
Le 5 mars 2026, au Hilton Paris Opéra, la Fashion Week se jouait aussi à sa périphérie. Avec NYC Live! @ Fashion Week in Paris, il ne s’agissait pas de singer les grands noms du calendrier officiel. Le rendez-vous montrait autre chose : la mode des marges, les événements satellites, les maisons en devenir. Il révélait aussi des producteurs qui font circuler les talents, et des créateurs venus chercher à Paris un rayonnement singulier.
Présentation
Annoncé sur Fashion Week Online et relayé par le site de NYC Live!, le rendez-vous s’est tenu en plein cœur de la Fashion Week femme automne-hiver 2026. Pour l’exigeant William Michael Reid, c’est un cap. Pour la première fois, son initiative ne gravite plus seulement autour de la semaine parisienne : elle s’inscrit dans un récit officiel en ligne. Une consécration discrète, mais réelle, pour un producteur qui s’est imposé saison après saison par une énergie rare et une discipline presque obsessionnelle.
Le lieu compte. Le Hilton Paris Opéra offre exactement ce que William Michael Reid dit rechercher dans l’entretien qu’il a donné à Fashion Week Online. Un cadre élégant, assez intime pour maintenir la tension, assez lisible pour donner à chaque passage sa netteté visuelle.
William Michael Reid, fondateur et pilote de NYC Live!, présent sur son Instagram personnel comme via le compte de l’événement, en est la cheville ouvrière. Producteur, publiciste, chef d’orchestre, il ne monte pas seulement un défilé. Il en construit l’écosystème, du lieu au casting, de la production à la communication. Il en maîtrise aussi la circulation des images et la promesse d’ouverture internationale. Le portrait qui se dégage est celui d’un homme exigeant, travailleur jusqu’à l’épuisement, pour qui l’excellence finit par devenir une signature.
Le défilé était présenté par Dabo Kadima, producteur, réalisateur et animateur télé. Sa présence donnait au rendez-vous un fil conducteur net, entre maîtrise de scène et sens du rythme. Dans un format où se croisent jeunes marques, production indépendante et ambition internationale, cette présence contribuait à donner de l’unité à l’ensemble.
Ecostylia suit pour la troisième fois un événement de sa structure, après notre reportage sur NYC Live! @ Fashion Week Paris 2025 et notre compte rendu d’An Olympic Night of Fashion Paris 2024. Cette fidélité n’a rien d’un hasard. Notre ADN fut d’abord très lié à la mode. Il nous pousse aussi à sortir des sentiers battus pour mettre en lumière des créatrices et des créateurs émergents. C’est exactement ce que permet de lire ce défilé, saison après saison, avec une constance têtue.
Le flyer annonçait neuf noms, mais le podium a rappelé qu’un défilé vivant n’obéit jamais tout à fait au programme imprimé. Luis Machicao, que nous avions interviewé dans Ecostylia, n’a pas défilé cette fois. Manish Vaid, que nous avions également interviewé, était présent, mais en coulisses, sans passage. Le bloc final s’est déployé en deux temps distincts. En reprenant les images et l’ordre de passage, on arrive malgré tout à neuf séquences observées, en dépit de l’absence d’un nom du line-up annoncé.
Rapporté au calendrier officiel relayé par Vogue Business, NYC Live! demeure un format parallèle. C’est précisément ce qui fait son intérêt. L’événement dit quelque chose d’une Fashion Week élargie. Paris y sert aussi d’amplificateur à des marques plus petites, plus mobiles, parfois encore occupées à trouver leur place.
Collections et créateurs
Alve’ Alexander / Black Pearl Collection

Premier passage, première affirmation. La silhouette féminine est nette, frontale, pensée comme un lever de rideau. Alve’ Alexander, associé à Black Pearl Collection et visible surtout via Instagram @2cmelook, ouvre le défilé par une présence immédiate. Rien n’est de trop. Il s’agit d’installer un ton sans surcharge. Son ancrage public le plus solide reste, pour l’heure, son Instagram, davantage qu’un site de marque véritablement stabilisé. En 2025, Luxury Place voyait déjà dans Black Pearl Collection une signature montante. Le magazine insistait sur une palette vive, chic et assumée.
Mokodu Fall

