
Donald Trump échange avec Recep Tayyip Erdogan dans le salon des dirigeants du sommet du G20 à Osaka, le 28 juin 2019. Une image d’archive qui replace la relation personnelle entre Washington et Ankara au cœur du sommet de l’Otan. Crédits : Official White House Photo by Shealah Craighead.
Le sommet OTAN 2026 s’ouvre les 7 et 8 juillet à Ankara avec une équation serrée. Donald Trump veut des alliés qui augmentent réellement leurs dépenses de défense. L’Alliance doit aussi répondre à l’urgence ukrainienne en missiles antiaériens et assumer un pays hôte dont la situation démocratique reste contestée.
À Ankara, le test budgétaire voulu par Trump
Le décor est posé au complexe présidentiel de Beştepe, à Ankara. Les 32 pays de l’Alliance se retrouvent un an après le sommet de La Haye. Ils y ont accepté de porter leurs investissements de défense à 5 % du PIB d’ici 2035. Mark Rutte veut désormais transformer cet engagement en plans nationaux vérifiables.
Dans sa conférence de presse pré-sommet, le secrétaire général de l’Otan a présenté Ankara comme un rendez-vous de mise en œuvre. Il ne veut pas d’un simple symbole. Selon lui, les alliés européens et le Canada investissent déjà autour de 4 % de leur PIB dans la défense et la sécurité. Ils auraient aussi annoncé 258 milliards de dollars supplémentaires pour 2025 et 2026.
Cette arithmétique est aussi politique. Donald Trump a replacé le partage du fardeau au centre de la relation transatlantique. Pour les Européens, l’enjeu n’est pas seulement d’afficher des budgets plus élevés. Il faut prouver que ces crédits produisent des capacités, des stocks, des munitions et une industrie capable de tenir dans la durée.

Le message français et européen avait été préparé avant le sommet. Dans la déclaration des dirigeants E5 du 24 juin, cinq pays affirment une ligne commune. France, Allemagne, Italie, Pologne et Royaume-Uni veulent une Europe plus forte dans une Otan plus forte. Ils reconnaissent aussi le rôle essentiel des États-Unis dans la sécurité euro-atlantique.
Cette formule dit l’équilibre recherché : rassurer Washington sans annoncer une autonomie européenne qui tournerait le dos à l’Alliance. Elle pose aussi la question la plus concrète pour les citoyens européens. Les dépenses défense OTAN promises à Ankara ne sont pas des chiffres abstraits. Elles pèseront sur les budgets publics, les priorités industrielles et les arbitrages sociaux des prochaines années.
L’Ukraine demande des décisions, pas seulement un signal
Le deuxième test vient de Kiev. Volodymyr Zelensky arrive à Ankara après de nouvelles frappes russes contre la capitale et sa région. Le besoin ukrainien le plus immédiat porte sur la défense aérienne, en particulier les missiles d’interception nécessaires aux systèmes Patriot.
La présidence ukrainienne a durci le message le 6 juillet, à la veille des séquences prévues à Ankara avec Volodymyr Zelensky. Dans une adresse publiée avant le sommet, le président ukrainien a décrit le manque d’intercepteurs comme le cœur du problème. Il les juge nécessaires face aux missiles balistiques russes. Il a aussi plaidé pour des licences américaines qui permettraient à l’Ukraine de produire elle-même des Patriot. Cette demande place la question industrielle au centre des discussions entre Kiev, Washington et les alliés.
Mark Rutte reconnaît cette contrainte de production. Interrogé à Ankara sur les intercepteurs, il a répondu que les livraisons du programme PURL continuaient. Ce programme est financé par les alliés pour acheter des armes américaines à destination de l’Ukraine. Mais il a aussi admis une limite matérielle : les stocks disponibles sur le territoire de l’Otan ne sont pas infinis. L’augmentation de la production devient donc indispensable.
Le programme officiel du sommet confirme que l’Ukraine n’est pas un sujet périphérique. Des remarques communes de Mark Rutte et de Volodymyr Zelensky sont prévues le 7 juillet. Elles précèdent un dîner de travail du Conseil Otan-Ukraine au niveau des ministres des affaires étrangères. Tant qu’un communiqué final n’est pas publié, les montants d’aide et les engagements nouveaux doivent rester attribués avec prudence.

Pour Donald Trump, cette séquence ukrainienne a une valeur de test. Le président américain peut obtenir d’Ankara une preuve de bonne volonté européenne sur les budgets. Kiev, elle, attend moins une formule diplomatique qu’un flux de missiles, de licences, de production et de garanties militaires. Entre ces deux attentes, l’Otan cherche à montrer que la hausse des dépenses sert aussi une guerre déjà en cours.
La Turquie, allié indispensable et hôte contesté
Le choix d’Ankara donne au sommet une troisième dimension. La Turquie dispose d’une position stratégique entre Europe, mer Noire, Moyen-Orient et Caucase. Elle contrôle l’accès aux détroits, entretient une relation complexe avec la Russie et développe une industrie de défense devenue visible dans l’Alliance.
Mark Rutte a insisté sur ce rôle devant la presse turque. Il a rappelé que la Turquie est membre de l’Otan depuis 1952. Il a aussi souligné qu’elle possède l’une des plus grandes armées de l’Alliance et environ 3 000 entreprises de défense. Pour Ankara, accueillir le sommet permet donc de transformer un atout géographique et militaire en démonstration d’influence.
Mais la photo de famille intervient dans un climat politique tendu. Selon Human Rights Watch, qui a documenté une vague d’arrestations avant le sommet, au moins 209 personnes ont été arrêtées à Ankara. Ces arrestations ont eu lieu dans la nuit du 22 au 23 juin. L’ONG a ensuite mis à jour son bilan à 225 arrestations et 178 placements en détention provisoire. Elle cite notamment des militants politiques, des avocats, un universitaire et une journaliste militante LGBT.
Ces éléments ne font pas de la Turquie un simple problème pour l’Alliance. Ils rappellent plutôt la contradiction que le sommet d’Ankara rend visible. L’Otan affirme défendre une communauté de sécurité fondée sur des valeurs démocratiques. Mais elle a aussi besoin d’un allié turc pour sa géographie, ses forces armées, son industrie et son rôle en mer Noire.

Interrogé sur les critiques démocratiques visant le pays hôte, Mark Rutte a répondu que la démocratie ne se résume pas aux élections. Elle implique aussi des médias libres et la possibilité de manifester. La formule évite l’affrontement direct avec Recep Tayyip Erdogan, mais elle inscrit le sujet dans le bilan politique du sommet.
Une cohérence à démontrer en deux jours
Ankara ne se joue donc pas seulement sur une déclaration finale. Le sommet doit montrer que les promesses de La Haye deviennent des capacités réelles. Il doit prouver que l’aide à l’Ukraine ne se réduit pas à des annonces répétées. Il doit enfin permettre à l’Alliance de parler de principes démocratiques sans ignorer ce qui se passe autour de sa propre réunion.
Pour Donald Trump, le résultat se mesurera d’abord à la crédibilité des plans de dépenses. Pour Volodymyr Zelensky, il se mesurera au renforcement concret de la défense aérienne ukrainienne. Pour Recep Tayyip Erdogan, il confirme la centralité retrouvée de la Turquie dans l’Otan. Pour les Européens, il fixe une question plus durable. Comment payer davantage pour la sécurité commune sans perdre le fil politique qui justifie cette dépense ?