
Jusqu’au 4 janvier 2026, le Grand Palais présente une rétrospective inédite consacrée à Niki de Saint Phalle, Jean Tinguely et Pontus Hultén. Le parcours réunit sculptures monumentales, machines animées, documents d’archives et films. Organisée avec le Centre Pompidou, cette exposition retrace une aventure artistique et humaine. Elle est marquée par l’amour, la liberté et l’audace. Les visiteurs peuvent réserver leur entrée directement sur le site officiel du Grand Palais.

Une enfance et une vocation marquées par la rupture
Catherine Marie-Agnès Fal de Saint Phalle voit le jour en 1930 à Neuilly-sur-Seine. Elle grandit entre les États-Unis et la France, dans une famille aisée. Derrière l’apparente insouciance, un drame qu’elle gardera secret pendant plus de cinquante ans : à 11 ans, elle subit un inceste paternel. Ce traumatisme devient un moteur de révolte et de création.
À 18 ans, elle épouse le poète Harry Mathews et devient mère de deux enfants. Parallèlement, elle entame une carrière de mannequin, posant pour Vogue, Elle ou Life. En 1953, une grave dépression la conduit à l’hôpital psychiatrique. Elle y découvre la peinture, outil de survie et de libération. Autodidacte, elle s’inspire de l’art brut et de l’art outsider pour forger un langage personnel.
L’entrée dans le Nouveau Réalisme
Dans les années 1960, Niki de Saint Phalle rejoint le mouvement des Nouveaux Réalistes, aux côtés de Yves Klein, César, Arman et Christo. Elle invente alors ses célèbres Tirs, performances où elle tire à la carabine sur des assemblages contenant des poches de peinture. Les impacts libèrent des éclats colorés et transforment la toile en scène d’action. Ces gestes expriment une colère profonde contre la société, la domination masculine et l’injustice.
La rencontre décisive avec Jean Tinguely
En 1960, elle croise le chemin de Jean Tinguely, sculpteur suisse connu pour ses machines ludiques et poétiques. Leur relation, passionnée et créative, dure plus de vingt ans. Ensemble, ils réalisent des œuvres majeures comme la Fontaine Stravinsky à Paris ou Le Cyclop à Milly-la-Forêt. Leur complicité dépasse l’atelier : ils partagent la même vision d’un art accessible, joyeux et provocateur.

Les Nanas, icônes de liberté
En 1965, Niki imagine ses premières Nanas. Ces sculptures féminines rondes, colorées et dansantes deviennent rapidement sa signature. Elles célèbrent la vitalité, l’autonomie et la diversité des corps. Les Nanas s’installent dans les musées, les places publiques et même sur des façades d’immeubles. Pourtant, l’artiste rappelle souvent qu’elles ne sont qu’une étape de son parcours, et non son unique identité artistique.
Rêves monumentaux et jardins enchantés
L’ambition de Niki de Saint Phalle dépasse le cadre de la sculpture isolée. En Toscane, elle conçoit le Jardin des Tarots, vaste ensemble architectural inspiré des arcanes majeurs. Commencé en 1979, ce lieu est achevé près de vingt ans plus tard. Elle y vit et y travaille, transformant chaque structure en sculpture habitée.

En Californie, elle réalise le Queen Califia’s Magical Circle, et à Jérusalem, le Golem ainsi que l’Arche de Noé. Ces projets associent couleurs vives, formes monumentales et espaces interactifs. Ils traduisent sa conviction que l’art doit être un lieu de jeu et de rencontre.
Engagements et combats personnels
Féministe revendiquée, Niki milite pour la libération des femmes et la lutte contre le racisme. Dans les années 1990, elle s’engage activement dans la prévention du sida. En 1994, elle réalise un film éducatif avec son fils pour sensibiliser le public. Ses œuvres, souvent joyeuses, portent en filigrane un message politique et humaniste.
Les dernières années et son souvenir
Dès la fin des années 1970, l’exposition prolongée aux résines et poussières de polyester provoque de graves problèmes respiratoires. En 1994, elle s’installe à La Jolla, en Californie, où elle aménage un atelier adapté à sa santé fragile. Elle y poursuit la sculpture jusqu’à sa mort en 2002.
Aujourd’hui, l’exposition du Grand Palais permet de parcourir toute sa trajectoire, de ses débuts autodidactes à ses réalisations monumentales. Ce rendez-vous rend hommage à une artiste ayant transformé ses blessures en œuvres puissantes. Elle reste, plus que jamais, une figure majeure de l’art contemporain.
