MIRA Art Fair 2025 : la foire d’art contemporain à Paris dédiée à la scène latino-américaine

Sous la lumière de Saint-Germain, MIRA Art Fair 2025 installe sa deuxième édition à la Maison de l’Amérique latine, du 13 au 16 novembre. Alignée sur Paris Photo, la foire au format boutique déploie un peu plus de vingt galeries sur quatre étages, entre salons, escaliers et jardin. Une immersion pensée pour la proximité, la lisibilité et le dialogue entre continents.

Du 13 au 16 novembre 2025, MIRA Art Fair fondée par Manuela Rayo, a investi la Maison de l’Amérique latine pour une deuxième édition au format boutique. Considérée comme la première foire en Europe exclusivement dédiée à l’art contemporain latino-américain. Elle s’est alignée sur la semaine des foires d’art à Paris. De plus, elle a réuni un peu plus de vingt galeries autour d’un comité de sélection entièrement féminin. À la foire d’art à Paris, la capitale a accueilli collectionneurs, conservateurs, curateurs, amateurs et familles. Ceux-ci étaient attirés par une proposition resserrée et exigeante qui privilégiait le dialogue entre continents.

Salle du lieu en pleine affluence, où l’on regarde longtemps plutôt que vite. La proximité avec les œuvres encourage des échanges concrets sur matériaux et gestes. Les visiteurs circulent comme dans une maison de collectionneur. La médiation se fait à voix basse, efficace et accueillante. ©️ 2025 Ecostylia Media.
Salle du lieu en pleine affluence, où l’on regarde longtemps plutôt que vite. La proximité avec les œuvres encourage des échanges concrets sur matériaux et gestes. Les visiteurs circulent comme dans une maison de collectionneur. La médiation se fait à voix basse, efficace et accueillante. ©️ 2025 Ecostylia Media.

Une foire, un regard : MIRA, promesse tenue

Il y a des mots qui contiennent une orientation secrète. MIRA signifie à la fois but et regard dirigé. C’est l’ambition formulée par Manuela Rayo, fondatrice et directrice de la foire : offrir à Paris un lieu où la création latino-américaine occupe l’axe central de la perspective, non pas en marge d’un grand rendez-vous généraliste, mais au centre d’un dispositif pensé pour elle. La deuxième édition s’est déroulée du 13 au 16 novembre 2025, à la Maison de l’Amérique latine, 217 boulevard Saint-Germain. Par ailleurs, elle a choisi une temporalité qui a épousé le flux de Paris Photo. Dès l’ouverture, performances et projections ont affirmé la dimension ‘live’ de la foire. La sélection 2025 était portée par un comité 100 % féminin, qui articulait figures historiques, jeunes voix et diasporas. La capitale reçoit collectionneurs, conservateurs, curateurs, amateurs et familles. Ils sont attirés par une offre resserrée et exigeante. Celle-ci privilégie le dialogue entre continents.

MIRA revendique une échelle boutique. Un peu plus de vingt galeries au sein d’une scénographie soignée. Le pari : faire tenir la densité d’un continent dans un hôtel particulier. On circule de salon en salon, jusqu’au sous-sol puis au jardin. Là, la lumière de fin d’après-midi découpe les silhouettes. Les langues se croisent : espagnol, portugais, français. On entend des salutations vives, quelques rires, des chuchotements de négociation. La foire veut être un lieu de transactions autant qu’un espace de rencontres, où l’on achète parfois. Cela se fait au fil des jours après avoir longuement conversé.

MIRA juxtapose photographie, bronze et textile pour tisser un récit clair : l’image n’est jamais seule, elle dialogue avec la matière. Les portraits et motifs fragmentés témoignent d’un regard situé, précis, sans effet de manche. La diversité des formats reste lisible grâce à l’accrochage par séquences. On comprend vite ce que chaque galerie défend. ©️ 2025 Ecostylia Media.
MIRA juxtapose photographie, bronze et textile pour tisser un récit clair : l’image n’est jamais seule, elle dialogue avec la matière. Les portraits et motifs fragmentés témoignent d’un regard situé, précis, sans effet de manche. La diversité des formats reste lisible grâce à l’accrochage par séquences. On comprend vite ce que chaque galerie défend. ©️ 2025 Ecostylia Media.

