
Diffusé le mardi 24 février 2026 à 21 h 10, le téléfilm franco-belge Maudits a capté l’attention du public. En prime time sur France 3, il a pris la tête des audiences TV hier soir. Il a également dominé l’audimat télé avec 3 360 000 téléspectateurs, soit 20,1 % de part d’audience. En 90 minutes, la réalisatrice Chloé Micout entraîne Constance Gay et Pierre Arditi dans le Morvan, au milieu d’une enquête familiale où la peur change de visage : celui d’un enfant à venir, menacé par une malédiction murmurée.
Une grand-mère « morte » qui respire encore
Tout commence par une certitude qui se fissure. Lucile vit à Lyon, enceinte, dans ces semaines où le corps avance plus vite que l’esprit. Elle se croyait héritière d’une histoire simple : un grand-père, Jacques, dernier pilier. Une grand-mère disparue depuis toujours.
Puis surgit l’invraisemblable : la grand-mère existe. Elle habite toujours quelque part dans un village du Morvan, parmi les murs froids et les chemins de mousse. Les voix se taisent quand on s’approche, créant une atmosphère mystérieuse et silencieuse. Le passé n’est pas mort : il a simplement été rangé.
Lucile part. Sans l’accord de tout le monde. Sans explication claire. Elle quitte son compagnon, Omar, parce qu’il faut voir de ses yeux. Parce que l’enfant à naître oblige à comprendre ce qu’on transmet.

Au bout du voyage, une phrase tombe, brutale, comme une pierre dans l’eau. Rose, la vieille femme, voit le ventre de Lucile et prononce l’avertissement : « Si c’est un garçon, il mourra comme les autres. » L’énigme est posée.
À partir de là, Maudits joue sur deux fils. Le premier est celui de la superstition : une lignée d’hommes frappés, une fatalité qui se transmettrait comme un héritage sombre. Le second est celui des secrets concrets : ce qu’on a volontairement effacé, ce qu’un patriarche a remodelé pour tenir debout.
Le Morvan, décor et personnage
Le Morvan n’est pas ici une carte postale. C’est un espace de récits. Un relief de bois et d’étangs, où l’on se perd vite et où l’on se retrouve lentement. Les villages y semblent rapprocher les générations, parfois jusqu’à l’étouffement.
Dans cette géographie, les vieilles croyances ne paraissent pas folkloriques : elles deviennent des outils. Une menace qu’on brandit. Un alibi qu’on s’invente. Un manteau de brume pour recouvrir la réalité.
Le film s’inscrit dans une tradition française très lisible : celle des thrillers ancrés dans un territoire, où la violence n’arrive pas de l’extérieur mais de la maison. Le Morvan offre une matière brute : pierre, forêt, silence. Il suffit de peu pour qu’un secret y prenne la taille d’une légende.
Le tournage, amorcé à partir du 17 juin 2024, s’est déroulé dans le Morvan et en région lyonnaise. Ce détail n’est pas anodin : l’histoire oppose deux mondes. La ville où l’on respire vite, et la campagne où l’on garde tout.
Constance Gay, une grossesse comme tension dramatique
Constance Gay joue Lucile sans l’ornement. Son personnage n’est pas une héroïne invincible : c’est une femme dont la fragilité est un moteur. Elle avance avec un ventre lourd, avec une fatigue réelle, avec une obsession qui grandit.
La grossesse, ici, n’est pas un simple trait de scénario. Elle règle le tempo. Elle impose l’urgence. Elle transforme les discussions en ultimatums. Quand l’enfant menace de devenir une victime annoncée, chaque minute pèse.
Dans les coulisses, l’actrice n’était pas enceinte : elle a incarné cette physicalité avec un ventre postiche et un travail de posture. Elle raconte avoir observé des femmes enceintes pour trouver un mouvement juste. Ensuite, elle a senti le corps « se mettre en alerte ». Cela se produit dès que l’instinct de protection prend le dessus.
Le paradoxe est saisissant : l’atmosphère du film est sombre, mais une partie du tournage s’est faite sous une chaleur éprouvante. L’actrice évoque la difficulté de bouger, transpirer, courir parfois, avec plusieurs kilos de matière autour du ventre. Dans un thriller, ce détail devient presque une information de mise en scène : l’effort se voit, donc la peur devient crédible.

