Disparition de Manon Relandeau : sa mère appelle Macron face aux limites de l’extradition franco-algérienne

Le palais de justice de Nantes, où l’information judiciaire sur la disparition de Manon Relandeau est conduite. Crédits : Flibust1er / Wikimedia Commons, Creative Commons Attribution 4.0 International (CC BY 4.0).

Le palais de justice de Nantes, où l’information judiciaire est conduite. Crédits : Flibust1er / Wikimedia Commons, Creative Commons Attribution 4.0 International (CC BY 4.0).

Quatre mois après le dernier signe de vie de Manon Relandeau, sa mère demande à Emmanuel Macron d’intervenir auprès d’Alger. Le conjoint de l’agricultrice, principal suspect et présumé innocent, est détenu en Algérie depuis mai. Son extradition vers la France est exclue par la convention bilatérale s’il avait la nationalité algérienne au moment des faits. L’enjeu porte désormais sur la coopération entre les deux justices.

Un appel à l’Élysée quatre mois après la disparition

Nathalie, la mère de Manon Relandeau, a lancé son appel jeudi 6 août au micro d’ICI Loire-Océan. Elle dit ne plus supporter l’absence de réponses sur le sort de sa fille. Elle souhaite que le président de la République intervienne auprès des autorités algériennes. « Je ne veux pas faire de politique, je veux juste des réponses », insiste-t-elle.

Cette prise de parole exprime l’attente de la famille. Elle ne permet pas, à elle seule, de conclure que les autorités françaises seraient restées inactives ou que l’Algérie refuserait de coopérer. Elle met toutefois en lumière une difficulté concrète. Les actes accomplis de part et d’autre de la Méditerranée ne sont pas détaillés publiquement. Il en va de même des éventuelles réponses algériennes.

La famille a aussi ouvert une cagnotte le 1er août pour maintenir l’exploitation agricole de Manon Relandeau. Les animaux doivent continuer à être nourris et soignés. Ce soutien matériel ne change pas la procédure, mais rappelle que la disparition produit déjà des conséquences quotidiennes alors que l’enquête reste ouverte.

Manon Relandeau a-t-elle été retrouvée ?

Non. Manon Relandeau, agricultrice de 31 ans, est installée à Saint-Étienne-de-Montluc, en Loire-Atlantique. Elle n’a plus donné signe de vie depuis le 27 mars 2026. Ses proches ont signalé sa disparition le 3 avril. Aucun élément public ne permet aujourd’hui d’établir ce qui lui est arrivé, et aucun corps n’a été retrouvé.

Le 7 avril, le parquet de Nantes a ouvert une information judiciaire pour meurtre par conjoint et enlèvement de mineure. Le procureur a indiqué que les investigations « convergent vers l’hypothèse d’un meurtre ». Cette formulation décrit une orientation de l’enquête : elle ne prouve ni le décès de Manon Relandeau ni la culpabilité d’une personne.

Le conjoint de Manon Relandeau avait quitté la France le 2 avril avec leur fille, alors âgée de 15 mois. Il a été interpellé le 27 avril en Algérie après une alerte internationale demandée par la France. La justice algérienne l’a placé en détention provisoire le 6 mai, selon le parquet de Nantes cité par l’AFP. Il reste présumé innocent tant qu’aucune juridiction ne l’a déclaré coupable.

Deux autres personnes ont été mises en examen en France au printemps, puis remises en liberté sous contrôle judiciaire. Elles sont elles aussi présumées innocentes. Leur mise en cause ne permet aucune reconstitution certaine des faits. Les autorités judiciaires n’ont pas rendu publics les éléments précis qui la fondent.

Une notice rouge n’est pas une extradition

L’interpellation en Algérie a été facilitée par une notice rouge d’Interpol. Cet outil sert à localiser une personne recherchée et à demander son arrestation provisoire selon le droit du pays concerné. Interpol précise qu’une notice rouge n’est ni un mandat d’arrêt international ni une décision sur la culpabilité.

La distinction est essentielle. La notice a permis aux services algériens d’identifier et d’arrêter le suspect sur leur territoire. Elle ne contraint pas l’Algérie à le remettre à la France et ne détermine pas la juridiction qui pourrait le juger. L’extradition relève d’une procédure séparée, encadrée par une convention entre les deux États.

Pourquoi le conjoint de Manon Relandeau n’est-il pas extradé ?

La convention d’extradition franco-algérienne a été signée à Alger le 27 janvier 2019. Elle est entrée en vigueur le 1er juillet 2021, puis a été publiée au Journal officiel le 11 juillet. Son article 3 interdit à chacun des deux pays d’extrader ses propres ressortissants. La nationalité prise en compte est celle détenue au moment des faits visés. Le parquet de Nantes a présenté le principal suspect comme un ressortissant algérien. Dans ces conditions, sa remise à la France n’est pas la voie prévue par le traité.

