Oracle s’envole à Wall Street sur fond de méga-contrats dans l’IA

Dirigeant de la tech, micro à la main. Image d’autorité pour illustrer l’ascension d’Oracle dans l’IA.

Oracle (NYSE: ORCL) a sidéré les marchés le 10 septembre 2025 : après des résultats publiés la veille, le groupe affiche 14,9 Md$ de revenus, un cloud en plein essor et un carnet d’ordres à 455 Md$. Larry Ellison et Safra Catz promettent des contrats géants d’IA et une accélération des data centers. Reste à mesurer le coût financier, concurrentiel et écologique.

Dirigeante tech, incarnation de la discipline financière et de l’exécution chez Oracle face aux méga-contrats IA.
Dirigeante tech, incarnation de la discipline financière et de l’exécution chez Oracle face aux méga-contrats IA.

Résultats et RPO : le chiffre qui change tout

Le 9 septembre 2025, Oracle publie des résultats solides : 14,9 Md$ de chiffre d’affaires et un BPA ajusté de 1,47 $. [BPA = bénéfice par action, indicateur qui rapporte le résultat net au nombre d’actions en circulation]

Mais le chiffre qui bouscule les anticipations est ailleurs : un carnet de commandes porté à 455 Md$. Le groupe mentionne des contrats pluriannuels conclus avec trois grands clients de l’IA, motivés par une demande accrue de puissance de calcul.

Ces montants, rares dans la tech d’entreprise, ne disent pas encore à quelle vitesse ils se transformeront en revenus. Oracle promet une montée en puissance rapide de son infrastructure cloud d’ici 2030, un calendrier tributaire des puces, de l’énergie et des autorisations locales.

Larry Ellison et Safra Catz, l’architecture d’un pouvoir

Le groupe reste façonné par son duo dirigeant : Larry Ellison, cofondateur et président du CA (également CTO), stratège du virage vers l’IA, et Safra Catz, PDG réputée pour sa discipline financière et son exécution. Ellison fixe la vision « tout pour l’infrastructure d’IA », Catz ferme les contrats et oriente les investissements. Leur complémentarité, éprouvée depuis plus de vingt ans, éclaire la réorientation d’Oracle : de champion des bases de données à fournisseur de capacité de calcul IA.

Ellison cultive un style provocateur voile, paris technologiques quand Safra Catz, ex-banquière d’affaires, est réputée austère et obsédée par les coûts. Deux tempéraments, une même obsession : exécuter vite.

« Nous devrions être interconnectés avec tout le monde. » Larry Ellison, à propos du multi-cloud.

« L’IA est un moteur d’adoption du cloud. » Safra Catz.

Cadre tech concentré – exécution Ellison–Catz chez Oracle et dynamique de l’action Oracle en Bourse.
Cadre tech concentré – exécution Ellison–Catz chez Oracle et dynamique de l’action Oracle en Bourse.

Des « méga-contrats » encore opaques : prudence

La pièce maîtresse se nomme RPO : ces engagements fermes de revenus étalés sur plusieurs années. Oracle indique avoir bouclé quatre contrats géants avec trois acteurs du secteur, tous avides de GPU et d’énergie. Dans le cadre des rumeurs, certains médias parlent d’un accord massif avec OpenAI. Cet accord atteindrait plusieurs centaines de milliards de dollars sur une période de cinq ans. Mais ces chiffres spectaculaires n’ont jamais été confirmés publiquement, la prudence s’impose. Aucune confirmation officielle n’est donnée par Oracle, le groupe se contente de souligner la taille inédite des engagements et leur caractère multi-cloud. Cette prudence s’impose : l’ampleur de ces montants défierait les références historiques du cloud d’entreprise et concentre, à elle seule, une partie du risque de sur-interprétation.

Le pari multi-cloud pour accélérer

Plutôt que l’exclusivité, Oracle multiplie les passerelles avec ses rivaux. L’objectif : permettre aux entreprises déjà chez AWS, Microsoft ou Google d’ajouter des services Oracle sans tout migrer. Cette flexibilité diminue la peur de l’enfermement et accélère la signature de contrats spécifiques à l’IA. Dans ces contrats, la capacité disponible est primordiale.

Le pari est offensif mais lisible : vendre une place dans l’architecture des clients, quitte à cohabiter avec des concurrents mieux installés.

AWS, Microsoft, Google : la riposte

Les leaders historiques conservent l’essentiel des parts de marché. Mais l’offensive d’Oracle sur la capacité IA livrable met la pression : la bataille ne se joue plus seulement sur le prix catalogue, mais sur l’accès aux GPU, à l’électricité et aux garanties contractuelles. Autant d’éléments qui, pour les clients, pèsent désormais autant que les performances techniques.