Cette Lucile n’a pas besoin de discours. Ses décisions suffisent. Elle ignore les avertissements. Elle interroge. Elle fouille. Elle accepte d’être mal vue, parce qu’elle ne peut plus être aveugle.
Pierre Arditi, le poids d’un grand-père pivot
Face à cette énergie, Pierre Arditi compose un Jacques de retenue. Un homme qui parle, mais qui sélectionne. Un patriarche qui tient la famille par la narration, comme on tient un chantier par des étais.
Dans ce rôle, Arditi n’a pas besoin d’éclats. Il installe une gravité presque domestique. On sent chez lui la peur de perdre le contrôle, et l’habitude de dominer par la parole. Le personnage est central, parce que la vérité dépend de lui.
C’est l’un des ressorts les plus efficaces du téléfilm : la malédiction n’est peut-être qu’une façade, mais le silence, lui, est certain. Jacques a vécu. Jacques a choisi. Jacques a probablement fabriqué une version supportable de l’histoire.
Le duo fonctionne précisément parce qu’il n’est pas harmonieux. Lucile cherche à naître à elle-même. Jacques cherche à maintenir l’architecture d’un récit familial, même s’il est faux. Entre les deux, le Morvan sert de scène et de juge.

Une coproduction franco-belge, une fiction pensée pour le prime
Maudits est une coproduction réunissant Incognita, France Télévisions, Be-FILMS et la RTBF, avec la participation de la RTS. La fabrication transfrontalière n’est pas qu’un montage financier : elle traduit aussi une circulation des récits, des talents, des diffuseurs.
Le téléfilm a d’abord été diffusé en Belgique le 3 février 2025 sur La Une. Il a ensuite été proposé en France, en prime time, le 24 février 2026. Entre les deux, l’œuvre a eu le temps de se construire une réputation, d’être vue, commentée, cadrée.
Sur le plan artistique, l’écriture est signée Marie du Roy et Cécile Lugiez. La réalisation revient à Chloé Micout, dont le parcours passe aussi par des séries policières françaises bien identifiées. Cette expérience se ressent : le film avance par scènes courtes, indices, relances.
La musique, les décors, la photographie participent à un même projet : faire du territoire une menace douce. Pas de monstres qui surgissent. Plutôt une sensation qui s’installe. Un détail qui se répète. Un bruit, une rumeur, une phrase.
Le résultat n’a pas fait l’unanimité du côté critique. Certaines lectures saluent l’audace d’un unitaire teinté de genre en prime time et l’engagement des acteurs. D’autres jugent la mise en scène plus attendue, voire trop chargée d’effets. Ce contraste, en réalité, nourrit aussi la conversation autour de la fiction : succès public ne signifie pas consensus esthétique.
Audiences : 3 360 000 téléspectateurs : un signal pour France 3
Les chiffres des audiences TV parlent net. Le mardi 24 février 2026, Maudits a réuni 3 360 000 personnes, pour 20,1 % de part d’audience, entre 21 h 11 et 22 h 42.
Côté audiences TV, la concurrence, ce soir-là, était frontale. TF1 proposait un blockbuster récent et s’est établi plus bas. M6 misait sur une aventure connue. France 2 offrait un magazine de société. Le public a choisi le récit français, ancré, court, fermé sur lui-même comme un piège.
Ce résultat s’inscrit dans une tendance que les diffuseurs publics connaissent bien : l’unitaire de fiction, quand il est lisible et bien incarné, peut fédérer très largement. Il ne demande pas de suivre une saison. Il promet une fin. Il offre un frisson accessible.
Le succès tient aussi au mélange des ingrédients. Une héroïne enceinte. Une malédiction formulée comme une sentence. Une grand-mère qu’on croyait enterrée. Un grand-père trop bavard. Et le Morvan, qui ressemble à un décor de conte, mais sans le confort du conte.
Sur france.tv, une seconde vie après le choc du prime
Au-delà de la diffusion linéaire, Maudits a été mis à disposition sur france.tv avant son passage à l’antenne, puis en rattrapage. C’est une manière de faire vivre la fiction autrement : en la rendant disponible au moment où le public commence à en parler.
Dans cette seconde vie, le téléfilm trouve un autre rythme. On peut l’interrompre, y revenir, regarder une scène deux fois. Et, paradoxalement, l’histoire de malédiction supporte bien cette fragmentation : elle fonctionne par révélations.

Dans un paysage télévisuel saturé, l’unitaire qui gagne n’est pas toujours celui qui crie le plus fort. Maudits avance par inquiétude, par héritage, par suspicion. Il met en scène une question simple, presque universelle : que reste-t-il de nos familles quand on soulève les planches ?
Et c’est sans doute là que se niche son efficacité. Sous la malédiction, il y a une autre peur, plus réaliste : celle de découvrir que les adultes ont menti, et que l’enfant, lui, va payer l’addition.