Après la mort de Daniel Siad, 24 femmes et 1,5 million de documents au cœur de l’enquête Epstein en France

En 1993, Ghislaine Maxwell et Jeffrey Epstein posent côte à côte lors d’une réception à la Maison-Blanche. Cette image officielle précède de plusieurs années les procédures qui ont exposé leur proximité. Crédits : Ralph Alswang / White House, domaine public.

Crédits : Ralph Alswang / White House, domaine public.

La mort de Daniel Siad ne ferme pas le volet français de l’affaire Epstein. Son corps a été découvert le 20 juillet à son domicile de Colombes. Son décès met fin aux poursuites qui auraient pu le viser. Le parquet de Paris maintient toutefois l’enquête ouverte pour traite des êtres humains en bande organisée. Vingt-quatre femmes ont été identifiées ou se sont manifestées, tandis que les causes de la mort restent inconnues.

La mort éteint les poursuites contre Daniel Siad

Le corps du recruteur de mannequins franco-suédois a été retrouvé lundi 20 juillet dans son pavillon de Colombes, dans les Hauts-de-Seine. Le parquet de Nanterre a ouvert une enquête en recherche des causes de la mort. Il l’a confiée à la police judiciaire du département et annoncé une autopsie. Aucun résultat n’était public le 23 juillet. En l’état, aucune hypothèse sur les circonstances du décès ne peut être retenue.

En droit français, l’article 6 du code de procédure pénale éteint l’action publique au décès de la personne poursuivie. Daniel Siad ne pourra donc être ni jugé ni condamné. Ce décès ne prouve ni n’infirme les accusations portées contre lui, qu’il contestait dans leur ensemble.

Il était visé par plusieurs plaintes, notamment pour viol et traite d’êtres humains. La procureure de Paris, Laure Beccuau, a précisé qu’il faisait l’objet d’écoutes téléphoniques. Selon elle, les éléments recueillis ne justifiaient pas son interpellation immédiate. Cette indication contredit les affirmations non confirmées selon lesquelles son arrestation aurait été imminente.

Une enquête-cadre qui dépasse un seul suspect

Ouverte le 18 février, l’enquête porte sur la traite des êtres humains en bande organisée. Elle vise aussi l’association de malfaiteurs en vue de préparer un crime. Elle reste confiée à l’Office central pour la répression de la traite des êtres humains. Son objectif, selon le parquet de Paris, est désormais d’identifier toutes les autres personnes susceptibles d’être mises en cause. Certaines plaintes visaient déjà d’autres individus.

Au total, 24 femmes se sont manifestées ou ont été identifiées comme victimes ou témoins potentielles. Seize avaient été entendues depuis le 19 mars et huit auditions restaient programmées, dont certaines avec des personnes résidant à l’étranger. Ce chiffre ne désigne donc pas 24 plaignantes, mais un ensemble de femmes susceptibles d’éclairer différents faits et protagonistes.

Sous des lumières dorées, Ghislaine Maxwell et Jeffrey Epstein échangent un sourire au milieu d’une réception mondaine. Cette illustration recompose leur proximité dans une scène feutrée. Crédits : Mike Goad / Flickr, CC0 1.0.
Sous des lumières dorées, Ghislaine Maxwell et Jeffrey Epstein échangent un sourire au milieu d’une réception mondaine. Cette illustration recompose leur proximité dans une scène feutrée. Crédits : Mike Goad / Flickr, CC0 1.0.

Un chantier documentaire et international

Les enquêteurs reprennent les scellés du dossier Jean-Luc Brunel. Ils analysent aussi environ 1,5 million de documents publiés par le ministère américain de la Justice. Un logiciel d’analyse de masse obtenu en juin doit faciliter ce tri, qui mobilise une dizaine d’enquêteurs de l’OCRTEH. La présence d’un nom dans ces archives ne suffit toutefois pas, à elle seule, à établir une infraction ou une responsabilité.

Le parquet de Paris a adressé une demande d’entraide pénale aux États-Unis. Il a également reçu une décision d’enquête européenne de la Pologne, examinée lors d’une réunion à Eurojust le 18 juin. Ces coopérations peuvent permettre d’obtenir des témoignages, des documents ou des actes d’enquête hors de France, sans préjuger de leur résultat.

Les attentes de justice restent intactes

Le 22 juillet, Ouest-France a publié une information exclusive. L’association Innocence en danger avait assigné l’État devant le tribunal judiciaire de Paris pour déni de justice. Cette procédure distincte traduit la contestation des délais du volet français, mais ne suspend ni ne remplace l’enquête pénale en cours.

La mort de Daniel Siad prive la justice d’un éventuel interrogatoire, d’une confrontation avec les plaignantes et de tout procès le concernant. La poursuite de l’enquête ne garantit ni mise en examen ni jugement d’autres personnes. Elle permet néanmoins de vérifier les témoignages, d’exploiter les pièces disponibles et de rechercher d’éventuelles responsabilités. Ce travail se poursuit sans spéculer sur les causes du décès.

Cet article a été rédigé par Christian Pierre.