À la Maison de l’Amérique latine, un parcours à hauteur d’œil

La Maison de l’Amérique latine s’offre ici comme un décor vivant, une architecture de récit. Ses quatre étages sont investis. Les salles intimistes accueillent l’art textile, et les enfilades de salons ouvrent des perspectives à la photographie. De plus, les couloirs conduisent vers des installations, tandis que le rez-de-jardin laisse affleurer des conversations autour d’un café. La sensation d’une maison de collectionneur à l’échelle d’une foire donne le ton : on regarde de près, on discute, on revient voir. Le parcours offre une immersion qui refuse l’agitation des halles monumentales au profit de la proximité.

« Ici, je peux expliquer chaque pièce », glisse une galeriste. Nous notons la formule comme une promesse adressée au visiteur : la lisibilité avant tout. L’équipe de MIRA insiste sur la durabilité du dispositif : matériaux réutilisables, transport raisonné, programmation écoresponsable. Rien d’ostentatoire, mais un cap assumé en cohérence avec de nombreuses œuvres. Celles-ci interrogent l’Amazonie, les frontières, la mémoire et les rapports de pouvoir.

Un comité de sélection entièrement féminin

Cette édition 2025 s’appuie sur un comité de sélection composé de quatre professionnelles aux ancrages complémentaires : Paola Creixell pour PAC Art à Houston, Chloé Trivellini pour Island Cultura à Paros, Patricia Marshall associée à la collection Jumex à Mexico, Maritza M. Lacayo du Pérez Art Museum Miami. Leurs regards infusent la programmation : figures historiques et voix émergentes, diasporas et territoires en tension. Le fil rouge ? L’image et la matière sont mises au service d’un récit du temps long, celui des migrations. De plus, elles évoquent la colonialité, mais aussi une présence qui s’affirme au présent.

Chronique d’une visite guidée

Mon associé, mon assistante et moi commençons par l’aile droite. Le premier stand attire une foule tranquille. Waddington Custot, maison fondée en 1958 à Londres, bientôt présente rue de Seine à Paris, déploie une expertise des maîtres du XXᵉ siècle et de la sculpture. Ici, la présence d’un bronze patiné résonne avec une toile tendue de couleur sourde. On devine le grain de la toile, la peau du métal qui capte une lumière encore tiède. Un galeriste murmure : « Nous venons pour nourrir un dialogue, pas pour imposer un canon. » La phrase trouve un écho immédiat dans la salle suivante.

Revolver Galería, née à Lima en 2008 sous l’impulsion de l’artiste Giancarlo Scaglia, a fait de la circulation des idées un principe d’action. Les œuvres racontent des littoraux, des archives, des trajectoires interrompues puis reprises ailleurs. Une jeune femme s’arrête devant une photographie où la mer ressemble à un palimpseste. Le tirage, au grain mat, accroche la lumière et fait affleurer des embruns. Nous l’entendons dire : « On dirait que le temps a deux marées. » Le médiateur acquiesce : « C’est cela que nous cherchons : une mémoire à hauteur d’œil. »

Vient 193 Gallery, Paris, deux espaces rue Béranger dédiés à un programme construit comme un tour du monde. Leur accrochage à MIRA joue la scénographie comme une langue. Les textiles frémissent, la peinture répond, la photographie installe son calme glacé. « Nous voulons des écritures fortes », nous indique le directeur. Ce sont des écritures qui ne surplombent pas, qui accompagnent le regard.

À quelques mètres, Almine Rech, réseau international né à Paris, rappelle que le contemporain se conjugue au pluriel. On passe d’une toile quasi monochrome à une pièce éclatée qui frôle la performance. « La foire intimiste crée un autre type d’écoute », dit une assistante. Elle note la curiosité sans hâte des visiteurs, les questions techniques, la volonté de comprendre processus et contextes.

