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Paco Rabanne : l’homme qui a failli ne jamais devenir couturier

Paco Rabanne et la princesse du Burundi Esther Kamatari, un des premiers top d'origine africaine

Paco Rabanne, le couturier emblématique d’une certaine façon de concevoir ses pièces de mode, s’est éteint le 03 février 2023 en Bretagne, dans cette région qui l’a adopté quand il a fui son Pays Basque natal, à cause de la guerre civile espagnole. Paco Rabanne, l’homme, a marqué de son empreinte si particulière (nous allons y revenir) l’histoire de la haute couture. Et pourtant, il a failli ne jamais exercer ce métier. Retour sur un touche-à-tout au parcours tortueux, couturier iconoclaste, et génie malgré lui.

Exilé et orphelin de son père

La vie du jeune Francisco Rabaneda y Cuervo – pas encore Paco Rabanne – avait bien mal commencé. Il avait moins de trois ans quand la guerre civile espagnole l’a rendu orphelin de son père, colonel de l’armée espagnole tué par les franquistes. Face à ce drame, sa mère l’a emmené avec ses trois autres frères et sœurs, ainsi que sa grand-mère en France. Après une traversée des Pyrénées, la famille s’installe en Bretagne, dans la région de Morlaix.

C’est dans ce pays et dans cette région qu’il entame véritablement sa vie.

Arrivée à Paris et débuts dans l’art

À 17 ans, le jeune Paco Rabanne se rend à Paris, décidé à étudier l’architecture. A cette époque, c’est pour lui l’art le plus noble et il doit s’y dédier corps et âme. Il passe ainsi plus de 10 ans dans la section Architecture de l’École Nationale des Beaux-Arts, notamment auprès du maître du béton armé du moment : Auguste Perret.

Il met à profit ses études en concevant en parallèle ses premiers dessins de modèles de vêtements, qu’il vend aux maisons de couture en vogue à l’époque : Dior, Givenchy, Balenciaga. On ne peut pas comprendre le style des vêtements conçus par Paco Rabanne, si on n’intègre pas cette dimension architecturale de ses pièces de mode.

Car, c’est finalement le tissu qui le retient, et non la mode. Cette attirance provient à la fois de ses petits boulots (il dessinait les patrons et les modèles pour des grandes maisons, comme évoqué plus haut), et du métier de sa mère. En effet, quand la famille Rabaneda y Cuervo vivait en Espagne, la mère de Paco Rabanne était couturière pour Balenciaga.

Paco Rabanne : le créateur de mode provocateur

En 1964, Paco Rabanne fait une arrivée fracassante dans le monde très fermé des créateurs de mode. Il sort une première collection intitulée Douze robes expérimentales en matériaux contemporains.

En 1966, l’enfant terrible de la mode parisienne récidive avec Douze robes importables.

Il a créé aussi les costumes pour plusieurs films célèbres, y compris Barbarella en1968 et On a volé la cuisse de Jupiter en1976.

Rabanne a également travaillé sur de nombreux projets autres que la mode, notamment en design d’intérieur, en photographie et en cinéma. Il a notamment conçu des meubles et des objets décoratifs, tels que des luminaires en métal.

Inspiré par ses études d’architecture, Paco Rabanne conçoit des robes dans des matériaux inédits : métal et plastique… Il casse les codes, ce qui lui vaut d’être exécré par une partie des créateurs d’alors : Gabrielle Chanel le traitera même de « métallurgiste » !

Soutien et succès populaire

Mais, malgré ce rejet de ses pairs, il reçoit de précieux soutiens. C’est le cas par exemple de la collectionneuse d’art Peggy Guggenheim, qui lui commande des robes. Ou encore de Jane Fonda et Françoise Hardy, véritables icônes de l’époque, qui acceptent de porter des robes pesant plus de 16 kilos.

Paco Rabanne sait qu’il déplaît, mais joue de cela, déclarant notamment à une journaliste de Marie-Claire : « Mes modèles sont des armes. Quand on les ferme, on croit entendre un revolver ». Lui qui casse les codes de la mode va tout de même ouvrir une boutique dans le 6ème arrondissement de Paris en 1971, où il côtoie bon nombre de créateurs.

Robes simples en papier

Il peut se le permettre car sa marque a du succès. Notamment ses robes en papier, sans aucune couture, vendues à 15 francs pièce. Derrière le matériau, il y a tout un symbole comme il le déclarait dans son autobiographie : « symbole de notre civilisation insouciante qui glorifiait l’éphémère ».

A Paris-Match, en 1995, il confie : « Je fais des vêtements simples dans des matières bizarres, alors que d’autres imaginent des formes extravagantes dans des textiles classiques ».

Maison de couture et de prêt-à-porter

Derrière les coups d’éclat, il y a tout de même un grand professionnel qui réussit à se démarquer par son approche rigoureuse de la mode, qui lui vient de l’architecture. Il reçoit d’ailleurs le Dé d’or en 1990, récompense qui vient saluer la meilleure collection de haute couture.

Les années 1990 voient d’ailleurs Paco Rabanne au sommet de sa gloire avec une rétrospective à son honneur au musée de la Mode de Marseille en 1995.

Par la suite, la branche haute-couture de la maison décline et le créateur et dès 1999, il se recentre sur le prêt-à-porter. En 2006, l’entreprise fait faillite et cesse la couture.

Paco Rabanne : l’homme polyvalent

Véritable mythe de la mode, Paco Rabanne reste encore très connu du grand public, en raison des nombreuses franchises qui portent son nom.

Parfums et franchises en tout genre

Il a notamment donné son pseudonyme à toute une collection de parfums, aujourd’hui encore très prisée. Mais, d’autres produits vont porter son nom comme L’Immeuble Rabanne, à Sao Paulo au Brésil. Au total, le styliste aurait vendu plus de 150 licences différentes, déclinant son nom à toutes les sauces, au gré des sollicitations.

Flacon d'eau de toilette Paco Rabanne XS
Flacon d’eau de toilette Paco Rabanne XS

Production de musique et magazine

Dès les années 1970, Paco Rabanne lance une maison de production de musique antillaise et africaine qui a connu un succès de niche, ainsi qu’un magazine féminin, dédié aux femmes de couleur. Toujours dans la musique, il a ouvert un lieu iconique boulevard de la Villette, à Paris, à destination des artistes. Entièrement gratuit, il s’agit d’un ensemble avec salle de spectacle, salle de répétition et studio d’enregistrement. Cette action de mécénat lui vaut une reconnaissance des plus jeunes, avec des artistes comme NTM ou MC Solaar qui ont émergé grâce à lui.

Enfin, signe de l’éclectisme du personnage, Paco Rabanne est même apparu à plusieurs reprises sur les plateaux de télévision pour parler d’une autre de ses passions : l’ésotérisme. Ainsi, il n’était pas rare de le découvrir un dimanche après-midi devant une boule de cristal, face à un public mi-stupéfait mi-intrigué. Nul besoin de rappeler ses prédictions apocalyptiques sur l’an 2000…

En résumé, Paco Rabanne était un créateur de mode innovant et provocateur qui a laissé une empreinte indélébile sur l’industrie de la mode grâce à ses designs futuristes, audacieux et novateurs. Il continue d’être considéré comme l’un des créateurs les plus influents de l’histoire de la mode, et son nom est associé à l’originalité, à l’excentricité et à l’audace.

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