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À Antibes, où Emmanuel Macron reçoit Giorgia Meloni ce 25 juin 2026, la cheffe du gouvernement italien arrive avec une contrainte intérieure de plus. Roberto Vannacci, ancien général devenu eurodéputé, installe Futuro Nazionale à la droite de Fratelli d’Italia. Entre sondages favorables, rupture parlementaire et calendrier électoral, la question Meloni extrême droite se déplace désormais vers la cohésion de sa majorité.
Un rival né dans le camp nationaliste
Roberto Vannacci n’est pas un opposant classique à Giorgia Meloni. Il a été élu au Parlement européen en 2024 sous les couleurs de la Ligue de Matteo Salvini. Au début de 2026, il a quitté cette formation pour lancer Futuro Nazionale. Ses promoteurs le présentent comme une droite plus « vraie » et plus dure. Le mouvement attire une partie des élus et sympathisants qui jugent la droite de gouvernement trop prudente depuis son arrivée au pouvoir à Rome.

Le parti reste en construction. Son programme officiel indique encore une phase constituante. Son manifeste insiste sur l’identité nationale, la souveraineté, la sécurité, la famille, les traditions, le mérite et l’ordre. Ces mots ne suffisent pas à mesurer son poids électoral. Ils éclairent pourtant l’espace politique que Vannacci cherche à occuper : une droite italienne hostile aux compromis européens, migratoires et institutionnels de Meloni.
Le sondage qui change le rapport de force
La progression de Futuro Nazionale reste à manier avec prudence, car elle repose d’abord sur des intentions de vote. Elle n’en est pas moins devenue un signal politique. Un sondage YouTrend pour Sky TG24, publié le 19 juin, n’est pas un résultat électoral. Il place toutefois Fratelli d’Italia largement en tête à 27,8 %. Futuro Nazionale atteint 5,9 %, juste devant la Ligue, créditée de 5,8 %. Forza Italia, autre pilier de la coalition, est donnée à 8,2 %.
Ce niveau ne fait pas de Vannacci un prétendant au pouvoir. Il peut toutefois compliquer l’équation de la coalition. Futuro Nazionale peut siphonner des voix à Fratelli d’Italia ou à la Ligue. Dans ce cas, il fragilise l’idée d’un bloc de droite discipliné derrière Meloni. S’il devient nécessaire à une majorité en 2027, il peut aussi peser dans les négociations. D’autres forces nationalistes européennes tentent déjà d’occuper ce rôle.
Franceinfo a résumé ce dilemme le 25 juin. Le média présente Vannacci comme une menace venue de la droite de Meloni. Au même moment, la présidente du Conseil cherche à afficher, avec Emmanuel Macron, une relation franco-italienne moins heurtée. Le contraste est utile. À l’extérieur, Meloni veut apparaître comme une dirigeante européenne stable. À l’intérieur, une partie de son camp lui reproche justement cette normalisation.
La rupture s’est jouée au Parlement
Le conflit n’est plus seulement médiatique. Le 12 juin, selon ANSA, Giorgia Meloni a attaqué les élus de Futuro Nazionale devant la Chambre. Ils venaient de voter plusieurs fois contre la confiance au gouvernement. Elle leur a reproché de faire le jeu de la gauche et de ne pas incarner la « vraie droite ». Elle retournait ainsi contre eux leur propre vocabulaire politique.
Cette séquence compte davantage que la formule. En Italie, un gouvernement tient par la cohésion d’une majorité parlementaire composée de Fratelli d’Italia, de la Ligue et de Forza Italia. Vannacci met en scène une dissidence à droite, mais il pèse aussi sur Salvini, dont la Ligue est directement concurrencée. Meloni doit donc contenir deux risques : une fuite d’électeurs vers Futuro Nazionale et une surenchère entre alliés.

Pour l’instant, la présidente du Conseil garde l’avantage. Son parti demeure très au-dessus de ses partenaires dans les enquêtes d’opinion, et l’appareil gouvernemental reste entre ses mains. Mais la nouveauté est ailleurs. Pour la première fois depuis son arrivée au pouvoir, une force située plus à droite tente de la juger sur sa fidélité idéologique.
Une contrainte européenne pour Meloni
L’enjeu dépasse le seul duel Giorgia Meloni Roberto Vannacci. Depuis 2022, Meloni a cherché à rassurer les institutions européennes, ses interlocuteurs américains et les grands partenaires européens. Elle a aussi conservé un langage national-conservateur pour son électorat. Cette ligne a servi sa crédibilité internationale. Elle ouvre aussi un angle d’attaque à ceux qui l’accusent d’avoir assoupli ses positions. Les critiques visent l’Union européenne, l’Ukraine, la politique migratoire ou les équilibres de coalition.
Le sommet d’Antibes illustre ce paradoxe. Selon l’annonce de l’Élysée relayée par ANSA English, il s’agit du premier sommet bilatéral officiel entre Macron et Meloni. C’est aussi le premier dans le cadre du traité du Quirinal. Défense, énergie, espace et infrastructures : les dossiers appellent une relation de gouvernement, pas une posture de campagne.

C’est précisément ce décalage que Futuro Nazionale exploite. Vannacci peut parler à un électorat qui veut une droite moins contrainte par les compromis européens. Meloni, elle, doit préserver une coalition capable de gouverner, une image internationale utilisable et une majorité viable en 2027. Le nouveau parti ultranationaliste italien n’est pas encore une menace électorale certaine, d’autant qu’il reste en phase constituante. Il est déjà un révélateur : la stabilisation de Meloni au pouvoir a créé un espace pour une contestation plus radicale de son propre camp.