Mélenchon veut redessiner les régions autour des fleuves : le pari écologique de LFI face aux cartes et coûts

Jean-Luc Mélenchon s’adresse à ses soutiens lors du grand meeting de campagne du Front de gauche, le 19 avril 2012. Ce visage de tribune donne un arrière-plan politique à sa nouvelle promesse de redécoupage écologique. Crédits : Rémi Noyon / Flickr / CC BY-SA 2.0.

Jean-Luc Mélenchon s’adresse à ses soutiens lors du grand meeting de campagne du Front de gauche, le 19 avril 2012. Ce visage de tribune donne un arrière-plan politique à sa nouvelle promesse de redécoupage écologique. Crédits : Rémi Noyon / Flickr / CC BY-SA 2.0.

Jean-Luc Mélenchon veut remettre le découpage régional au centre de la planification écologique. Le 7 juin 2026, à Saint-Denis, le candidat déclaré à la présidentielle de 2027 a défendu des régions restructurées autour des fleuves. LFI présente l’idée comme une réponse à la crise de l’eau, mais son coût, ses compétences et son tracé restent à préciser.

Pourquoi LFI veut-elle redessiner les régions autour de l’eau ?

Dans son discours de lancement de campagne, Jean-Luc Mélenchon a résumé la mesure en une formule. Les régions seraient restructurées autour des grands bassins versants des fleuves. Elles deviendraient une première ligne de planification écologique. Derrière cette image, LFI défend une idée simple. Les institutions politiques devraient suivre la circulation réelle de l’eau, plutôt que les limites héritées des réformes territoriales.

Un bassin versant désigne un territoire où les eaux convergent vers un même cours d’eau, puis vers un exutoire. La logique est donc physique avant d’être politique. Ce qui se passe en amont peut modifier l’eau, les risques de crue ou l’état des milieux aquatiques en aval. Pour LFI, une collectivité construite à cette échelle traiterait mieux les pollutions et les restaurations de rivières. Elle suivrait aussi les usages agricoles, industriels ou urbains qui pèsent sur la ressource.

À Toulouse, Jean-Luc Mélenchon harangue la foule lors d’un meeting d’avril 2017, bras ouvert et pupitre rouge devant lui. La scène rappelle la dimension très organisée de ses campagnes, entre mobilisation militante et promesse de refonte institutionnelle. Crédits : MathieuMD / Wikimedia Commons / CC BY-SA 4.0.
À Toulouse, Jean-Luc Mélenchon harangue la foule lors d’un meeting d’avril 2017, bras ouvert et pupitre rouge devant lui. La scène rappelle la dimension très organisée de ses campagnes, entre mobilisation militante et promesse de refonte institutionnelle. Crédits : MathieuMD / Wikimedia Commons / CC BY-SA 4.0.

Cette proposition reprend une orientation déjà présente dans le programme 2025 de Mélenchon/LFI. Il prévoit de redécouper les Régions à partir des bassins versants. Il veut aussi leur confier l’eau comme première responsabilité et faire des agences de l’eau un socle de planification écologique. La mesure s’inscrit dans une campagne où le fondateur de La France insoumise lie VIe République, décentralisation et bifurcation écologique.

Six bassins, douze bassins, vingt-quatre sous-bassins

La difficulté commence avec les chiffres. Dans le langage courant, on évoque souvent les grands bassins versants de l’Hexagone. Le cadre administratif actuel de l’eau est plus fin. Le ministère de la Transition écologique rappelle que la France est découpée en 12 bassins. Ils sont gouvernés par des comités de bassin et appuyés, en métropole, par des agences de l’eau.

Selon Franceinfo, les députés LFI Claire Lejeune et Gabriel Amard travaillent sur ce chantier. Ils envisagent plutôt de calquer les futures collectivités sur 24 sous-bassins métropolitains. Il s’agit toutefois d’une piste interne à LFI, encore en cours d’élaboration. Les limites des futures écorégions ne sont pas arrêtées. Aucune carte officielle n’a été présentée à ce stade. L’objectif serait de dessiner des collectivités plus proches des rivières, de leurs affluents et des zones d’usage de l’eau.

Le terme d’écorégion peut toutefois prêter à confusion. Il ne s’agit pas, à ce stade, d’un statut juridique arrêté ni d’une carte officiellement publiée. En juin 2026, le projet reste en construction. Les limites exactes, les compétences, la fiscalité propre et l’articulation avec les collectivités existantes ne sont pas tranchées. Le calendrier rapporté par Franceinfo prévoit des auditions d’experts en juillet 2026. Des précisions pourraient suivre fin août 2026, avant une publication du programme vers octobre 2026.