Plus loin, la Galerie Raphaël Durazzo, ouverte en 2022 près de Matignon, fait entrer les avant-gardes du XXᵉ siècle dans la conversation. Surréalisme, souvent féminin, et dialogues avec des artistes d’aujourd’hui. Une aquatinte vibre à côté d’une photographie récente. « Nous sommes ici pour tresser passé et présent », explique le galeriste avant d’ajouter : « La diaspora n’est pas un thème, c’est une manière d’habiter les images. »

Verve Galeria, São Paulo, s’est constituée à partir d’un artist-run space. On sent l’énergie d’un collectif devenu structure. Des pratiques jeunes et confirmées, des médiums variés, une attention à la ville comme laboratoire. Nous remarquons un tirage où les lignes électriques se superposent aux branches d’un arbre. Le texte d’accompagnement évoque un paysage relié, une écologie du regard.

Galerie Younique, Paris 13ᵉ, défend une jeune création internationale. Les pièces accrochées ici revendiquent un rythme. Le bruit des visiteurs devient un souffle. Une performeuse, encore maquillée, passe en coup de vent. « À 18 heures, je retourne au Cenote Ring », confie-t-elle en souriant. Nous notons l’heure. Les performances ponctuent les journées, elles donnent au parcours une pulsation.

Galeria da Gávea, Rio de Janeiro, propose une immersion dans la photographie brésilienne contemporaine. Les images s’attachent à des corps situés, à des territoires urbains et forestiers. On y perçoit des débats sur le pouvoir des images et l’héritage d’un regard colonial. « Nous voulons montrer des complexités », affirme le cofondateur. Les visiteurs, pour beaucoup, prennent le temps de s’asseoir sur un banc. Ainsi, ils entrent dans les strates d’un récit visuel.

De stand en stand, d’autres présences dessinent la cartographie de MIRA : Chantal Crousel, Loeve & Co, Eric Dupont, guadalajara90210, Mascota, et plusieurs enseignes venues d’Amérique latine, des Caraïbes, d’Europe et de France. Le dialogue est moins une déclaration qu’une pratique quotidienne. On négocie et on prend rendez-vous. De plus, on envoie des listes d’œuvres par message. Ensuite, on compare les provenances et les prix. Enfin, on projette un accrochage pour un musée ou un appartement.

Abstraction graphique, terre cuite, cuivre gravé : les matières portent la mémoire au même titre que les images. Les surfaces vibrent oxydations, trames, fibres et racontent des gestes patients. On voit comment l’art textile dialogue avec la sculpture. L’ensemble reste simple à lire, sectionné par thèmes et familles de techniques. ©️ 2025 Ecostylia Media.
Abstraction graphique, terre cuite, cuivre gravé : les matières portent la mémoire au même titre que les images. Les surfaces vibrent oxydations, trames, fibres et racontent des gestes patients. On voit comment l’art textile dialogue avec la sculpture. L’ensemble reste simple à lire, sectionné par thèmes et familles de techniques. ©️ 2025 Ecostylia Media.

Photographie, textile, mémoire : les axes 2025

L’édition 2025 met un accent particulier sur la photographie latino-américaine et sur certaines scènes nationales, avec un focus sur le Brésil dans le cadre de l’Année du Brésil en France. Les pratiques textiles sont abordées comme archives sensibles : elles conservent des gestes, elles traduisent la mémoire des migrations, elles racontent des continuités dans la rupture. Les œuvres évoquent l’esclavage, les frontières et les déplacements. Elles abordent aussi des formes de réparation par les matériaux. De plus, elles explorent leurs textures et leur capacité à tenir ensemble.

La programmation publique orchestre cette polyphonie. Des conférences explorent l’art textile, la photographie et le pouvoir, ainsi que l’Amazonie. Elles abordent aussi les formes de cuisine de l’intuition. De plus, elles relient goût et mémoire. Des performances et projections s’inscrivent dans le rythme des journées. Les ateliers Nube Lab accueillent les familles le dimanche de 14 heures à 17 heures. À l’époque, des ajustements restaient possibles : MIRA a publié des mises à jour, et l’institution hôte a relayé les horaires et les modalités d’accès.

Au cœur du parcours, l’exposition « Drawing the Territory / Dessiner le territoire » croise des œuvres issues de collections qui, chacune, interrogent territoire, mémoire et identité. Le propos n’est pas démonstratif. Il s’agit plutôt de laisser apparaître des lignes de force qui donnent à l’ensemble un souffle commun.

