Drag Race France All Stars : Mami Watta s’impose, Elips s’incline, la scène exulte

Drag Race France saison 2 : Nicky Doll et le jury (Daphné Bürki, Loïc Prigent, Shy'm).

À l’Olympia, à Paris, le 28 août, France 2 a diffusé la finale d’All Stars de Drag Race France : Mami Watta), 26 ans, s’y impose face à Elips au terme d’un tournoi de lip-syncs, repartant avec couronne, sceptre et 30 000 euros. Au-delà du sacre, l’instant fort reste la prise de parole de Soa de Muse (« Free Palestine, Free Soudan, Free Congo ») conservée au montage, rappelant la portée politique du drag.

Drag Race France : une franchise désormais installée

Née en 2022, Drag Race France est l’adaptation hexagonale du concours imaginé par Fenton Bailey et Randy Barbato, portée en France par Nicky Doll. Produite par Endemol France, Shake Shake Shake et World of Wonder, l’émission est diffusée sur France 2 et france.tv, avec un relais international sur WOW Presents Plus. Hebdomadaire, le show mêle mini-défis (impro, lecture, photo) et maxi-défis (couture, comédie, musicaux, performance). Le lip-sync for your life tranche les semaines à risque.

Après trois saisons régulières de Drag Race France (Paloma 2022, Keiona 2023, Le Filip 2024), la franchise s’est imposée dans le paysage télé. En 2025, la première saison française d’All Stars réunit 10 reines emblématiques pour une revanche stratégique et spectaculaire.

Ce qui change avec Drag Race France All Stars

Version « légendaire » du format, All Stars densifie la dramaturgie : classements serrés, duels fréquents, décisions à haute intensité. Nicky Doll reste maîtresse de cérémonie, épaulée par Daphné Bürki, Loïc Prigent et Shy’m. Classiques attendus (Talent Show, Snatch Game, Ball, Roast, Girl Groups) et thèmes runway rythment la saison.

La finale repose sur un tournoi de lip-syncs : tirage au sort des duels, puis super finale pour la couronne. Un dispositif qui met à l’épreuve endurance, précision et sens du récit corporel.

Finale Drag Race France All Stars à l’Olympia

Captée le 21 août à L’Olympia et diffusée le 28 août 2025 en fin de soirée sur France 2, la conclusion d’All Stars a pris des airs de concert. Devant 2 000 personnes, la production a enregistré deux fins une par finaliste afin de préserver le suspense jusqu’à l’antenne. Sur scène, le quatuor Elips, Mami Watta, Misty Phoenix et Piche a déroulé chorégraphies, révélations de costumes, humour et couture millimétrée.

Dans les duels, Elips s’impose face à Piche sur « Born to Be Alive » (Patrick Hernandez). Mami Watta domine Misty Phoenix sur « Kongolese sous BBL » (Theodora). En super finale, Mami Watta affronte Elips sur « Abracadabra » et rafle la couronne.

Finale Drag Race France All Stars à l’Olympia (28 août 2025).
Finale Drag Race France All Stars à l’Olympia (28 août 2025).

Hier, à l’antenne : le film d’une nuit

23 h 20–23 h 25 : générique, entrée de Nicky Doll. La salle scande « Mami ! » puis « Elips ! ».

23 h 30 : premier duel. Elips aligne un playback chirurgical, silhouettes sculptées et poses référence haute couture.

23 h 45 : deuxième duel. Mami Watta convoque la ballroom, étire les lignes, déroule des reveals nets, accélère la cadence.

Minuit passé : magnétos d’archives, témoignages des proches, trajectoires singulières entre harcèlement, exils, réconciliations.

Super finale : sur « Abracadabra », Mami Watta impose le récit, Elips répond par la précision. Applaudissements debout, embrassade, confettis.

Mami Watta, une victoire qui résonne

Mami Watta, gagnante de Drag Race France All Stars 2025.
Mami Watta, gagnante de Drag Race France All Stars 2025.

À 26 ans, Mami Watta artiste franco-ivoirienne révélée en saison 2 coiffe la couronne d’All Stars. Elle repart avec couronne, sceptre et 30 000 euros. Cette saison, elle a signé trois victoires (dont Talent Show, Girl Groups et Roast) et des looks tranchants, sans perdre de vue un récit intime : famille catholique à Abidjan, départ pour la France, études de droit, installation à Saint-Denis, plongée dans la ballroom et la scène drag parisienne.

Son nom puise dans les mythes ouest-africains qu’elle réapproprie. En plateau, elle parle d’affirmation et de fragilités transformées en force. Le triomphe raconte une génération qui bricole des modèles et joue du vêtement comme d’une armure. En outre, elle investit l’espace public avec des corps longtemps assignés au hors-champ.

Et après la couronne ?

La suite, c’est la tournée Drag Race France All Stars Live, les booking en clubs et festivals, des capsules mode, des plateaux TV et des résidences. La franchise a prouvé qu’elle pouvait propulser : Mami Watta s’inscrit dans ce sillage, figure de diaspora et role model pour une jeunesse qui cherche ses mots.

Soa de Muse, un micro pour la géopolitique

Gagnante ou pas, la séquence de la soirée est signée Soa de Muse. Au moment des interviews consacrées aux participantes non-finalistes, elle lance : « Free Palestine, Free Soudan, Free Congo ». France 2 conserve l’extrait et le diffuse. Sur les réseaux, la décision est saluée. Une piqûre de rappel : en 2025, l’art du drag reste un langage politique. Le plateau n’est pas qu’un podium, c’est une tribune où s’agrègent récits intimes et actualités brûlantes.