Mokodu Fall (Instagram @fallmokodu ; Mokodu Fall Design) livre le passage le plus graphique de la soirée. Le site de cet artiste polyvalent revendique la « peinture sur habillement ». Devant le podium, la formule prend corps. La matière est traitée comme une surface expressive, presque comme une toile portée. Le vêtement ne cherche pas seulement la justesse de la coupe. Il veut montrer la main du peintre, ses motifs, son geste. Il porte aussi une énergie marquée du sceau de l’Afrique éternelle. Fashion Police Nigeria rattache la marque à Pape Macodou Fall, artiste sénégalais. Le site rappelle aussi ses expositions en France, en Italie et au Sénégal.
Enoka Fonseka Paris

Enoka Fonseka Paris (Instagram @enokafonseka_fashion_designer_) signe le troisième passage avec une proposition florale, enveloppante, attentive à la silhouette dans son intégralité. Ce n’est pas seulement une robe qui avance, mais une apparition. Tout relève d’une pensée du total look : vêtement, coiffure, ornement se répondent dans un même souffle. Le parti pris est d’éblouir, sans atténuation. C’est ce qui donne à ce passage sa singularité. On en redemande. Dans un entretien à Life.lk, Enoka Fonseka rappelle être née à Negombo, au Sri Lanka, avant de s’installer à Paris. Le portrait de Keri-Lise Anderson la montre aussi attentive à la coiffure qu’au vêtement.
Amy Chiew / Nottingheels

Avec Nottingheels (Instagram @nottingheels.my, Instagram @amychiew2020 ; Nottingheels), le défilé passe de l’allure à l’usage. Le site de la marque défend un chaussant élégant mais confortable, capable de répondre à des besoins concrets. Sur le podium, cette philosophie apparaît moins décorative qu’il n’y paraît. La chaussure n’est pas un détail final : elle est le socle autour duquel le reste s’organise. Dans la présentation de la marque, Amy Chiew, créatrice malaisienne, se présente comme fondatrice et directrice créative de Nottingheels, lancée en 2017. La marque revendique un soulier handmade, pensé pour l’allure, le confort et le soutien du pied.
Ivan Hoyos / Hoyos Paris

Ivan Hoyos (Instagram @maisonhoyos, Instagram @ivan_hoyos30 ; Maison Hoyos) place le sac au centre du vocabulaire du défilé. Chez HOYOS, l’accessoire n’accompagne pas seulement une silhouette volontairement sobre pour l’occasion : il lui donne son axe. Dans Entre deux mondes, un regard, Ivan Hoyos relie explicitement la maison à ses racines colombiennes et à sa vie en France. Il y défend un luxe ancré, sincère, porté par la maroquinerie. Cette tension affleure sur le podium, où l’objet prend presque valeur de manifeste. Identité, matière, désir d’image : tout se condense dans un sac.
Jelena Zoric / Lovely Apple

Jelena Zoric (Instagram @lovelyapple.official, Instagram @misslovelyapple ; Lovely Apple) signe l’un des passages les plus reconnaissables de la soirée. Les motifs évoquant des QR Codes ne relèvent pas d’une simple impression : ils appartiennent déjà au langage visuel de Lovely Apple. Le site de la marque et les pages consacrées aux collections dessinent une mode fondée sur le dialogue entre surface, signal et reconnaissance visuelle. Sur le podium, l’effet est immédiat. Le regard s’accroche et refuse de lâcher. La page Lovely Apple Collection présente Jelena Zoric comme l’une des nouvelles créatrices les plus remarquées grâce à sa mode QR Code. Mutrea insiste aussi sur la rencontre entre Lovely Apple et l’univers de Marcel Munz.
Waldy Lorot et Marine Blondel / MBC Paris