Le marché, à la cadence de la conversation

Les prix s’échelonnent de quelques milliers d’euros pour des artistes émergents à des montants plus élevés pour des figures historiques. La sculpture d’un grand nom peut faire vibrer les carnets de chèques. Cependant, la foire reste un terrain d’exploration. En outre, nous observons des collectionneurs revenant trois fois sur une même pièce. Ils prennent des notes, posent des questions sur les conditions de conservation. De plus, ils demandent si l’artiste travaille en série. « Je veux voir l’œuvre à différentes lumières », dit l’un d’eux. L’équipe sourit, rouvre un store, fait pivoter une lampe. La vente ici ressemble à une conversation qui prend son temps.

Cette cadence convient à MIRA. Le format intime permet de hiérarchiser ses priorités et d’ouvrir des perspectives sur des trajectoires d’artistes. Par ailleurs, il permet d’écouter des récits de diasporas sans les réduire à des étiquettes. Le pari institutionnel s’y joue aussi : des responsables de musées et de FRAC passent, mesurent, reçoivent des dossiers. On sent que la deuxième édition cherche moins l’exploit que la stabilité d’un rendez-vous appelé à demeurer.

Sculptures totémiques, tissages monumentaux et pièces lumineuses instaurent un rythme presque performatif. Les œuvres empruntent au rituel sans fétichisme, avec une précision de facture. La scénographie par salons équilibre souffle et intimité. On voit clairement l’alliance entre ancrage local et circulation internationale. ©️ 2025 Ecostylia Media.
Sculptures totémiques, tissages monumentaux et pièces lumineuses instaurent un rythme presque performatif. Les œuvres empruntent au rituel sans fétichisme, avec une précision de facture. La scénographie par salons équilibre souffle et intimité. On voit clairement l’alliance entre ancrage local et circulation internationale. ©️ 2025 Ecostylia Media.

Un calendrier ajusté pendant la semaine des foires d’art à Paris

Après une première édition tenue du 18 au 22 septembre 2024, MIRA a choisi novembre pour sa deuxième édition. Ce repositionnement n’est pas un détail. En se tenant durant Paris Photo, la foire s’est placée au cœur d’un flux international déjà présent à Paris, tout en évitant la cohue d’Art Basel Paris. L’effet a été immédiat : de nombreux professionnels ont pu croiser leurs parcours. Ainsi, le public curieux a trouvé plus aisément sa place dans un agenda devenu lisible.

La fonction éditoriale de la foire s’est précisée : rendre visibles des œuvres peu vues en Europe. Ainsi, elle crée des ponts entre galeries d’Amérique latine, d’Europe et de France. De plus, elle consolide un rendez-vous annuel appelé à faire autorité. Il faut le dire simplement : MIRA s’adressait autant aux professionnels qu’aux amateurs éclairés. Par ailleurs, elle n’oubliait pas les familles grâce à un programme d’ateliers pensé pour elles.

Avant de partir : l’essentiel pour la visite en tête

Nous revenons dehors alors que la nuit tombe sur Saint-Germain-des-Prés. La cour bruisse, les portes battent sur des bouffées de musique. Une dernière image : un enfant tire la manche de sa mère et lui désigne un tissu brodé où courent des lignes bleues. « On dirait un fleuve », dit-il. Elle répond : « C’en est un, et il continue en nous. » Nous nous disons que MIRA a réussi son geste : diriger le regard vers des œuvres d’un présent qui nous parle ici.

Dans le jardin, la sociabilité prolonge l’expérience d’exposition. La foire reste intime mais ouverte, mêlant publics et métiers. Les discussions se poursuivent au calme, à l’écart des grands halls. C’est aussi là que se décident visites d’atelier et prêts d’œuvres. ©️ 2025 Ecostylia Media.
Dans le jardin, la sociabilité prolonge l’expérience d’exposition. La foire reste intime mais ouverte, mêlant publics et métiers. Les discussions se poursuivent au calme, à l’écart des grands halls. C’est aussi là que se décident visites d’atelier et prêts d’œuvres. ©️ 2025 Ecostylia Media.

Cet article a été rédigé par Pierre-Antoine Tsady.