
Sur RTL puis sur France 2, Muriel Robin lâche une phrase qui claque, sans ruban, sans vernis : le cinéma l’aurait « flinguée ». À l’approche de la sortie de ‘La Pire mère au monde’ le 24 décembre 2025, elle partage ses réflexions. En effet, elle évoque l’attente des scénarios jamais concrétisés et le coût d’une franchise excessive. De plus, elle aborde ce que la comédie révèle sur les liens familiaux. Entre interview, promotion et confession, elle remet sur la table une question que le milieu préfère souvent laisser au vestiaire : homophobie dans le cinéma français, qui a le droit d’être visible, et à quelles conditions.
La salle d’attente, ou l’art d’être aimée sans être choisie
Il y a, dans la voix de Muriel Robin, un grain qui ne s’excuse plus. C’est une manière de poser les mots tel qu’on dépose une valise trop lourde sur le carrelage froid. En effet, c’est à cet instant précis qu’on réalise qu’on ne s’assiéra pas. Le 21 décembre 2025, au micro de RTL, Muriel Robin ne joue ni la confidence calculée ni le règlement de comptes spectaculaire. Elle raconte surtout la fatigue d’un désir ancien, obstiné, presque enfantin, celui d’être emmenée quelque part par le cinéma.
Le paradoxe la suit depuis des décennies et lui serre la gorge au moment de le formuler. Le public, dit-elle, l’a portée. Le public l’a consolée. Il l’a même sauvée, à sa manière, par ce mélange d’amour et d’identification qu’aucun agent ne négocie. Cependant, cette chaleur, bien réelle, n’a jamais remplacé l’autre attente, plus intime et plus cuisante. Celle du rôle de cinéma qui arrive enfin du scénario qui franchit la porte. Ou encore de l’appel qui tombe comme une main sur l’épaule.
Dans une industrie où, rappelle-t-elle sur RTL, environ 250 films seraient produits chaque année, elle ressentait une exclusion. En effet, elle dit avoir eu le sentiment d’être tenue à l’écart. Elle avance une image, presque impossible à vérifier et pourtant terriblement parlante : 1 500 scénarios qui circuleraient, « sans qu’il n’y en ait pas un » qui arrive jusqu’à elle. À l’antenne, elle le présente comme une expérience vécue, pas comme un tableau comptable. Et c’est cela qui fait mal : le chiffre n’est qu’une manière de dire l’invisible. En outre, il représente le mécanisme par lequel on ne vous refuse même pas. On vous oublie.
La formule qu’elle lâche, brutale, a la netteté d’un couperet : « Le cinéma, ça m’a flinguée. » Le mot choque parce qu’il ne cherche pas l’élégance. Il tranche dans le tissu feutré des interviews promotionnelles. Il raconte l’expérience d’une comédienne qui, malgré la reconnaissance, se décrit comme « maniable ». De plus, elle se considère au service d’une histoire et a vécu l’absence de choix comme une violence. Ce n’est pas seulement l’absence d’un film. C’est le sentiment d’une porte qu’on ne franchit pas, d’une pièce où l’on n’est pas invitée, d’un casting qui se fait sans même votre nom sur la table.

Pour expliquer ce qu’elle perçoit comme un frein, Muriel Robin ne brandit pas une théorie. Elle aligne des motifs et presque des interdits, comme si l’on dressait une liste mentale. Ainsi, cela ressemble à une énumération de ce qu’il faudrait taire. Par ailleurs, elle parle toujours sur RTL du fait de « dire ce qu’on pense » et d’évoquer la dépression. Elle mentionne aussi l’alcoolisme, « voir des psys », et « vivre avec une femme ». Elle ne prononce pas le mot de boycott. Elle raconte un climat, des réflexes, une manière d’être renvoyée à une identité ou à une réputation. Et derrière ces confessions, une autre question affleure, plus sèche, plus professionnelle : quelle part de soi un acteur est-il autorisé à laisser entrer dans le dossier ?
Dans le cinéma, on aime les trajectoires bien rangées. On préfère apprendre les fragilités une fois l’Ours ou le César en poche. À ce moment, elles deviennent rétrospectivement romanesques. L’aveu, à chaud, gêne, car il rappelle que le métier est un art et un marché de confiance. Dans ce marché, on vend avec un film une promesse de stabilité. Or Muriel Robin fait l’inverse : elle exhibe la fêlure avant la victoire, comme on refuse de payer d’avance l’addition des mensonges.
