
Tadej Pogačar sourit après sa victoire au château de Celje, lors de la 3e étape du Tour de Slovénie 2022. Le Slovène savoure un succès qui annonce déjà son appétit de conquête. Crédits : Petar Milošević / Wikimedia Commons / CC BY-SA 4.0, Creative Commons Attribution-ShareAlike 4.0 International (CC BY-SA 4.0).
À 27 ans, Tadej Pogačar a remporté dimanche 26 juillet le Tour de France 2026, son cinquième en sept participations. Vainqueur à Paris avec plus de six minutes d’avance sur Remco Evenepoel, le Slovène rejoint les quatre autres quintuples lauréats. Une fois ce record égalé, son prochain objectif ne consiste plus seulement à gagner. Tadej Pogačar doit choisir ce qui mérite encore de mobiliser sa saison.
Un cinquième Tour gagné avec plus de six minutes d’avance
Le classement général officiel fixe l’ampleur du résultat. Tadej Pogačar a bouclé les 3 197 kilomètres de l’édition 2026 en 73 h 56 min 26 s. Remco Evenepoel termine deuxième à 6 min 26 s, devant Isaac Del Toro, troisième à 9 min 42 s. Paul Seixas prend la quatrième place à 11 min 56 s.
Les données publiées après la dernière étape complètent ce bilan. Pogačar a gagné cinq étapes en 2026, portant son total à vingt-six sur le Tour. Il a aussi signé un septième podium consécutif, un record dans l’épreuve. Ces chiffres décrivent à la fois sa capacité à gagner le classement général et sa présence presque constante aux avant-postes depuis 2020.
Ces écarts donnent une mesure précise de sa domination sans suffire, à eux seuls, à raconter toute la course. La chute de plusieurs adversaires, dont Jonas Vingegaard, a modifié le rapport de forces. Pogačar l’a lui-même rappelé après l’arrivée. Il a regretté que le Danois et d’autres coureurs n’aient pas pu aller au terme du Tour. Le maillot jaune a néanmoins confirmé sa supériorité sur les vingt et une étapes et conservé une marge nette jusqu’aux Champs-Élysées.
Son succès est le troisième consécutif, après ceux de 2024 et 2025. Il ne s’agit donc pas d’une cinquième victoire de suite. Le Slovène avait déjà gagné en 2020 et 2021, avant de terminer deuxième derrière Jonas Vingegaard en 2022 et 2023. Depuis ses débuts sur la Grande Boucle, il n’a jamais quitté le podium.
Cette régularité place le Tour de France 2026 dans une double perspective. À court terme, Pogačar reste le coureur de référence sur les courses par étapes. Dans l’histoire de l’épreuve, il rejoint Jacques Anquetil, Eddy Merckx, Bernard Hinault et Miguel Indurain. Ces quatre champions sont les seuls autres hommes crédités de cinq victoires au classement général officiel.
Cinq titres en sept ans, mais deux séquences distinctes
Les cinq titres de Tadej Pogačar racontent moins une série continue qu’une capacité à reprendre le dessus. Ses victoires de 2020 et 2021 avaient installé un champion précoce. Les deux succès de Jonas Vingegaard en 2022 et 2023 ont ensuite interrompu cette trajectoire. Pogačar a répondu par trois Tours consécutifs, de 2024 à 2026.
La distinction est importante. Elle évite de transformer son palmarès en marche automatique et rappelle que sa domination actuelle a été précédée par deux défaites. Elle éclaire aussi le prochain choix du Slovène. Un sixième Tour prolongerait une série déjà historique, mais l’obligerait à remettre en jeu ce qu’il vient d’accomplir.

Le club qu’il rejoint ne repose pas sur un modèle unique. Jacques Anquetil a gagné une première fois en 1957, puis quatre années de suite entre 1961 et 1964. Eddy Merckx s’est imposé de 1969 à 1972, avant de reprendre le titre en 1974. Bernard Hinault a réparti ses cinq succès entre 1978 et 1985. Miguel Indurain reste le seul de ces quatre champions à avoir enchaîné ses cinq victoires sans interruption, de 1991 à 1995.
La série de Pogačar combine plusieurs de ces schémas : deux premiers titres consécutifs, une interruption de deux ans, puis trois nouveaux succès. À 27 ans, 10 mois et 5 jours, il est devenu le plus jeune coureur à atteindre cinq victoires. Merckx avait 29 ans lorsqu’il avait remporté son cinquième Tour en 1974.
Comparer leur valeur absolue imposerait toutefois de choisir des critères discutables. Il faudrait départager la densité du peloton, la polyvalence, le nombre d’étapes, le niveau des rivaux ou la manière de gagner. Les époques, le matériel et les calendriers ne sont pas homogènes. Le fait vérifiable est plus simple. Pogačar partage désormais le record officiel du Tour et a atteint ce total plus tôt que ses quatre prédécesseurs.
Cette égalité change la nature de l’objectif. Une cinquième victoire permettait de rejoindre une référence connue. Une sixième le laisserait seul au sommet du palmarès. Pour y parvenir, il faudrait revenir, gagner encore et rester le seul coureur à franchir ce seuil. Or aucune participation au Tour de France 2027 n’a été annoncée à ce stade.