Une idée qui rejoint une gestion déjà organisée par l’eau

La France ne part pas d’une page blanche. La politique de l’eau repose déjà sur une gouvernance par bassin. Elle combine comités de bassin, agences de l’eau, schémas d’aménagement et compétence GEMAPI. Cette dernière, confiée aux intercommunalités depuis le 1er janvier 2018, couvre la gestion des milieux aquatiques et la prévention des inondations.

La proposition LFI ne consiste donc pas seulement à créer une nouvelle carte. Elle déplacerait potentiellement le centre de gravité institutionnel. Les écorégions deviendraient des collectivités politiques chargées prioritairement de l’eau et de l’écologie. Le système actuel combine plutôt État, régions, départements, intercommunalités, préfets, agences de l’eau et offices spécialisés.

Cette superposition explique une partie de l’intérêt du débat. Pour les partisans du redécoupage des régions, la gestion actuelle oblige trop souvent à coordonner plusieurs autorités sur un même cours d’eau. Pour ses critiques ou ses prudents, le problème n’est pas seulement géographique. Il tient aussi aux moyens, aux compétences juridiques et au traitement des pollutions à la source.

Le financement reste le point dur

Le budget est l’un des angles morts du projet. Les agences de l’eau financent déjà des travaux de restauration des milieux, des actions contre les pollutions ou des opérations liées aux sols. Elles sont alimentées par des redevances, mais leurs ressources sont encadrées par des plafonds votés dans la loi de finances.

Franceinfo cite Nicolas Mourlon, directeur général de l’agence Rhône Méditerranée Corse. Il évalue à environ 2,4 milliards d’euros par an le budget des six agences de l’eau. Le même article rapporte que son agence est plafonnée à 600 millions d’euros. Elle a dû reporter plus de 100 millions d’euros de projets en 2025, après saturation du plafond 2024. Ces chiffres illustrent un enjeu central : créer ou transformer des collectivités ne règle pas automatiquement la question des recettes disponibles.

Aux côtés de Marie-George Buffet, Jean-Luc Mélenchon apparaît dans un rassemblement de la gauche radicale, loin du décor institutionnel des régions. L’image replace son projet d’écorégions dans une trajectoire politique longue, faite d’alliances et de recompositions. Crédits : Place Au Peuple / Flickr / CC BY-SA 2.0.
Aux côtés de Marie-George Buffet, Jean-Luc Mélenchon apparaît dans un rassemblement de la gauche radicale, loin du décor institutionnel des régions. L’image replace son projet d’écorégions dans une trajectoire politique longue, faite d’alliances et de recompositions. Crédits : Place Au Peuple / Flickr / CC BY-SA 2.0.

Un redécoupage régional impliquerait aussi de clarifier le sort des compétences déjà exercées par les régions actuelles. Les collectivités issues de la réforme de 2015 interviennent dans les transports, la formation, le développement économique, les lycées ou l’aménagement. LFI évoque des écorégions tournées vers la bifurcation écologique. Mais le mouvement n’a pas encore détaillé ce qui serait conservé, transféré ou supprimé.

Ce que la mesure ne permet pas d’affirmer

À ce stade, il serait excessif d’écrire que LFI veut simplement supprimer les régions ou que le redécoupage suffirait à dépolluer les fleuves. La proposition porte sur une restructuration territoriale autour de l’eau, pas sur une solution technique unique. Elle cherche à donner plus de cohérence entre l’amont et l’aval. Mais les pollutions agricoles, industrielles ou urbaines doivent aussi être réduites là où elles naissent.

La faisabilité institutionnelle reste également ouverte. Un tel changement supposerait une loi, peut-être une réforme plus large de la décentralisation, et des arbitrages financiers importants. Il faudrait aussi déterminer si ces écorégions remplaceraient les régions actuelles. Une autre option serait de les ajouter, d’une manière ou d’une autre, aux structures existantes. C’est précisément ce qui rend le sujet politique. Il ne parle pas seulement d’eau, mais de pouvoir local, de fiscalité et de priorités écologiques.

Pour l’instant, l’idée de Mélenchon sur les régions autour des fleuves fonctionne comme un marqueur programmatique. Ce n’est pas encore une réforme prête à l’emploi. Elle met une question réelle sur la table : comment gouverner un territoire quand les cours d’eau ignorent les frontières administratives ? La réponse de LFI devra encore passer l’épreuve des cartes, des budgets et du droit.

Cet article a été rédigé par Christian Pierre.