Le retour avec ‘La Pire mère au monde’, comédie judiciaire et drame discret
Cette séquence radiophonique est singulière, car elle se déroule précisément lorsque l’actrice revient sur le grand écran. Le 24 décembre 2025, Muriel Robin est annoncée à l’affiche de ‘La Pire mère au monde’, une comédie française de 2025 réalisée par Pierre Mazingarbe, où elle partage l’écran avec Louise Bourgoin. Le calendrier n’a rien d’innocent. La sortie, à la veille de Noël, s’inscrit dans un imaginaire de retrouvailles et de tables familiales. De plus, elle évoque une tendresse espérée ainsi que des rancunes mal rangées. Et le film, justement, travaille cette zone.
D’après le synopsis présenté par les circuits d’exploitation, l’intrigue oppose une fille à sa mère. En fait, elles se retrouvent face à face. En effet, une longue séparation les a écartées l’une de l’autre. Louise, substitut du procureur, n’a pas vu sa mère Judith depuis quinze ans. Elle est mutée dans un tribunal dans lequel Judith travaille comme greffière. Dans ce renversement de la hiérarchie, Louise devient la cheffe de sa propre mère. L’idée est simple, donc féconde. Elle crée un malaise mécanique, celui qu’on reconnaît en riant. En effet, le parent immuable se retrouve sous votre autorité. Ainsi, l’enfance remonte soudainement à la surface comme une vieille marée.
Ce renversement fait plus que déclencher des scènes. Il organise un rythme. D’un côté, on trouve la précision d’un quotidien professionnel avec ses procédures, ses couloirs et ses phrases à demi-mots. C’est un théâtre administratif où l’on se jauge sans jamais dire franchement les choses. De l’autre, le désordre intime déborde avec l’ancienne fille qui voudrait faire « comme si ». La mère se raidit, et ce silence familial s’invite entre deux dossiers. La comédie judiciaire n’est pas un décor. Elle fabrique une contrainte, un huis clos public. Elle impose des retrouvailles sous surveillance, dans un lieu où l’autorité se joue et se prouve.
Judith, interprétée par Muriel Robin, apparaît dure, incapable de dire l’amour. Une dureté qui ne s’exhibe pas, qui travaille en sourd, comme une langue étrangère qu’on n’a jamais apprise. Le film, tel qu’il est présenté, tient alors sa promesse : faire rire avec des nerfs, et non avec des grimaces. On n’est pas dans la mère monstrueuse de boulevard. En revanche, on trouve une figure plus complexe. La violence affective a peut-être été une forme maladroite de protection.
Et puis il y a Louise Bourgoin, en face, dont l’élégance légèrement décalée se prête bien aux rôles de femmes qui tiennent debout tout en vacillant. Le dispositif mère et fille, au cinéma, est un piège facile : il suffit d’une larme et d’un pardon pour fermer la scène. Ici, l’outil judiciaire, la hiérarchie inversée, l’obligation de collaborer, promettent autre chose : une réconciliation arrachée, pas offerte. Une paix qui se travaille comme un dossier, phrase après phrase, preuve après preuve.
Dans ses prises de parole, Muriel Robin compare ce rôle à une histoire mère fille. Celle-ci est marquée par la dureté et la recherche d’un « apaisement ». Elle parle d’une mère « un peu dure », d’une manière d’aimer sans le vocabulaire. Elle évoque une souffrance cachée derrière la rudesse, puis la possibilité d’une paix à trouver. Cela survient quand on accepte tard de regarder ce qui a été donné autant que ce qui a manqué. Rien de psychologisant, rien de clinique. Plutôt une morale de roman : les liens fondateurs se relisent à plusieurs âges, et la lucidité, parfois, ressemble à une seconde chance.
Ce retour au cinéma, chargé d’une promesse de réconciliation, n’efface pas l’amertume exprimée sur RTL. Il la met en perspective. Il la rend plus émouvante aussi, parce qu’il rappelle que l’attente a été longue. Le désir n’a pas changé de nom, mais il faut parfois accepter de revenir par la porte de la comédie. Celle qui a l’air légère permet d’aborder, en dessous, des matières très lourdes.
France 2, RTL, et le théâtre d’une parole en circulation
L’autre scène de ce retour se joue hors de la salle. Dans les médias. Sur France 2, dans ‘20h30 le dimanche’, Laurent Delahousse accompagne Muriel Robin en balade à Paris. Le dispositif est connu, marche urbaine, confidences au fil des lieux, fragments déposés entre deux plans. Mais l’intérêt, ici, tient à la collision entre l’intime raconté et le métier montré.