Le champion demande d’abord du temps
La déclaration la plus importante de Pogačar à Paris ne porte ni sur un record supplémentaire ni sur une course précise. Dans sa réaction publiée par le Tour, il résume sa situation en quelques mots : « Je dois me fixer un nouvel objectif. » Il invite aussitôt à profiter de l’instant plutôt qu’à précipiter la suite.
Cette réserve n’est pas un détail de communication. Elle sépare ce que le coureur a réellement décidé de ce que son palmarès rend imaginable. Les hypothèses sont nombreuses, car Pogačar peut encore viser des objectifs très différents. Il pourrait compléter sa collection de grands tours ou gagner le dernier Monument qui lui manque. Il peut aussi rechercher un titre olympique ou tenter de devenir seul recordman du Tour.
Le calendrier donne toutefois des poids inégaux à ces possibilités. La Vuelta 2026 commencerait quelques semaines seulement après trois semaines de course en France. Paris-Roubaix appartient déjà à son projet de carrière, mais la prochaine édition n’aura lieu qu’au printemps 2027. Les Jeux de Los Angeles sont encore éloignés de deux ans. Quant au sixième Tour, il exigerait de reconstruire une saison autour de juillet 2027.
Ces choix ne sollicitent pas non plus les mêmes qualités. Un nouveau grand tour demande de récupérer, puis de tenir trois semaines. Paris-Roubaix oblige à préparer les pavés, le placement et le matériel dès le printemps. Une course olympique concentre l’objectif sur une journée, avec une équipe nationale plus réduite qu’une formation de marque. Le Tour, enfin, impose de consacrer une large part de la saison à une épreuve que Pogačar vient déjà de gagner cinq fois.
Le problème n’est donc pas de trouver une course disponible. Il consiste à déterminer quel type de difficulté peut encore produire assez de motivation pour orienter l’entraînement, les reconnaissances et les renoncements nécessaires. Chaque option promet un ajout différent au palmarès ; aucune ne peut être réduite à un simple nombre de victoires.
Il serait donc trompeur de présenter ces quatre pistes comme les étapes déjà ordonnées d’un programme. Elles correspondent à quatre temporalités et à quatre degrés d’engagement public.
La Vuelta 2026, une décision immédiate encore ouverte
La Vuelta est la première échéance possible, donc celle qui appelle la réponse la plus rapide. Le Tour d’Espagne est le seul des trois grands tours absent du palmarès final de Pogačar. Il y a déjà couru en 2019, lors de sa première saison au plus haut niveau, terminant troisième avec trois victoires d’étape. Il n’y est plus revenu depuis.
Une participation en 2026 offrirait une occasion rare : enchaîner le Tour et la Vuelta la même année. Pogačar pourrait alors tenter de compléter la série Tour, Giro et Vuelta au cours de sa carrière. Cette option poserait aussi la question de la récupération. La victoire française a été obtenue au terme de vingt et une étapes. Le délai avant le départ espagnol laisse peu de place à une nouvelle préparation complète.
Son parcours dans les grands tours rend pourtant cette piste cohérente. Depuis la Vuelta 2019, Pogačar est monté sur le podium de chacune de ses neuf participations à une épreuve de trois semaines. Cette série comprend ses sept Tours, le Giro 2024 qu’il a remporté et sa troisième place espagnole. Retourner sur la course où elle a commencé permettrait de viser le seul classement général qui lui manque dans cette catégorie.
Pogačar n’a pourtant fermé aucune porte. À Paris, il a été interrogé sur sa présence au départ de la Vuelta. Il a répondu : « On verra… »
Cette formule autorise à parler d’une possibilité, pas d’un engagement. Ni le coureur ni UAE Team Emirates XRG n’ont publié de programme post-Tour qui transforme cette réponse en confirmation.
La nuance compte d’autant plus que l’hypothèse a circulé pendant la Grande Boucle. Une déclaration extérieure ou une question en conférence de presse ne valent pas une sélection officielle. L’inscription d’une course dans un scénario de saison non plus. Tant que l’équipe ne communique pas, la Vuelta reste le défi le plus proche, mais aussi le plus urgent à arbitrer.
Paris-Roubaix, un objectif déclaré sans date fixée
Paris-Roubaix possède un statut différent. Pogačar ne s’est pas contenté de laisser entendre que la course l’intéressait : il en a fait un objectif de carrière. Deuxième de l’édition 2026 derrière Wout van Aert, il a encore manqué la victoire. Paris-Roubaix reste le seul des cinq Monuments absent de son palmarès.
Après cette deuxième place, l’organisation de Paris-Roubaix a publié une déclaration sans ambiguïté sur son intention. « Je reviendrai à Roubaix, c’est certain », a affirmé Pogačar. Le Slovène a cependant ajouté que ce retour n’aurait peut-être pas lieu dès l’année suivante.
Le projet est donc établi, mais pas son calendrier. Cette différence rend Paris-Roubaix plus solide que les autres hypothèses sur le plan sportif et moins immédiat que la Vuelta. Pogačar sait ce qu’il veut y accomplir ; il n’a pas encore dit quand il tentera de le faire.