MBC Paris (Instagram @mbcparis, Instagram @mbcparisorganisation) fait bifurquer le défilé vers le floral, la couture, le presque cérémoniel. Ce n’est ni le moment le plus minimal ni le plus discret, et c’est précisément ce qui le rend identifiable. Matière, ornement, composition d’ensemble : tout cherche la densité visuelle. On quitte la coupe sèche pour entrer dans une dramaturgie du vêtement. En 2024, AdL Mag décrivait déjà l’univers MBC comme audacieux, sensuel et gracieux. Cette filiation aide à lire ce passage très floral.
Stand Tall : Diana Massiera / Tallents Models
Le bloc Stand Tall ouvre le final. Porté par Diana Massiera et Tallents Models (Instagram @mannequinmystic, Instagram @tallents_models), il redessine presque littéralement l’échelle du podium. Les silhouettes, très hautes, modifient le rythme du défilé et la lecture de l’espace. Mais ce final ne forme pas un bloc homogène : il se déploie en deux temps, avec LLOSA pour les mannequins hommes de l’agence, puis Adina Couture pour les mannequins femmes. Le compte Tallents Models se présente comme une agence dédiée aux très grand(e)s. Chez NYC Live!, Diana Massiera apparaît comme responsable du casting et du marketing, avec un rôle de coordination de production qui dépasse visiblement le cadre initial de sa mission.
LLOSA

Dans le premier temps du final, LLOSA habille les mannequins hommes de Tallents Models. La proposition prolonge l’effet de verticalité propre à Stand Tall, mais lui donne aussi une direction stylistique plus nette. La ligne reste tendue, lisible, pensée pour faire de cette montée finale autre chose qu’un simple enchaînement de silhouettes.
Adina Couture

Dans le second temps du final Stand Tall, Adina Couture (Instagram @adina_couture_.fr_, Instagram @by_adina_couture_ ; Adina Couture) habille les mannequins femmes de Tallents Models. La garde-robe avance avec une idée claire de l’identité. Sur son site, Adina Ntankeu décrit une mode de pièces uniques, nourrie d’un dialogue afro-occidental et d’un travail des matières sans concession. Cela se ressent dans ce dernier passage. Les silhouettes sont plus affirmées, moins flottantes, comme si le show voulait s’achever non sur une impression, mais sur une signature.
Sur Upcyclinarium, Adina Ntankeu se présente comme styliste-créatrice et indique avoir déjà signé quatre collections. Le profil recense aussi plusieurs expositions en 2025, de Paris à Liège.
D’heureuses surprises à venir

NYC Live! à Paris n’est pas un défilé de plus dans une semaine saturée. C’est une manière d’exister à côté du calendrier principal. Paris y devient un filtre symbolique, une scène d’essai, une machine à rendre visible ce qui resterait ailleurs dans l’ombre.
William Michael Reid y joue un rôle décisif. Non qu’il consacre ces créateurs d’un geste d’autorité : il leur construit un contexte, un lieu, une narration, un ordonnancement, une production, un public. C’est cette architecture, patiente et précise, qui donne à l’ensemble sa cohérence.
Il se relit à la lumière de notre reportage sur NYC Live! @ Fashion Week Paris 2025. Et de notre compte rendu d’An Olympic Night of Fashion Paris 2024. Il prolonge aussi notre entretien avec Manish Vaid et notre portrait de Luis Machicao. Ce nouveau chapitre n’a rien d’isolé. C’est une variation supplémentaire sur une même scène, un acte de plus dans une pièce qui s’écrit au fil des saisons.
Dans une Fashion Week dominée par les maisons installées, ce type de rendez-vous rappelle une vérité simple. La mode parisienne ne se joue pas seulement sur les podiums centraux. Elle se joue aussi dans ces soirées plus mobiles, plus avant-gardistes, parfois inégales, mais souvent plus révélatrices de ce qui pourrait compter demain.
Crédit photo : Felipe Vasquez, de Flipz Photography, @flipzphotography, (Washington, DC, États-Unis)