Car Muriel Robin n’arrive pas avec un récit lisse. Elle vient avec des échardes. Son rapport au succès, au désir d’être choisie, à la dureté qu’elle dit avoir portée, donne une densité particulière. Tout cela contribue à l’exercice. L’entretien devient traversé. Le promotionnel s’entend comme une tentative d’ajuster l’image publique à ce que la personne estime vrai.
Ce qui frappe, dans ces jours de décembre, c’est la manière dont les phrases circulent. Elles s’extraient de l’antenne, se répètent, se commentent, se coupent en séquences brèves. Une phrase comme « Le cinéma, ça m’a flinguée » vit sa vie et devient un titre. Ensuite, elle suscite une discussion sur le système, puis sert de miroir. Chacun y projette sa propre expérience de l’exclusion. À l’inverse, les phrases plus fragiles expriment la dépression, la honte, l’alcool ou les psys. Elles risquent de se réduire à des mots-clés.
L’actrice, pourtant, semble chercher autre chose qu’un choc de surface. Elle cherche une cohérence. Elle oppose, sur RTL, la « pommade » du succès public à la frustration persistante de n’avoir « jamais été choisie ». Dans cette opposition, il y a une vérité d’artiste : le théâtre offre la rencontre immédiate, mais le cinéma, lui, fabrique la trace. Être au cinéma, c’est être inscrit. C’est appartenir à une mémoire collective qui se revoit, se partage, se cite. Ne pas y entrer, c’est comme rester sur le quai, à regarder passer les wagons.
Le hors-champ Brigitte Macron, polémique et prudence de rigueur
Au milieu de cette actualité culturelle, un autre sujet vient s’inviter, plus inflammable. Le 17 décembre 2025, sur RTL, Muriel Robin réagit à la polémique. Celle-ci est née d’une vidéo où Brigitte Macron qualifie des militantes féministes de « sales connes ». Ces propos ont été tenus en coulisses, à Paris, aux Folies Bergère. L’actrice dit connaître un peu la Première dame. Et elle dit surtout ne pas la reconnaître « quand elle fait ça ». Puis, elle tranche : « On ne peut pas dire ça. »

La séquence dépasse les habitudes du commentaire people. Elle touche à une question de langage, de position, de responsabilité symbolique. Le 16 décembre 2025, RTL rapporte qu’une plainte contre Brigitte Macron pour injure publique a été déposée par des associations et militantes féministes, dont Les Tricoteuses hystériques et MeTooMedia, qui disent se considérer atteintes par ces propos. La procédure, à ce stade, suit son cours. La qualification juridique et l’appréciation des faits appartiennent à la justice, et la prudence s’impose.
Dans sa réaction, Muriel Robin ne s’érige pas en procureure. Elle avance une hypothèse, « d’après » son interprétation : l’épuisement de se taire, le ras-le-bol possible d’une femme exposée. Elle rappelle aussi que la scène se déroulerait dans un cercle restreint. Cependant, elle ajoute que cela ne suffit pas à rendre l’expression acceptable. Cette position, paradoxalement, dit quelque chose de l’époque : on peut comprendre la fatigue sans avaliser le mot. On peut tenir ensemble empathie et limite.
Surtout, il faut maintenir ce hors-champ à sa place. Il accompagne l’actualité de l’actrice parce qu’il a été commenté sur la même antenne, au même moment. Il n’explique ni son retour au cinéma ni ses difficultés passées. Il dessine, en revanche, le paysage médiatique actuel. Dans ce contexte, une parole d’artiste circule désormais entre promotion, débat moral et réflexe de tribunal public.
Dire ou se taire, l’intime utile, Anne Le Nen comme point d’équilibre
Dans ce jeu de paroles, il y a aussi une vie partagée et un couple. Sans devenir un argument, ce couple éclaire un motif récurrent : la décision de ne plus se cacher. Par ailleurs, il aborde la gestion quotidienne de la visibilité. Muriel Robin vit avec l’actrice Anne Le Nen, sa compagne, et l’existence de ce lien, assumée publiquement, donne une densité particulière aux phrases sur « vivre avec une femme ». Il ne s’agit pas d’étaler une intimité, encore moins d’en faire un symbole. Il est essentiel de comprendre le coût parfois élevé de l’accord entre ce que l’on vit et montre.

Dans des portraits récents, le couple est montré comme un lieu de rituels minuscules et de décisions structurantes. Ces gestes tiennent debout, même lorsque l’extérieur vous dissèque. Ce n’est pas le roman rose. C’est une discipline. Et peut-être une méthode de survie : ne pas négocier sans fin avec soi-même. De plus, ne pas transformer sa vie en secret honteux. Enfin, ne pas laisser les autres écrire le scénario à votre place.
