Florence Pugh et Zoe Kazan réinventent Cathy pour porter toute la saga de Steinbeck sur sept épisodes Netflix

Christopher Abbott, interprète d’Adam Trask, devant les photographes au Festival international du film de Toronto en 2024. La série lui confie les origines du conflit familial avant de suivre la génération suivante. Crédits : Kevin Payravi, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Crédits : Kevin Payravi, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Depuis le 1er octobre 2026, Netflix diffuse les sept épisodes d’À l’est d’Éden. Zoe Kazan adapte le roman de John Steinbeck. Avec Florence Pugh en Cathy Ames, la minisérie embrasse plusieurs décennies et déplace le regard sur cette figure controversée. Les premières critiques saluent largement la distribution. Elles discutent cependant la portée de ce recentrage et la manière de traduire le libre arbitre à l’écran.

Sept épisodes pour deux générations

Connue sous son titre original East of Eden, la série reprend les rivalités des Trask, du Connecticut à la vallée de Salinas, en Californie. Adam, joué par Christopher Abbott, et Charles, incarné par Mike Faist, grandissent sous l’autorité brutale de leur père Cyrus. L’arrivée de Cathy bouleverse leur relation. La saga se prolonge avec les fils d’Adam, Cal et Aron, dans une Amérique qui s’achemine vers la Première Guerre mondiale.

D’après les crédits publiés par Netflix, Zoe Kazan est scénariste, productrice exécutive et coresponsable de la série avec Jeb Stuart. Garth Davis et Laure de Clermont-Tonnerre en assurent la réalisation. Florence Pugh est également productrice exécutive.

La distribution d’À l’est d’Éden comprend aussi Hoon Lee, dans le rôle de Lee, et Ciarán Hinds, qui interprète Samuel Hamilton. Leur présence permet de conserver deux interlocuteurs essentiels des Trask : le domestique de la famille et son voisin. Leurs échanges donnent une autre place au doute et à la transmission que les affrontements entre frères.

Christopher Abbott au Festival international du film de Toronto en 2024. Dans ‘À l’est d’Éden’, il joue Adam Trask, dont le parcours relie les deux générations racontées par la minisérie. Crédits : Kevin Payravi, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.
Christopher Abbott au Festival international du film de Toronto en 2024. Dans ‘À l’est d’Éden’, il joue Adam Trask, dont le parcours relie les deux générations racontées par la minisérie. Crédits : Kevin Payravi, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Le film de 1955 ne racontait qu’une partie du livre

Publié en 1952, le roman de John Steinbeck entrelace les histoires des Trask et des Hamilton. Il transpose le récit biblique de Caïn et Abel dans une société faite d’inégalités, de migrations et d’espoirs de recommencement. La jalousie entre frères et la recherche de l’amour paternel s’y répètent d’une génération à l’autre. La question qui les traverse est celle de la liberté : peut-on échapper aux fautes de ses parents ?

En 1955, le film d’Elia Kazan, avec James Dean dans le rôle de Cal, concentrait l’intrigue sur la dernière partie du livre. Charles, Cyrus et Lee en étaient absents. La version de sa petite-fille Zoe remonte en amont. Elle montre la jeunesse d’Adam et de Charles, puis la formation du couple Adam-Cathy, avant de suivre leurs enfants. Le passage à la série rend ainsi visibles les origines des conflits de la seconde génération.

Le format long ne garantit toutefois pas une restitution intégrale. Dans RogerEbert.com, Lacy Baugher souligne que l’histoire des Hamilton reste largement réduite. Zoe Kazan reconnaît elle-même, auprès de Tudum, que sept heures ne peuvent contenir tout le roman.

Mike Faist lors d’un entretien autour du casting de ‘Challengers’ en 2024. Il incarne Charles Trask, le frère d’Adam, dont la rivalité ouvre la mécanique familiale de ‘À l’est d’Éden’. Crédits : Sam Rubin, Vimeo, CC BY 3.0.
Mike Faist lors d’un entretien autour du casting de ‘Challengers’ en 2024. Il incarne Charles Trask, le frère d’Adam, dont la rivalité ouvre la mécanique familiale de ‘À l’est d’Éden’. Crédits : Sam Rubin, Vimeo, CC BY 3.0.

Cathy, un personnage à comprendre sans l’absoudre

Le choix le plus marqué concerne Cathy Ames. Dans un entretien accordé à Tudum, le média de Netflix, Zoe Kazan explique vouloir déployer ce que le livre laisse entrevoir du personnage. Elle cherche à lui donner une existence humaine au-delà de sa fonction d’incarnation du mal.

