
Nice se déploie depuis la colline du Château, loin de l’immeuble concerné par l’affaire. Cette vue générale situe le récit sans désigner ses habitants. Crédits : Mike is Michi / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.
À Nice, des habitants affirment vivre encore avec des cafards, des punaises de lit et de fortes odeurs. Près de onze mois plus tôt, une ordonnance de référé avait autorisé l’ouverture et le traitement du logement infesté. La décision établit l’urgence sanitaire de septembre 2025, mais l’état actuel et les raisons d’une éventuelle non-exécution restent à confirmer.
Une infestation documentée par le tribunal
L’ordonnance de référé du tribunal judiciaire de Nice, rendue le 11 septembre 2025, constitue le document le plus solide sur cette affaire. Le juge y retient qu’un appartement était fortement infesté de punaises de lit et de cafards. Il décrit un état de saleté avancé et constate que les nuisibles avaient gagné les parties communes. Le syndicat des copropriétaires situait le début de la crise sanitaire au 15 juin 2025.
Quatre factures de désinsectisation étaient datées des 20 juin, 4 juillet, 18 juillet et 7 août 2025. Elles avaient alors porté la dépense de la copropriété à 17 214,64 euros. Dans un courriel versé à la procédure, l’entreprise mandatée signalait des punaises de lit jusque dans le couloir. Elle décrivait aussi une infestation massive de cafards. La mention de nuisibles « par milliers » concernait les punaises de lit, pas les cafards.
L’entreprise affirmait avoir effectué quatre passages complets. Selon les pièces résumées par le juge, le traitement ne pouvait cependant pas être achevé sans déplacer les effets personnels présents dans le logement. Des photographies et des attestations de résidents avaient aussi été communiquées au tribunal. Le propriétaire concerné, régulièrement assigné, n’était ni présent ni représenté à l’audience. La décision a donc été rendue à partir des éléments produits par le syndicat.
Le juge a condamné le propriétaire à verser une provision de 18 000 euros à la copropriété. Il a surtout désigné une commissaire de justice pour faire ouvrir l’appartement, au besoin avec un serrurier. Cette mesure devait permettre l’enlèvement temporaire des meubles et un traitement intégral. Les effets personnels pouvaient être placés dans un garde-meuble. L’intervention restait soumise à une provision de 800 euros. La commissaire devait aussi être saisie dans le mois suivant l’ordonnance.
Onze mois plus tard, des habitants disent subir encore les nuisibles
Dans un reportage publié le 11 août 2026, BFM Côte d’Azur donne la parole à deux habitants de l’immeuble. Sami Abed évoque des cafards, des punaises de lit et des odeurs. Laurie-Anne rapporte un épisode d’angoisse au cours duquel elle dit avoir inhalé un cafard.
Cette dernière affirme également que l’ordonnance obtenue en septembre 2025 n’a toujours pas été exécutée. Son témoignage est direct, mais il n’est accompagné d’aucune réponse du syndic, de la commissaire de justice ou du propriétaire concerné. Aucune pièce publique postérieure n’établit si l’accès au logement a eu lieu. Il est aussi impossible de savoir si un traitement partiel ou une nouvelle procédure ont suivi.
La durée exacte des nuisances demeure elle aussi incertaine. BFM parle de plusieurs années, tandis que le dossier judiciaire ne documente la problématique sanitaire qu’à partir du 15 juin 2025. Faute d’élément indépendant, la non-exécution de la décision ne peut être présentée comme acquise. Sa responsabilité ne peut pas davantage être attribuée à un acteur précis.
Une mesure d’urgence aux effets strictement encadrés
Une ordonnance de référé vise à répondre rapidement à une urgence ou à faire cesser un trouble manifeste. Elle ne règle pas nécessairement tout le litige au fond. Dans cette affaire, elle a encadré l’accès de la copropriété au logement. Elle préservait temporairement les biens et devait permettre à l’entreprise de terminer son intervention.
