
À 91 ans, Pierre Richard revient avec L’Homme qui a vu l’ours qui a vu l’homme, fable intime sur l’amitié et la liberté, tournée en partie à Gruissan. Après une avant-première ovationnée au Mans, l’acteur réalisateur a défendu son film au 20 heures de France 2. De plus, il n’a pas manqué d’ironiser sur les rumeurs le concernant. Sortie nationale le 17 septembre 2025.
Un film attendu le 17 septembre
Pierre Richard, âgé de 91 ans, fait son retour derrière la caméra. Il est aussi devant la caméra avec L’Homme qui a vu l’ours qui a vu l’homme. Ce film est annoncé en salles le 17 septembre 2025. Par ailleurs, le récit tisse l’amitié entre un vieil homme épris d’indépendance et un adolescent. Cet adolescent est atteint d’un trouble du spectre de l’autisme. Tous deux recueillent un ours échappé d’un cirque, figure à la fois comique et métaphorique. L’acteur réalisateur décrit ce long-métrage comme son film le plus intime. Il est enrichi par ses souvenirs de jeunesse. De plus, il reflète son goût obstiné pour la liberté.

À Gruissan, le pays secret d’un cinéaste vigneron
Le tournage s’est déroulé en partie à Gruissan (Aude), où Pierre Richard vit une partie de l’année au milieu de ses vignes. Le paysage de lagunes, de salins et de pinèdes devient ici un personnage : une nature protectrice mais jamais docile, qui encadre la fable sans l’illustrer. On observe le pas léger du « distrait » et son regard bleu ironique. Cependant, on perçoit aussi la gravité d’un homme. En effet, il filme son territoire comme on filme une mémoire.
Au Mans, une avant-première ovationnée
Le 09 septembre 2025, l’avant-première au CGR Saint-Saturnin (Le Mans) a rassemblé une foule compacte. La salle était comble et les applaudissements nourris. Ainsi, la soirée ressemblait à des retrouvailles nationales avec un comédien si familier. En effet, sa silhouette accompagne depuis des décennies la comédie française. De quoi envisager un bon démarrage au box-office 2025. Aux côtés de Pierre Richard, le jeune Timi-Joy Marbot a été salué pour son incarnation du garçon autiste, tandis que l’équipe a évoqué une aventure de tournage « à hauteur d’homme ».

« Je ne suis pas encore mort » : l’humour comme boussole
Invité du 20 heures de France 2, face à Léa Salamé, Pierre Richard a déminé avec un sourire les rumeurs sur son état de santé : l’acteur confie « boîter », mais continue d’écrire, jouer et tourner. Quelques jours auparavant, le 28 août 2025, il avait publié sur Instagram un message moqueur pour corriger des informations alarmistes. Il rappelait également que c’était « la troisième fois » qu’on l’annonçait mort. Fidèle à sa ligne : l’ironie pour repousser l’inquiétude et la scène pour réponse.

Un film-mémoire qui parle d’enfermement et d’air libre
Cette histoire d’un ermite et d’un ado qui apprennent à se comprendre ressemble à un autoportrait en mouvement. Richard y convoque ses rêves d’évasion, ses cabanes d’enfance, sa terre méditerranéenne. Le scénario joue le contre-emploi : l’ours, symbole d’ensauvagement, devient l’aiguillon qui ouvre les personnages au monde. À 91 ans, le jeune cinéaste filme l’enfermement (celui du vieux comme celui du jeune) pour mieux chercher l’air libre : le dehors, l’océan des étangs, la marche lente et obstinée.
Héritage burlesque : du Grand Blond aux Compères
On ne revient pas chez Pierre Richard sans retrouver l’ombre bienveillante du burlesque. Le ralenti lunaire, le gag qui naît d’un pas de côté, l’art de l’ellipse : tout un héritage qui vient du music-hall, de Buster Keaton à Jacques Tati. Le public se souvient longtemps du Grand Blond des années 1970 (Le Grand Blond avec une chaussure noire, 1972) et du trio Francis Veber Gérard Depardieu Pierre Richard (La Chèvre, Les Compères, Les Fugitifs). Ici, la mécanique comique se fait plus tremblée, plus tendre : des silences, des regards, une drôlerie qui s’autorise la mélancolie.

Différence et écologie : une fable du cinéma français
Le film choisit le point de vue de la rencontre : celle d’un vieil homme au monde secret et d’un jeune neuroatypique. Plutôt que de psychologiser, la mise en scène privilégie les gestes, les rythmes, une écoute patiente. L’écologie n’est pas un slogan : elle imprègne le cadre dunes, cabanes, vents et inscrit l’histoire dans un présent où l’on débat de cohabitation avec le vivant. L’ours n’est pas un monstre : c’est une présence qui oblige chacun à se décentrer.
Un nonagénaire au travail
« Je boîte », reconnaît le comédien. Mais le geste reste précis : une économie de mouvements, une sobriété qui refuse l’esbroufe. Le rôle semble écrit pour lui : un corps qui trébuche, une voix qui apaise, une joie qui affleure. Cette énergie de plateau, Pierre Richard la revendique en parallèle au théâtre (Je suis là mais je ne suis pas là !), et par fidélité à un credo simple : continuer tant que le désir tient.

Chronologie express
- 28 août 2025 : message ironique sur Instagram pour démentir des informations sur sa santé.
- 09 septembre 2025 : avant-première au CGR Saint-Saturnin (Le Mans), soirée complète.
- 11 septembre 2025 : interview au JT de 20 heures (France 2) ; évocation du film et mise au point sur les rumeurs.
- 12 septembre 2025 : publication d’un grand portrait consacré à l’acteur et au film.
- 17 septembre 2025 : sortie nationale en France.
Fiche artistique (principaux)
- Réalisation : Pierre Richard
- Interprétation : Pierre Richard, Timi-Joy Marbot, Gustave Kervern, Anny Duperey
- Lieu de tournage : Gruissan (Aude)
- Sujets : amitié intergénérationnelle, indépendance, nature, différence
- Production : Moby Dick Films
Pourquoi ce film intéresse
Parce qu’il tisse avec élégance le fil de la mémoire populaire au présent écologique, Pierre Richard offre plus qu’un simple retour : il réinvente à sa façon la comédie française sans jamais renier sa veine tendre et poétique. À 91 ans, il ne signe pas un testament cinématographique, mais bien une véritable déclaration d’indépendance, un geste d’artiste libre qui refuse l’assignation au passé.
Ce que l’on entend alors, c’est une musique rare : celle d’un créateur qui regarde son époque avec la délicatesse de l’expérience, mais sans l’aveuglement de la nostalgie. En cela, il incarne une singularité : celle d’un homme qui a traversé des générations, qui a marqué l’imaginaire collectif, et qui continue à surprendre par sa capacité à conjuguer tendresse, humour et liberté.