Là se noue une question centrale. Quand Muriel Robin évoque publiquement la dépression ou l’alcoolisme, elle ne demande pas l’indulgence. Elle constate le prix, dans un milieu où l’image de solidité fonctionne comme une monnaie. Dire, c’est risquer de perdre un rôle. Se taire, c’est se perdre soi-même. La tension est là, et elle traverse bien au-delà de son cas.
Le placard et les rôles, une mécanique sans noms propres
Le débat revient régulièrement en France, comme une vague persistante : l’orientation sexuelle pèse-t-elle sur les carrières ? De plus, influence-t-elle la distribution des rôles ou encore la crédibilité romantique d’un acteur ou d’une actrice ? Muriel Robin a déjà affirmé, en 2023 selon des propos rapportés, connaître « des acteurs homos français » qui se taisent. La formulation, à dessein, reste sans noms. Elle pointe un mécanisme, non des personnes.
À la même période, Valérie Lemercier a été invitée sur RTL. Elle a répondu « probablement » à une question importante. En effet, on l’interrogeait sur un cinéma français potentiellement homophobe, selon des propos rapportés par la station. Et Les Inrockuptibles ont relayé le témoignage du comédien Farid-Éric Bernard, qui dit avoir vu sa carrière « quasiment mise à l’arrêt » après son coming out. Trois paroles, trois angles, un même point de fuite : ce que l’on est, ou ce que l’on croit être, peut encore être perçu comme un risque de casting.
Ces récits, pris isolément, ne constituent pas un verdict. Ils composent un faisceau. Ils dessinent une industrie où la désirabilité reste une condition tacite, où le public est anticipé comme juge, où la prudence économique décide parfois à la place des spectateurs. On ne vous le dira pas en réunion. On vous le fera sentir, plus tard, dans la rareté des propositions.
Là encore, l’essentiel tient dans une nuance. Il ne s’agit pas de décréter que tout rôle est refusé pour de mauvaises raisons. Il s’agit de reconnaître qu’une carrière se construit aussi dans l’invisible et les discussions sans traces. En outre, elle se développe dans les projections d’image et ces petites peurs devenant des choix artistiques. Dire « je vis avec une femme », c’est être renvoyée à une catégorie, parfois malgré soi. Ne pas le dire, c’est accepter une fiction permanente. Le cinéma, art de la fiction, se révèle alors incapable de tolérer certaines vérités.
Et l’on touche ici à une ironie tenace. Le septième art adore raconter l’émancipation, la singularité, le courage de vivre à sa guise. Il aime les personnages libres, surtout quand ils restent, au casting, parfaitement rassurants. Dès que la liberté se confond avec une biographie, elle devient, pour certains, un paramètre de risque. La fiction se cabre devant le réel, comme si l’un menaçait l’autre.
Un film, une phrase et la question de ce qu’on attend encore
Le retour de Muriel Robin en salles, avec ‘La Pire mère au monde’, arrive donc chargé de couches superposées. Il y a la comédie, son tempo, ses piques, ses maladresses qui font rire parce qu’elles révèlent une peine. La maternité est un nœud, une matière française par excellence, où l’on apprend tard à dire « je t’aime ». De plus, on y confond souvent amour et contrôle. Il y a enfin la parole publique, qui ne s’arrête plus à la promotion. Elle déborde sur le débat de société et accroche au passage une polémique autour de la Première dame. Ensuite, elle revient à l’industrie et à ses placards.
Au fond, l’actrice raconte la même histoire sous plusieurs angles. Celle d’une personne qui a été aimée sans être choisie. Celle d’une femme qui a payé, dit-elle, le prix de la franchise. C’est celle d’une artiste qui, à 70 ans, se présente sans fard. Elle ne le fait pas pour solder le passé, mais pour tenir debout dans le présent.
Et le cinéma, dans tout cela ? Il reste ce lieu de désir, cette promesse d’être emmenée quelque part. Il reste une salle d’attente. Mais une salle où, parfois, le nom finit par s’afficher. Un film sort un 24 décembre. Une mère s’appelle Judith. Une fille se retrouve cheffe de sa mère. Et, dans le rire, on entend la question la plus sérieuse qui soit : qui choisit qui, et à quel prix.
Pour prolonger le hors-champ médiatique de ce retour, on peut revoir Muriel Robin dans l’émission ‘Quelle époque !’. Elle est diffusée le samedi 20 décembre 2025 sur France 2 et disponible en streaming. En outre, elle est aussi accessible en replay via Molotov.