La course impose en outre une préparation très particulière. Les secteurs pavés et les risques de crevaison exigent des choix techniques et tactiques qui ne se résument pas à la puissance. Le placement est tout aussi décisif. Lors de l’édition 2026, Pogačar a dû changer de vélo après un problème de roue. Il a ensuite fourni un effort supplémentaire pour revenir à l’avant. Son désir de revanche est crédible précisément parce qu’il repose sur une expérience directe, pas sur une projection médiatique.
Gagner à Roubaix lui donnerait les cinq Monuments, un accomplissement distinct de ses résultats sur les grands tours. Ce défi élargirait son palmarès au lieu d’ajouter une unité à une série déjà dominante. Il répond ainsi à la recherche d’un « nouvel objectif ». Cela ne permet pas de l’inscrire d’office à l’édition 2027.
Los Angeles 2028, l’horizon le plus lointain
Les Jeux olympiques de Los Angeles offrent une autre forme de rareté. Un titre olympique sur route manque au palmarès de Pogačar, médaillé de bronze à Tokyo derrière Richard Carapaz et Wout van Aert. À 29 ans pendant l’été 2028, il se situerait encore dans une période compatible avec une ambition au plus haut niveau.
Pour l’instant, cette piste reste néanmoins la plus spéculative. Il faudrait connaître le parcours de la course en ligne, la sélection slovène et son état de forme. Il faudrait aussi mesurer la place accordée aux Jeux dans une saison qui comportera les classiques et les grands tours. Aucun de ces éléments ne permet aujourd’hui d’en faire son prochain grand objectif.
Le format olympique ajoute une contrainte particulière : le coureur n’y dispose pas de toute son équipe habituelle. La course en ligne ne se contrôle pas comme une étape de grand tour. La médaille se joue sur une seule journée, sans possibilité de corriger une erreur le lendemain. Cette incertitude peut précisément en faire un défi attractif, mais elle ne dit rien du programme que Pogačar choisira deux ans plus tôt.
Los Angeles peut structurer un projet à moyen terme, pas répondre à la question immédiate de son programme après le Tour 2026. L’horizon olympique a une force symbolique évidente. Il offre une médaille disputée tous les quatre ans et ne reproduit aucun de ses cinq succès français. Mais il demeure une possibilité de carrière, sans déclaration publique récente qui la transforme en priorité.
Le sixième Tour, l’évidence qui n’est pas encore une décision
Le scénario le plus simple à comprendre est aussi celui qui risque le plus d’être présenté trop vite comme acquis. Revenir en 2027 donnerait à Pogačar l’occasion de viser un quatrième succès consécutif et, surtout, une sixième victoire au total. Il pourrait alors dépasser Anquetil, Merckx, Hinault et Indurain dans le palmarès officiel.
Son âge et ses résultats rendent ce scénario crédible. Sa marge sur Evenepoel et Del Toro en 2026 confirme qu’il resterait un candidat central s’il revenait. Mais une édition ne garantit pas la suivante. Les chutes qui ont marqué ce Tour rappellent la fragilité de toute projection, et la composition du plateau de 2027 n’est pas connue.
Pogačar a dit espérer retrouver l’année prochaine les adversaires empêchés d’aller au bout de leur duel. Cette phrase indique un désir de compétition, non une annonce de participation. Elle ne remplace ni un programme d’équipe ni une décision formelle.
Un sixième Tour pose aussi une question de motivation. Le Slovène peut choisir le record absolu, objectif immédiatement lisible, ou privilégier une course qui lui résiste encore. Ces deux ambitions ne sont pas nécessairement incompatibles sur plusieurs saisons. Elles le deviennent davantage lorsqu’il faut organiser une année, répartir les pics de forme et accepter les risques propres à chaque épreuve.
Quatre pistes, quatre niveaux d’engagement
À l’issue du Tour de France 2026, la situation peut se résumer sans transformer des possibilités en promesses :
- Vuelta 2026 : une participation possible à très court terme, mais aucune confirmation officielle et seulement un « On verra… » public.
- Paris-Roubaix : un objectif de victoire explicitement assumé, avec un retour certain dans sa carrière mais pas nécessairement en 2027.
- Los Angeles 2028 : une ambition cohérente avec son âge et son palmarès, sans engagement public récent.
- Sixième Tour de France : l’occasion de devenir seul recordman, alors que sa présence au départ en 2027 n’est pas arrêtée.
Le cinquième Tour de Tadej Pogačar n’achève donc pas sa trajectoire. Il lui retire plutôt l’objectif qui structurait l’été et l’oblige à hiérarchiser des défis qui ne racontent pas la même chose. La Vuelta testerait sa récupération et Paris-Roubaix sa polyvalence sur les pavés. Los Angeles mesurerait sa capacité à viser un rendez-vous rare. Un sixième Tour éprouverait son appétit pour un record sans partage.
Pour l’heure, un seul fait nouveau est certain : à Paris, Pogačar a rejoint le club des cinq. Le reste appartient encore au calendrier qu’il choisira, et non à celui que son palmarès semble lui imposer.
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