Pour Lacy Baugher, Florence Pugh apporte effectivement une complexité supplémentaire à Cathy. La critique de RogerEbert.com distingue ce travail d’une réhabilitation : le personnage conserve sa violence et sa responsabilité. Son besoin d’autonomie et les épreuves qu’elle a traversées éclairent ses décisions sans les rendre innocentes.

Vicky Jessop, dans NME, insiste davantage sur les contraintes imposées à Cathy par les hommes qui prétendent décider de son avenir. Elle relève que même Adam, présenté comme bienveillant, entend choisir leur vie commune sans tenir compte de ses désirs. Cette lecture déplace le regard vers les rapports de pouvoir du couple, tout en laissant intacte la brutalité des actes de Cathy.

En France, Charles Martin souligne également dans Première le changement de perspective annoncé dès l’ouverture. La série aborde la saga par Cathy, avant d’atteindre la Californie. Ce déplacement du point de vue constitue une différence de construction avec le roman.

Le libre arbitre passe par Lee et Samuel

Le troisième choix tient à la place du timshel. Dans le roman, ce mot est interprété comme « tu peux » : il exprime la possibilité de choisir sa conduite. Il faut le comprendre comme la lecture mise en scène par Steinbeck, et non comme une traduction hébraïque incontestée. L’enjeu dépasse la seule opposition entre un bon et un mauvais frère. L’héritage familial pèse sur les personnages sans nécessairement déterminer leur avenir.

Zoe Kazan explique à Tudum que cette capacité de changement guide son adaptation. Elle décrit aussi une difficulté propre au passage à l’écran. Les pensées auxquelles le lecteur accède doivent devenir des actions, des dialogues ou des images.

Lee et Samuel Hamilton portent une partie de cette réflexion. Scott Collura, dans IGN, juge leurs échanges philosophiques particulièrement réussis et distingue l’interprétation de Hoon Lee. Selon lui, leur relation fait exister le libre arbitre entre des personnages. L’idée ne reste plus seulement abstraite.

Ciarán Hinds en 2022, lors d’un entretien consacré au film ‘Belfast’. Dans ‘À l’est d’Éden’, il prête ses traits à Samuel Hamilton, l’un des passeurs de la réflexion sur le libre arbitre. Crédits : WelcomeScreenUK, YouTube, CC BY 3.0.
Ciarán Hinds en 2022, lors d’un entretien consacré au film ‘Belfast’. Dans ‘À l’est d’Éden’, il prête ses traits à Samuel Hamilton, l’un des passeurs de la réflexion sur le libre arbitre. Crédits : WelcomeScreenUK, YouTube, CC BY 3.0.

Des réserves sur la profondeur et l’équilibre

La même critique d’IGN relève cependant des dialogues qui explicitent trop nettement les dilemmes moraux. Lorsque les personnages énoncent ce que leurs actes ont déjà montré, la démonstration risque de prendre le pas sur le drame.

Lucy Mangan, dans The Guardian, formule une réserve plus large. Elle salue la puissance de la saga familiale, la réalisation visuelle et les acteurs, mais juge moins convaincante l’exploration de la nature humaine. Sur Cathy, son avis diffère de celui de Lacy Baugher. Malgré Florence Pugh, elle estime que le personnage reste davantage offert au regard que pleinement développé.

Baugher relève de son côté un déséquilibre lié à la force de l’actrice. Les passages où Cathy est moins présente lui paraissent moins aboutis, notamment dans l’écriture d’Adam. Dans Télérama, Marjolaine Jarry salue le renouvellement du regard sur les personnages tout en reprochant au dénouement sa précipitation et son manque de finesse.

Un accueil favorable, sans verdict sur l’audience

Au 2 octobre 2026, Rotten Tomatoes affiche 85 % de critiques favorables sur 33 avis. Metacritic attribue à la saison une note de 80 sur 100, calculée à partir de 24 critiques. Ces indicateurs, susceptibles d’évoluer, ne mesurent pas la même chose. Le premier établit une proportion d’avis positifs, le second un score agrégé.

Ils établissent un accueil initial largement favorable, sans unanimité, et ne renseignent pas sur le nombre de spectateurs. À la même date, Rotten Tomatoes recense moins de cinquante évaluations du public et Metacritic n’affiche pas encore de note des internautes. Il est donc trop tôt pour conclure à un consensus des spectateurs.

Cet article a été rédigé par Émilie Schwartz.