
Le 23 septembre 2025, à Beyrouth, Ziad Takieddine, 75 ans, s’est éteint. Personnage-clé des affaires Karachi et Sarkozy-Kadhafi, celui qui revendiquait avoir convoyé des valises de cash entre Tripoli et Paris laisse derrière lui un fil judiciaire toujours tendu, à deux jours du jugement attendu à Paris. Retour sur un parcours où les réseaux comptent autant que les preuves.
Les faits, l’annonce, les précisions
La mort de Ziad Takieddine a été annoncée le 23 septembre 2025 par son avocate, Élise Arfi, puis confirmée par sa famille. Le décès est survenu à Beyrouth. Sur la cause, un point demeure : des médias évoquent une longue maladie, quand d’autres ne la précisent pas. L’information reste capitale, car elle survient quarante-huit heures avant le jugement de Nicolas Sarkozy au tribunal correctionnel de Paris. En effet, cela se passe dans le cadre du procès pour financement libyen (2007).
Portrait : d’Isola 2000 aux salons feutrés des contrats sensibles
Né en 1950 à Baakline (Mont-Liban), formé à l’American University of Beirut puis au Royaume-Uni, Takieddine commence publicitaire, avant de prendre la direction d’Isola 2000 en 1979. Dans cette station des Alpes-Maritimes, les réseaux se tissent : ministres, patrons de presse, industriels. Le carnet d’adresses devient un capital. À partir des années 1990, il opère comme intermédiaire dans des contrats internationaux, notamment pour l’armement. Ses pas le mènent de Paris à Riyad, puis à Tripoli.
L’homme cultive l’entregent et la flamboyance : hôtel particulier près du Trocadéro, yacht, résidences à l’étranger. Sa trajectoire épouse les zones grises d’une mondialisation où se mêlent commissions, paradis fiscaux et diplomaties parallèles. Son nom apparaît, à partir de 2011, au cœur de révélations reliant des responsables français à des flux opaques. L’intéressé s’en défend, se raconte, se rétracte parfois, puis réaffirme.
L’affaire libyenne : valises, rétractation et procès de Nicolas Sarkozy (2025)
Au centre du dossier dit « Sarkozy-Kadhafi », Ziad Takieddine affirme avoir transporté environ 5 millions d’euros en liquide entre fin 2006 et début 2007. Selon son récit, il y a eu trois voyages depuis la Libye vers Paris. Ainsi, des valises ont été remises place Beauvau quand Nicolas Sarkozy était ministre de l’Intérieur. À cette période, Claude Guéant était son directeur de cabinet. L’ex-président a toujours nié et bénéficie de la présomption d’innocence. En 2020, Takieddine s’est partiellement rétracté face aux caméras, avant de renouer ensuite avec ses accusations. Cette volte-face a ouvert une enquête distincte pour subornation de témoin.

Le 27 mars 2025, le Parquet national financier (PNF) a pris une décision importante. En effet, il a requis sept ans de prison contre Nicolas Sarkozy et une amende de 300 000 €. Cette décision s’inscrit dans le cadre de ce procès pour financement libyen hors norme. Le jugement de Nicolas Sarkozy a été fixé au 25 septembre 2025. Takieddine, lui, ne comparassait pas : depuis 2020, il vivait au Liban.
Rappel : Nicolas Sarkozy conteste tout financement illégal et bénéficie de la présomption d’innocence. Les personnes citées, dont Claude Guéant, Brice Hortefeux et Jean-François Copé, nient avoir reçu des fonds ou connu l’existence de valises. Les juges tranchent sur pièces et contradiction, non sur les déclarations médiatiques.
Karachi : l’autre dossier, les condamnations, la fuite
L’affaire Karachi précède la séquence libyenne. Au cœur de l’affaire se trouvent des rétrocommissions liées aux ventes d’armement dans les années 1990. De plus, ces flux financiers sont susceptibles d’avoir irrigué la campagne d’Édouard Balladur en 1995. En juin 2020, le tribunal a condamné Ziad Takieddine à 5 ans de prison ferme dans le volet financier. Il ne s’est pas présenté et s’est retrouvé au Liban, pays qui n’extrade pas ses ressortissants. En décembre 2020, il y a été interpellé, puis placé sous contrôle judiciaire. Sa mort sonne comme un épilogue personnel à un contentieux qui, lui, se poursuit devant les juridictions françaises.
Réseaux et fréquentations : un homme-relais
Dans la France politique des années 2000, Takieddine s’affiche ou s’invite auprès de responsables de droite. Des photos le montrent avec Nicolas Sarkozy, Claude Guéant, Brice Hortefeux, Jean-François Copé. Il reçoit, présente, facilite.

Ses réseaux débordent la seule politique : le monde des médias entre aussi dans le cadre, via Michèle « Mimi » Marchand, intermédiaire influente du people.