Oracle en Bourse : un bond inédit depuis 30 ans

Le 10 septembre 2025, le cours de l’action Oracle (NYSE: ORCL) a gagné plus de 35 % en séance, soit l’une de ses plus fortes progressions depuis 1992, rapprochant la capitalisation des 1 000 Md$. La fortune de Larry Ellison a brièvement dépassé ou rejoint celle d’Elon Musk, des classements volatils par nature.

Stratège d’Oracle, architecte du virage IA et du pari multi-cloud porté par des méga-contrats.
Stratège d’Oracle, architecte du virage IA et du pari multi-cloud porté par des méga-contrats.

Le coût énergétique d’une course aux GPU

Alimenter des fermes de calcul suppose des mégawatts et beaucoup d’eau pour le refroidissement. Les décisions d’implantation, le mix énergétique et la réutilisation de chaleur deviennent des critères de coût autant que d’acceptabilité. Oracle promet des optimisations, mais l’équation demeure physique.

Régulation : interopérabilité et « réversibilité »

En Europe, le Data Act impose des règles de changement de fournisseurréversibilité »), limite certains frais de sortie et promeut l’interopérabilité des services cloud. Au Royaume-Uni, l’autorité de la concurrence a étendu son examen du marché du cloud, pointant des barrières au multi-cloud. Cette lame de fond réglementaire vise à rééquilibrer le rapport de force entre fournisseurs et clients. Pour Oracle, qui se positionne en artisan du multi-cloud, cela peut constituer un avantage compétitif à condition de garantir dans la durée portabilité des données et protection contractuelle des clients.

Géopolitique des data centers

Les régions offrant électricité décarbonée, foncier et chaînes d’approvisionnement fiables attireront les nouveaux campus. Ailleurs, les projets risquent de ralentir ou de renchérir. L’Europe mise sur la portabilité des données et la réversibilité des contrats, un cadre qui peut avantager ceux qui pratiquent réellement le multi-cloud.

Angle international : Chine, Japon et la géopolitique de la capacité

Chine. Le marché s’appuie sur Alibaba Cloud et Tencent Cloud ; les contrôles américains sur les puces d’IA limitent l’accès aux GPU avancés. Des méga-contrats « à l’américaine » y restent peu probables à court terme.

Japon. Tokyo subventionne de nouveaux data centers et sécurise des GPU, la demande locale s’intensifie autour de l’IA générative. Avec ses régions Tokyo et Osaka, OCI peut capter cette croissance via le multi-cloud.

LightOn, l’autre tempo de l’IA européenne

LightOn (Euronext Growth Paris) avance à un autre rythme. Le 9 septembre 2025, la société a annoncé un chiffre d’affaires semestriel de 710 000 € (+15 % sur un an) et un ARR de 1,23 M€ à fin juin. La direction a toutefois revu à la baisse son objectif 2025 à 3–4 M€, citant des cycles de vente longs pour sa plateforme Paradigm. Le titre a perdu environ 12 % le lendemain.

L’instantané dit quelque chose du marché : pendant que les hyperscalers s’arrachent des contrats pluriannuels pour des capacités de calcul, les éditeurs européens de taille moyenne bâtissent, plus lentement, des revenus récurrents, client par client. Un deux-vitesses qui interroge la capacité de ces acteurs à financer l’infrastructure et à se brancher sur les grands écosystèmes.

Ce qui peut encore dérailler

Les montants et les bénéficiaires des « méga-contrats » restent inconnus : Oracle ne publie pas le détail et les chiffres qui circulent n’ont pas été confirmés. La prudence s’impose.

La cadence dépendra d’éléments matériels : disponibilité de GPU, accès à l’électricité et obtention des autorisations locales. Ce sont eux qui fixeront, au-delà des promesses, le rythme réel des chantiers.

Reste à éclairer la qualité du carnet de commandes : quelle part est juridiquement engagée et exécutable, quelle durée moyenne, et quelle sensibilité aux clauses de sortie ?

Ce que les acteurs doivent anticiper

Pour les entreprises, l’enjeu est d’exiger des clauses de réversibilité et des SLA lisibles, tout en concevant des architectures portables.

Pour les pouvoirs publics, il s’agit de garantir l’interopérabilité et un multi-cloud effectif, en arbitrant entre l’accueil de data centers et les contraintes environnementales.

Pour les investisseurs, la question clé demeure la conversion du RPO en trésorerie, la discipline d’investissement et la soutenabilité des coûts énergétiques.

Au-delà de la séance, le vrai test

L’ivresse boursière ne dit pas tout. L’épreuve sera industrielle : délais de chantier, mégawatts disponibles et sécurisation des GPU. Si Oracle respecte sa promesse, l’économie numérique entière devra composer avec une rareté énergétique devenue un paramètre stratégique.

Cet article a été rédigé par Pierre-Antoine Tsady.