Cette règle ne signifie pas que la procédure s’arrête. Les paragraphes 2 et 3 de l’article 3 prévoient le refus d’extrader un ressortissant. À la demande de l’autre État, l’affaire doit alors être soumise aux autorités compétentes. Elles peuvent engager des poursuites s’il y a lieu. La France doit transmettre par la voie diplomatique une demande accompagnée du dossier et des pièces disponibles. L’Algérie doit informer la France de la suite donnée.

Il ne s’agit ni d’un transfert automatique de procès ni d’une garantie de condamnation. Les magistrats algériens apprécient les éléments reçus selon leur propre droit, tandis que l’information judiciaire française peut continuer. Un éventuel jugement en Algérie supposerait donc une procédure locale. Ses qualifications, son calendrier et ses garanties concrètes ne sont pas encore connus publiquement dans ce dossier.

Ce que permettent les commissions rogatoires internationales

L’extradition et l’entraide judiciaire obéissent à deux textes différents. La convention franco-algérienne d’entraide judiciaire en matière pénale a été signée à Paris le 5 octobre 2016. Elle est entrée en vigueur le 1er mai 2018, puis a été publiée au Journal officiel le 6 juin. Elle engage la France et l’Algérie à s’accorder une assistance étendue dans les procédures pénales. Elle permet de transmettre des documents, de recueillir des témoignages ou d’organiser certaines auditions. Elle permet aussi de demander des actes d’enquête sur le territoire de l’autre pays.

Une commission rogatoire internationale permet à un magistrat de demander à une autorité étrangère d’accomplir un ou plusieurs actes déterminés. Elle ne donne pas aux enquêteurs français le pouvoir d’agir seuls en Algérie. Les autorités algériennes exécutent la demande conformément à leur droit, puis transmettent les résultats par les canaux prévus.

Une demande de poursuites va plus loin : elle permet à la justice algérienne d’examiner les faits reprochés à son ressortissant. La notice rouge, la commission rogatoire et la demande de poursuites remplissent donc trois fonctions distinctes. Elles servent à localiser et arrêter provisoirement, obtenir des actes d’enquête, puis envisager une procédure locale. Les confondre donne à tort l’impression qu’une arrestation internationale conduit automatiquement à une extradition.

Les sources publiques ne précisent pas quelles commissions rogatoires ont déjà été envoyées ou exécutées. Elles n’indiquent pas non plus si une demande formelle de poursuites a été transmise avec l’intégralité du dossier. Elles ne permettent pas davantage de confirmer l’ouverture d’une instruction algérienne pour les faits examinés à Nantes. Ce sont les principales zones d’ombre que l’appel de la famille cherche à lever.

Ce qu’Emmanuel Macron peut faire, et ce qu’il ne peut pas faire

Le président de la République ne peut ni ordonner une extradition contraire à la convention ni dicter sa décision à un juge algérien. Il ne peut pas non plus se substituer aux juges d’instruction nantais. Son rôle éventuel est politique et diplomatique. Il peut demander aux ministères compétents de suivre les requêtes françaises et solliciter un état précis des échanges. Il peut aussi porter le dossier auprès de l’exécutif algérien et veiller au fonctionnement des canaux de coopération.

Lors du point presse suivant le Conseil des ministres du 29 avril, Maud Bregeon avait expliqué ne pas connaître le dossier dans le détail. La porte-parole du Gouvernement avait proposé un retour de son cabinet dans les heures suivantes. Elle avait aussi invité le journaliste à interroger le ministère de l’Intérieur et le Quai d’Orsay. Cette réponse officielle, antérieure à la détention provisoire en Algérie, n’éclairait pas la suite judiciaire.

Depuis, la France et l’Algérie ont publiquement affiché leur volonté de renouer un dialogue opérationnel. Cela concerne notamment la recherche de fugitifs et la coopération judiciaire. Rien ne permet cependant d’attribuer à cette reprise un effet précis sur l’enquête Manon Relandeau. Au 6 août, aucune réponse publique plus récente sur ce cas n’a été identifiée. Cela vaut pour l’Élysée, le ministère de la Justice et les autorités algériennes.

La marge d’action française consiste donc moins à obtenir un retour forcé du suspect qu’à faire fonctionner et documenter les mécanismes existants. Pour la famille, l’urgence est désormais double. Elle veut savoir quels actes ont été accomplis en Algérie et obtenir une information fiable sur leur résultat. Cette attente ne doit pas devenir une conclusion prématurée sur le sort de Manon Relandeau.

Cet article a été rédigé par Christian Pierre.