Marine Le Pen fait des OQTF vers l’Algérie un test de souveraineté face à la ligne prudente de Paris en 2026

Marine Le Pen replace les OQTF au cœur d’une séquence de tension avec Alger. Sa prise de parole mêle souveraineté, immigration et diplomatie fragile.

Marine Le Pen a relancé vendredi 22 mai 2026 le bras de fer sur les OQTF avec l’Algérie, depuis le Face-à-Face BFMTV-RMC. En appelant au dialogue tout en refusant une France qui « s’agenouille », la cheffe des députés RN cible la stratégie gouvernementale d’apaisement. Pendant ce temps, Paris affirme une reprise encore partielle de la coopération migratoire.

Une formule de fermeté face à la ligne d’apaisement

Dans l’entretien rapporté par BFMTV-RMC, Marine Le Pen exprime son souhait de parler avec Alger pour défendre les intérêts français. Cependant, elle accuse le gouvernement de confondre dialogue et concession. Sa formule, « nous n’avons pas à nous agenouiller devant l’Algérie », résume une ligne politique ancienne du RN : transformer la relation franco-algérienne en test de souveraineté.

La séquence intervient après plusieurs signaux de réchauffement diplomatique. Gérald Darmanin, ministre de la Justice, venait de se rendre à Alger. Il évoquait sur Europe 1 l’idée d’un traité d’amitié entre les deux pays, encore lointaine selon lui. Le gouvernement défend une méthode de dialogue exigeant. Celle-ci est présentée par le Quai d’Orsay comme nécessaire pour obtenir des résultats en matière sécuritaire, migratoire et économique.

Marine Le Pen répond en ramenant le débat aux éloignements. Elle demande que l’Algérie reprenne davantage de ressortissants algériens visés par une obligation de quitter le territoire français. Elle lie cette question aux contentieux politiques plus larges entre Paris et Alger. Ces accusations restent des déclarations partisanes : elles ne suffisent pas, seules, à établir le niveau réel de coopération consulaire.

Marine Le Pen remet les OQTF au centre d’une séquence politique tendue. Le Rassemblement national y oppose fermeté migratoire et critique du dialogue avec Alger.
Marine Le Pen remet les OQTF au centre d’une séquence politique tendue. Le Rassemblement national y oppose fermeté migratoire et critique du dialogue avec Alger.

Pourquoi les laissez-passer consulaires comptent

Une OQTF est une décision administrative d’éloignement prise par le préfet, notamment en cas de séjour irrégulier ou de refus de titre de séjour, selon la fiche officielle de Service-Public. Son exécution dépend ensuite de conditions concrètes : recours éventuel, situation individuelle, disponibilité d’un document de voyage et accord du pays de destination.

C’est là que le laissez-passer consulaire devient central. Quand la personne visée n’a pas de passeport valide, le pays d’origine doit délivrer un document permettant l’éloignement. Dans le cas des OQTF concernant l’Algérie, cette étape a pris une dimension diplomatique, car le blocage ou la reprise de ces documents mesure directement la coopération entre les deux États.

Début mai, Laurent Nuñez a confirmé la reprise des expulsions d’Algériens en situation irrégulière. D’après BFMTV, citant le ministre de l’Intérieur, plus de 140 reconduites avaient été effectuées depuis début 2026. De plus, 120 laissez-passer consulaires ont été délivrés depuis sa visite à Alger à la mi-février. Le ministre reconnaissait toutefois qu’il fallait « faire plus ».

Une reprise réelle, mais encore limitée

Le gouvernement présente ces chiffres comme la preuve que la méthode produit des effets. Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, a défendu à l’Assemblée nationale un dialogue « très exigeant » avec Alger. En outre, il estime que la coopération migratoire et sécuritaire a repris après un an de blocage complet.

Cette reprise ne règle pas tout. Les nombres cités sont des déclarations gouvernementales datées, pas un bilan administratif complet des OQTF visant des ressortissants algériens. Ils disent surtout qu’un canal opérationnel a rouvert. Ils ne permettent pas encore de conclure à une normalisation durable, ni d’évaluer combien de décisions d’éloignement restent inexécutées.

Abdelmadjid Tebboune incarne la dimension diplomatique du dossier. Entre sécurité, migration et mémoire politique, Paris et Alger avancent par gestes prudents.
Abdelmadjid Tebboune incarne la dimension diplomatique du dossier. Entre sécurité, migration et mémoire politique, Paris et Alger avancent par gestes prudents.

La tension dépasse en outre le seul dossier migratoire. Les relations franco-algériennes se sont fortement dégradées depuis l’été 2024, après la reconnaissance par Paris de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Depuis, les échanges consulaires, judiciaires et sécuritaires avancent par étapes, entre gestes de reprise et méfiances politiques.

La présidentielle 2027 en arrière-plan

Pour Marine Le Pen, ce dossier offre un marqueur clair avant la présidentielle de 2027 : opposer la fermeté revendiquée du RN à la diplomatie graduelle du gouvernement. Le sujet lui permet aussi de relier immigration, souveraineté et protection des Français détenus ou inquiétés en Algérie, sans entrer dans le détail administratif de chaque OQTF.

Deux noms donnent une charge supplémentaire à cette séquence. Boualem Sansal, écrivain franco-algérien, a été gracié et libéré en novembre 2025 après avoir été détenu en Algérie. Christophe Gleizes, journaliste sportif français, reste emprisonné : Reporters sans frontières rappelait le 5 mai 2026 qu’il avait été condamné à sept ans de prison, peine confirmée en appel en décembre 2025, et qu’il attendait une éventuelle grâce du président Abdelmadjid Tebboune.

Le point central est donc moins la petite phrase que ce qu’elle révèle du rapport de force. Les expulsions d’Algériens sous OQTF ont bien repris, mais sur un rythme progressif et dépendant des laissez-passer consulaires. Marine Le Pen en fait un test politique de souveraineté. Le gouvernement, lui, tente de prouver que le dialogue avec Alger produit déjà des résultats, sans pouvoir encore clore le débat.

OQTF: << Nous n'avons pas à nous agenouiller devant l'Algérie >>, affirme Marine Le Pen

Cet article a été rédigé par Christian Pierre.