de mimer désormais la pente présidentielle
Cette convergence ne signifie pas identité parfaite des jugements. Sébastien Lecornu garde un avantage relatif : davantage de “plutôt satisfaits”, moins de rejets radicaux. Cet écart, s’il se réduisait davantage, affaiblirait la fonction de paratonnerre traditionnellement attribuée au Premier ministre. En effet, cette réduction pourrait compromettre son rôle protecteur.
Les ressorts politiques du moment
- Crédibilité économique : la séquence budgétaire a durci les lignes entre les blocs. Les arbitrages tardifs nourrissent l’idée d’un cap heurté.
- Relation au pays : un reproche d’éloignement revient, sur fond de déplacements internationaux mis en avant alors que l’agenda intérieur paraît morcelé.
- Dissolution et gouvernabilité : la géométrie variable des votes et des compromis entretient une impression de flottement institutionnel.
Que peut-il se passer ?
- Stabilisation basse : l’exécutif maintient tant bien que mal un socle limité. L’opposition reste fragmentée et les équilibres parlementaires ne bougent pas.
- Rebond ponctuel : un accord budgétaire ou un succès sur un dossier concret peut réhausser momentanément les jugements, sans inverser la tendance.
- Nouvelle érosion : si les mauvais signaux s’accumulent (économie, ordre public, couacs politiques), l’écart avec le record Hollande pourrait encore se réduire.
Dans ces trois scénarios, le rôle de Sébastien Lecornu reste charnière : s’il redevient intermédiaire crédible entre l’Élysée et l’Assemblée, il peut freiner l’effet de contamination. À l’inverse, si la perception d’alignement l’emporte, ses soutiens modérés pourraient à leur tour basculer.
Un verrou psychologique
Le niveau sous la barre des 20 % pour Emmanuel Macron, répété deux mois d’affilée, agit comme un verrou psychologique. Il structure la lecture des événements et recompose la place du Premier ministre, désormais exposé. La bataille ne se limitera pas aux négociations parlementaires. En effet, elle nécessite de rétablir un récit lisible et d’apporter des preuves concrètes sur le pouvoir d’achat. De plus, il faut des gestes politiques capables de réduire une défiance devenue systémique.