Soa de Muse à Drag Race France : une voix militante.
Soa de Muse à Drag Race France : une voix militante.

Dix reines, de la saison 1 à All Stars

  • Elips (saison 1, Miss Sympathie) — Styliste-poète. Silhouettes architecturées, références mode, précision chirurgicale en lip-sync, finaliste All Stars.
  • Misty Phoenix (saison 3) — Comédienne redoutable. Sens du camp, personnages ciselés, un humour qui tombe juste.
  • Piche (saison 2) — Rappeuse-danseuse. Looks camp et énergie brute, sa carrière musicale a pris de l’ampleur, jusqu’aux JO de Paris 2024 dont elle a raconté les coulisses.
  • Magnetica (saison 3) — Performeuse haute-tension. Drag glam et spectaculaire, make-up éditorial.
  • Soa de Muse (saison 1, finaliste) — Voix militante. Esthétique afro-punk, cabaret, storytelling politique.
  • Punani (saison 2) — Couture romantique, humour pince-sans-rire, duo culte avec Rose en saison 2, palette de personnages « à contre-emploi ».
  • La Big Bertha (saison 1) — Corps politique. Burlesque, tendresse, magnétisme scénique.
  • Kam Hugh (saison 1) — Technicité maquillage, références pop, autodérision.
  • Moon (saison 2, Miss Sympathie) — Poésie lyrique, gestuelle précise, sensibilité affleurante, éliminée aux portes de la finale.
  • Mami Watta (saison 2, gagnante All Stars) — Drag ivoirien réinventé. Ballroom, humour et fashion-storytelling.

La présentatrice et le jury : qui fait quoi

Nicky Doll tient le cap : présentatrice, mentor, arbitre en finale. Le jury 2025 combine télé et mode : Daphné Bürki, Loïc Prigent et Shy’m. À la table, des invités de la musique, du cinéma et de la pop-culture ; clin d’œil attendu à Thomas Jolly. La grille propose un regard croisé : show, couture, écriture.

Les chiffres et la réception : tard le soir, très fort en ligne

Case après 23 h en linéaire, audiences digitales en forte part. Cette saison, la production revendique 700 000 vues en moyenne par épisode (antenne + numérique). De plus, elle affiche 62 % de consommation sur france.tv. Par ailleurs, elle atteint 45,3 % de part d’audience sur les 25-34 ans. Enfin, elle totalise 98 millions de vidéos vues (+ 35 % vs saison précédente). En parallèle, la franchise affiche une note IMDB autour de 9,1/10 et une visibilité internationale via WOW Presents Plus.

L’écosystème viewing parties a irrigué l’été : bars, salles et scènes queer ont programmé des visionnages collectifs, souvent doublés de shows et meet & greet. Pour la finale, l’ambiance était au « chœur » on regarde, on commente, on crie.

Pourquoi les drag queens en France pèsent culturellement

En trois ans, le show a popularisé l’art du drag et exposé ses codes : ballroom, maquillage, couture, lip-sync, icônes pop. Il a routinisé des récits d’identités et d’expressions de genre jusque-là épars, offrant un espace de mises en scène et de ré-appropriations.

Pour France Télévisions, diffuser Drag Race France est une offre inclusive et créative en clair et en streaming. Quand une reine parle de famille, d’exil, d’insécurité, de joies, elle produit des repères. Quand Soa de Muse ramène le monde sur le plateau, elle rappelle que tout, ici, peut devenir politique.

L’écosystème continue en dehors de l’écran

La saison All Stars s’accompagne d’une tournée live des têtes d’affiche, avec des haltes en grandes salles (jusqu’à Accor Arena). À côté : « Meet the Queens », bonus d’atelier, replays chapitrés, podcasts et déclinaisons social media.

Maisons et collectifs de drag (ballroom, cabaret, scènes locales) profitent du halo : résidences, festivals, invitations. La mode irrigue le runway : créateurs émergents et hommages aux icônes (de Grace Jones à la haute couture). La bande-son brasse disco français, pop internationale, hits queer et scènes urbaines.

Ce qu’on n’a pas vu à l’écran

Avant la captation, échauffement de salle et consignes. Entre deux tableaux : changements techniques serrés. Le protocole des deux fins enregistrées a tenu la communauté en haleine jusqu’à la diffusion.

Et maintenant ?

France 2 n’a pas encore officialisé la prochaine saison régulière. Au vu de l’appétence du public, un retour en 2026 semble probable. De plus, le potentiel international renforce cette possibilité. Par ailleurs, la puissance communautaire est un facteur favorable. Cependant, cela reste sous réserve d’arbitrages budgétaires et de calendrier.

Repères utiles

  • Format et diffusion : France 2 en deuxième/fin de soirée, intégralité sur france.tv, international : WOW Presents Plus.
  • Jury : Nicky Doll (présentation), Daphné Bürki, Loïc Prigent, Shy’m.
  • Finale Drag Race France All Stars 2025 : 28 août, L’Olympia (captation 21 août). Mami Watta gagnante, Elips finaliste.
  • Gains : 30 000 euros, couronne et sceptre.
  • Moments marquants : déclaration de Soa de Muse à l’antenne, duels de lip-sync « Born to Be Alive », « Kongolese sous BBL », « Abracadabra ».
Finale Drag Race France All Stars : Mami Watta sacrée à l’Olympia (28 août 2025).
Finale Drag Race France All Stars : Mami Watta sacrée à l’Olympia (28 août 2025).

Cet article a été rédigé par Émilie Schwartz.