Le délai d’un mois mérite une attention particulière. Le tribunal a prévu que la désignation de la commissaire de justice deviendrait caduque si celle-ci n’était pas saisie à temps. Cela ne signifie pas que toute l’ordonnance disparaissait, mais que ce levier précis perdait son effet. Or aucune source disponible ne permet de savoir si la saisine a été faite avant le 11 octobre 2025.
Cette inconnue est décisive pour comprendre l’écart entre la décision et la situation décrite aujourd’hui. Un retard pourrait tenir à une absence de saisine, à une difficulté d’accès ou à une contestation. Une intervention incomplète ou une nouvelle infestation sont aussi possibles. Aucun de ces scénarios ne peut être privilégié sans document ou réponse contradictoire.
Le « syndrome de Diogène » n’est pas un diagnostic établi ici
BFM présente le voisin comme atteint du syndrome de Diogène. Cette expression n’apparaît pourtant pas dans l’ordonnance, qui décrit des faits matériels : accumulation d’effets personnels, saleté avancée, odeurs et infestation. Aucun document médical ni témoignage d’un soignant autorisé ne vient confirmer un diagnostic. Pour ce dossier, la formule prudente reste donc celle de situation d’incurie dans le logement.
La distinction n’est pas seulement sémantique. Associer automatiquement un logement dégradé à un trouble psychiatrique imposerait à une personne une qualification médicale non vérifiée. Cela risquerait aussi de masquer les responsabilités concrètes. Les faits établis concernent ici la salubrité, l’accès au logement, les traitements engagés et leurs effets sur le voisinage.
À titre général, l’Agence régionale de santé Grand Est souligne que les situations d’incurie peuvent mêler isolement, désorganisation psychique, précarité et accumulation. Elle recommande une réponse coordonnée entre services de santé, action sociale, bailleurs, collectivités et, parfois, justice. Ce cadre général ne permet toutefois pas de tirer de conclusion clinique sur le cas niçois.

Qui contacter face aux cafards dans une copropriété ?
Les voisins confrontés à des cafards dans une copropriété ont intérêt à conserver des éléments datés. Il peut s’agir de photographies des parties communes, de courriels au syndic, d’attestations, de rapports ou de factures. Ces pièces permettent de distinguer un incident ponctuel d’un trouble durable et d’établir la propagation éventuelle entre espaces privatifs et communs.
À Nice, la Ville propose une procédure de signalement des situations d’insalubrité ou d’hygiène. La plainte doit être écrite et préciser les coordonnées du demandeur, l’adresse, la nature du problème et, si possible, joindre des documents. Les inspecteurs de salubrité peuvent alors orienter ou instruire le signalement selon leur champ de compétence. La lutte contre les insectes sur le domaine public relève d’un service distinct. Dans un immeuble privé, le syndic reste un interlocuteur central pour les parties communes.
Lorsque l’incurie d’un logement se double d’une vulnérabilité sociale ou psychique, la désinsectisation ne suffit pas toujours. Plusieurs acteurs peuvent devoir coordonner leurs interventions : service communal d’hygiène, centre communal d’action sociale, professionnels de santé et secteur du logement. L’objectif est double : protéger les voisins et éviter qu’une réponse seulement coercitive ne déplace ou ne reproduise le problème.
Les réponses encore nécessaires
Le dossier judiciaire explique précisément pourquoi le tribunal a autorisé une intervention d’urgence en septembre 2025. Il ne raconte pas ce qui s’est passé ensuite. Pour mesurer l’efficacité de l’ordonnance, il faut d’abord savoir si la commissaire de justice a été saisie à temps. Il reste aussi à établir quelles opérations ont été menées et quel est l’état des parties communes. Enfin, l’éventuelle sollicitation des services sanitaires ou sociaux doit être vérifiée.
Ces réponses doivent venir du syndic, des intervenants mandatés et des autorités compétentes. Elles doivent aussi être demandées au propriétaire concerné ou à son représentant. En leur absence, deux constats s’imposent. L’infestation de 2025 est judiciairement documentée. Sa persistance en août 2026 repose encore sur les témoignages recueillis par BFM.