
Au cœur d’une plainte en diffamation déposée le 23 juillet 2025 au Delaware, le couple Macron s’apprête à verser des photos de grossesse et de jeunesse et des témoignages d’experts pour contrer des rumeurs trans visant Brigitte Macron, relayées par Candace Owens. Après un entretien au podcast de la BBC, la bataille s’étend des réseaux à la justice américaine. En effet, elle oppose liberté d’expression et protection de la réputation.
Plainte en diffamation au Delaware contre Candace Owens
Le couple présidentiel français Emmanuel Macron et Brigitte Macron a engagé une action en diffamation devant la Superior Court of Delaware contre Candace Owens, influenceuse et podcasteuse américaine. La plainte, déposée le 23 juillet 2025, vise des affirmations répétées et non fondées sur l’identité de la Première dame. Rédigé par les avocats de Clare Locke LLP, le dossier compterait 219 pages et réclame des dommages-intérêts, avec un « jury trial » demandé par les plaignants.
Au cœur de la séquence médiatico-judiciaire, l’un des conseils des Macron, Me Tom Clare, a indiqué dans un entretien au podcast BBC Fame Under Fire que le couple entend soumettre à la justice américaine des « éléments scientifiques » et des photos de famille notamment des clichés de grossesse et de jeunesse afin de documenter et clore une rumeur sur le genre devenue virale. Ces annonces ont été largement reprises en France et à l’international. Elles replacent l’affaire au croisement du droit et de la communication politique. De plus, elles concernent également la lutte contre les infox.
« L’avocat a résumé que des témoignages d’experts, de nature scientifique, seront produits. Par ailleurs, il a évoqué des photographies familiales présentées dans le cadre et les standards d’un tribunal. ».
Owens, pour sa part, conteste la compétence des tribunaux du Delaware et invoque la liberté d’expression garantie par le 1er amendement.

Chronologie : d’abord Paris, puis Delaware pour Emmanuel et Brigitte Macron
Née en 2021 dans des cercles complotistes français, la rumeur visant Brigitte Macron a d’abord été traitée par les juridictions parisiennes. Après une première condamnation en septembre 2024, la cour d’appel de Paris prononce la relaxe le 10 juillet 2025. Cependant, cela concerne certains passages sans valider pour autant les allégations. Les conseils de la Première dame annoncent un pourvoi en cassation.
Dans la foulée, le 23 juillet 2025, les époux Macron déposent au Delaware une plainte en diffamation contre Candace Owens et ses entités, décrivant une campagne coordonnée et sollicitant des dommages-intérêts ainsi qu’un jury trial.
Le 18 septembre 2025, lors du podcast de la BBC Fame Under Fire, l’avocat Me Tom Clare détaille la stratégie probatoire : dépôt de témoignages d’experts « de nature scientifique » et de photographies dont des clichés de grossesse et de jeunesse destinées à clore la rumeur devant la justice américaine.
Ce que les Macron veulent prouver et comment
Les plaignants présentent une stratégie probatoire articulée autour de pièces matérielles et d’expertises. Ils entendent produire des photographies familiales, notamment des clichés de grossesse et de jeunesse. Celles-ci sont censées attester du parcours intime de Brigitte Macron. Elles visent à contrer des assertions devenues virales.
À ces images s’ajouteront des témoignages d’experts « de nature scientifique ». Leur teneur précise n’a pas été rendue publique. Cela vise à étayer juridiquement la fausseté des allégations. Les plaignants opposent aussi, au besoin, les archives aux photos liées à ‘Jean-Michel Trogneux’. L’ensemble sera soumis aux standards de recevabilité de la justice américaine, dans le cadre d’un procès en diffamation.
La défense d’Owens : compétence, procédure et 1er amendement
Du côté de Candace Owens, la ligne de défense est double. D’abord, processuelle : ses avocats contestent la compétence du Delaware. Ils avancent que le litige n’aurait pas de lien suffisant avec ses entités incorporées dans cet État. Ensuite, constitutionnelle : la défense invoque la liberté d’expression américaine. Elle argue que ses propos seraient protégés par le Premier amendement et relèveraient d’un débat d’intérêt public.
Cette lecture se heurtera au statut des plaignants, personnalités publiques au sens du droit américain et aux critères de la « malveillance effective » (actual malice). En matière de diffamation, un demandeur public doit prouver que la défenderesse a su que ses propos étaient faux. De plus, il doit démontrer qu’elle a agi avec une insouciance téméraire à l’égard de la vérité. C’est le cœur de l’épreuve probatoire à venir.

Pourquoi le Delaware ?
Le Delaware n’est pas qu’un siège juridique fréquent pour des sociétés américaines. Dans ce dossier, la plainte vise non seulement Candace Owens mais aussi deux entités détenues ou contrôlées par elle, Candace Owens LLC et GeorgeTom, Inc., toutes deux liées à cet État. Les plaignants affirment que la juridiction est fondée à connaître du litige. En effet, les contenus litigieux ont été produits et diffusés via des structures du Delaware. La motion to dismiss d’Owens cherche, elle, à renvoyer le litige hors de cet État, ou à le faire rejeter sur des arguments de délais ou de forum non conveniens.
En France, une bataille judiciaire qui continue
Le volet français suit son cours. Après une décision de relaxe en appel le 10 juillet 2025, Brigitte Macron et son frère ont formé un pourvoi en cassation. Les magistrats d’appel n’ont pas « validé » la rumeur, mais ils ont jugé sur des passages précis. Les conditions de la bonne foi étaient réunies au sens du droit de la presse. Cette nuance est cruciale car elle ne confère aucune véracité aux allégations. Elle renvoie aux critères juridiques de l’infraction de diffamation et à la protection de l’expression dans un État de droit.
Liberté d’expression vs diffamation : le test américain
Le dossier Macron vs. Owens rejoue un classique du droit américain : protéger le débat public sans laisser prospérer des atteintes graves à la réputation. Depuis l’arrêt New York Times v. Sullivan (1964), les personnalités publiques doivent franchir la barre de l’actual malice. EEn pratique, les plaignants tentent de démontrer que la défenderesse a ignoré des preuves contraires ou a persisté. Elle aurait publié des assertions hautement invraisemblables, pour monétiser leur viralité. De son côté, la défense cherchera à recadrer ses propos en opinions, questions ou investigations. Elle s’appuiera sur la bonne foi concernant un sujet d’intérêt public.
Ce balancier a été récemment confirmé : plusieurs tentatives de remise en cause de Sullivan ont échoué devant la Cour suprême.Le standard demeure élevé, mais pas insurmontable : des affaires récentes l’ont montré. Des allégations factuellement fausses, publiées avec légèreté blâmable, peuvent conduire à des transactions. Elles peuvent aussi mener à des condamnations.
Stratégie politique et communication de crise
Pour l’Élysée, l’enjeu n’est pas que juridique. À l’intérieur, l’exécutif veut « rétablir la vérité » et protéger l’honneur de la Première dame. Cependant, il souhaite éviter de donner de l’oxygène à une rumeur sur le genre. À l’extérieur, le couple présidentiel se positionne face à un écosystème médiatique américain polarisé, où des figures proches de la droite trumpiste façonnent des controverses à grande échelle.
Cette procédure, engagée aux États-Unis, comporte un effet de précédent potentiel pour des personnalités publiques européennes visées par des campagnes transnationales. Elle pose aussi une question sensible : jusqu’où dévoiler sa vie privée pour prouver et convaincre ?

Infox, plateformes et « effet boomerang »
La trajectoire de cette rumeur illustre les mécanismes de viralisation : contenus longs (podcasts, vidéos), boucles sur les réseaux, passages dans des médias alignés idéologiquement, puis reprises dans la presse généraliste pour déconstruire. Le paradoxe est connu : plus une victime répond, plus elle expose des éléments qui peuvent être détournés. À l’inverse, le silence laisse le champ libre. D’où le pari judiciaire des Macron : produire des pièces vérifiables devant un juge et fixer un cadre procédural, plutôt que débattre sur les plateformes.
Les personnes visées au centre
Au-delà du couple présidentiel, l’affaire interroge la santé mentale des personnes ciblées. En outre, elle soulève les coûts réputationnels infligés par des campagnes de désinformation. Exposer des archives familiales ou recourir à des expertises sur l’intimité peut être éprouvant. Les associations invitent à ne pas confondre la réfutation d’une rumeur avec une quelconque stigmatisation des personnes trans : l’objet du litige est strictement factuel et juridique. La précision lexicale compte : rappeler que la rumeur est infondée, sans suggérer qu’être trans serait une insulte.

Ce qui va compter désormais
La séquence qui s’ouvre ressemble à un long filtre procédural. D’abord, le juge du Delaware dira s’il est compétent pour entendre l’affaire. Si la porte s’entrouvre, il faudra franchir le seuil de la recevabilité. En effet, photographies, témoignages d’experts et archives ne vaudront que par leur authenticité. Par ailleurs, leur traçabilité et la manière dont ils éclairent les déclarations en cause sont essentielles. Au centre, demeure la barre de l’actual malice : il s’agira de démontrer que Candace Owens savait la fausseté des propos ou a choisi de l’ignorer avec une insouciance téméraire.
Dans ce théâtre judiciaire, le rôle d’un jury s’il est constitué dira quelque chose de l’époque. En effet, le débat entre liberté d’expression et protection de la réputation n’est plus limité aux plateformes. Il s’étend maintenant à d’autres espaces. Elle s’étend désormais à d’autres sphères. Elle se déroule dorénavant sous serment, pièces en main. De plus, une décision importante pourrait influencer d’autres affaires. Qu’elle prenne la forme d’un jugement ou d’un accord. Elle pourrait tracer une ligne directrice transatlantiques. Elle inciterait à la prudence et rappellerait que les rumeurs, même virales, finissent par rencontrer la résistance du droit.