
Emmanuel Macron prend la parole au cimetière américain de Normandie lors du 75e anniversaire du Débarquement, le 6 juin 2019. Dans ce décor solennel, le président français porte la voix de la France. Crédits : Defense Visual Information Distribution Service via Picryl.com.
À New York, Emmanuel Macron s’est exprimé devant l’Assemblée générale de l’ONU le 22 septembre 2026. Il a dénoncé la situation à Gaza et en Cisjordanie. Sa phrase sur le Hamas a provoqué la colère du gouvernement israélien. Le lendemain, une source diplomatique française interrogée par le Jerusalem Post a invoqué un problème d’interprétation. Le désaccord porte sur l’activité du mouvement palestinien, mais aussi sur l’accès humanitaire et la sécurité des civils.
La phrase qui a déclenché la réponse israélienne
Dans son discours du 22 septembre, le président français dénonce les violations commises en Cisjordanie et demande au nom de quoi elles le sont. Il ajoute : « Le Hamas n’a jamais sévi en Cisjordanie. » Cette formulation figure dans la transcription publiée par l’Élysée.
Le passage s’inscrit dans un plaidoyer pour la souveraineté palestinienne. Macron reproche aux États de défendre ce principe de manière inégale selon les régions du monde. Il présente le respect des droits palestiniens comme une condition de la sécurité d’Israël, à laquelle il réaffirme son attachement.
Le bureau du Premier ministre israélien répond en dénonçant une « absurdité grotesque ». Il affirme que des membres du Hamas attaquent des Juifs presque quotidiennement en Cisjordanie. Cette fréquence est une affirmation du gouvernement israélien ; sa publication ne fournit pas de décompte permettant de la vérifier.
Gouverner un territoire et y mener des attaques
Le 23 septembre, une source diplomatique française explique au Jerusalem Post l’intention du président. Il aurait voulu parler de l’absence de gouvernement du Hamas en Cisjordanie. Elle invoque une mauvaise interprétation de ses mots lors de leur traduction. Cette explication émane d’un interlocuteur non nommé. Elle propose une lecture de l’intention présidentielle, sans modifier la phrase française publiée par l’Élysée.
La distinction institutionnelle est réelle. Le Hamas a pris le contrôle de Gaza en 2007. En Cisjordanie, l’Autorité palestinienne, dominée par le Fatah, mouvement rival, administre une partie du territoire sous occupation israélienne. Les deux territoires n’ont donc pas suivi la même trajectoire politique depuis cette rupture.
L’activité armée du Hamas en Cisjordanie est, elle aussi, documentée. Le 20 juin 2023, quatre Israéliens ont été tués près de la colonie d’Eli. L’attaque visait un restaurant et une station-service. Le Hamas a présenté les deux tireurs comme des membres de sa branche armée. Son porte-parole Hazem Qassem a justifié l’attaque en invoquant une opération israélienne menée la veille à Jénine.
Ce précédent suffit à contredire une lecture de la phrase présidentielle qui nierait toute action violente du Hamas dans le territoire. Il ne démontre pas pour autant la fréquence quotidienne avancée par le gouvernement israélien, ni la responsabilité du mouvement dans chaque attaque récente.

L’attaque du 20 septembre au centre de la réplique
Pour appuyer sa réponse, le bureau de Benyamin Nétanyahou cite la mort de Netanel Shukrun, tué deux jours avant le discours. Il le présente comme un citoyen français et attribue son assassinat à un membre du Hamas. La nationalité française et cette affiliation sont les éléments avancés par le bureau du Premier ministre.
Le 20 septembre, Shukrun s’était rendu avec son fils aîné près d’une source naturelle, à proximité de Neve Tzuf. Cet habitant de la colonie d’Alei Zahav était père de six enfants. Il y était venu avant Yom Kippour. Touché par balles alors qu’il se trouvait dans son véhicule, il a été transporté à l’hôpital, où il est mort. Son fils a survécu.
L’armée israélienne a annoncé avoir arrêté le suspect dans un établissement hospitalier près de Ramallah. Selon son récit, un militaire l’avait blessé pendant sa fuite. Des soldats de l’unité Duvdevan l’ont ensuite retrouvé grâce aux renseignements du Shin Bet. Celui-ci est le service israélien de sécurité intérieure.
Le Hamas a salué l’attaque dans un communiqué, sans en revendiquer explicitement la responsabilité. Ce soutien public ne suffit pas à établir l’appartenance de l’auteur au mouvement. Il ne prouve pas davantage l’existence d’un ordre du Hamas.
À Gaza, une aide qui entre sous de fortes restrictions
À propos de Gaza, Macron a dénoncé une « paix prétendue » qui n’aurait pas rétabli les voies humanitaires. Il a également évoqué « un spectacle qui nous fait honte à tous ». Les données de l’ONU décrivent cependant un accès dégradé, avec des entrées effectives de marchandises.
Le rapport du 18 septembre 2026 émane de l’OCHA, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU. Il indique que Kerem Shalom reste le seul passage opérationnel pour le fret. Zikim est fermé depuis le 24 mai.
Du 7 au 13 septembre, le taux de déchargement à Kerem Shalom est descendu à 70 %, contre 77 % la semaine précédente. Il porte sur les camions d’aide de l’ONU et de ses partenaires. Pour le corridor égyptien, il n’atteint que 35 %. Ces taux comparent les chargements effectivement déchargés à ceux autorisés à figurer sur les listes de transport. Ils ne mesurent pas la proportion des besoins humanitaires couverts.
Le rapport de l’OCHA du 11 septembre donne un exemple concret des obstacles. La demande concernait près de 37 000 pièces de bois et 660 kits d’abri d’urgence. Elle a été refusée après deux rejets antérieurs. L’organisme rapporte que les autorités israéliennes ont invoqué des raisons de sécurité.
Le même document décrit une pénurie d’huile moteur, indispensable aux générateurs alimentant les installations de santé et d’eau. Depuis le 1er mars, 13 445 litres avaient reçu une autorisation israélienne. Dans le même temps, 92 778 litres attendaient encore l’approbation du mécanisme onusien de suivi de l’aide. Ces chiffres excluent l’huile destinée aux boulangeries.
Ces observations documentent des blocages importants. Elles ne décrivent pas une fermeture totale de l’accès humanitaire. Elles ne recensent pas non plus les passages de la seule journée du discours.
En Cisjordanie, des violences aux effets durables
Les violences contre les Palestiniens évoquées par Macron font également l’objet d’un suivi de l’OCHA. Son rapport du 18 septembre recense plus de 1 600 attaques de colons depuis le début de 2026. Elles ont causé des victimes ou des dégâts matériels dans 275 communautés palestiniennes. Plus de 2 600 personnes ont été déplacées dans le contexte de ces violences et des restrictions d’accès qui leur sont liées.
Ce décompte d’attaques se distingue du bilan des victimes. L’OCHA suit séparément les démolitions et les opérations militaires israéliennes.
Le rapport du 23 juillet comptabilisait déjà plus de 1 330 attaques de colons dans 250 communautés depuis le début de l’année. Il décrivait des maisons endommagées, des canalisations détruites et des difficultés d’accès à l’eau. Les conséquences dépassent ainsi le moment de l’agression : elles affectent aussi l’habitat, les revenus et les services essentiels.

La solution à deux États reste le cadre français
La controverse intervient un an après la reconnaissance de l’État de Palestine par la France, annoncée le 22 septembre 2025. La solution à deux États prévoit la coexistence d’Israël et d’un État palestinien. Chacun disposerait de sa souveraineté et de garanties de sécurité.
Lors de cette annonce, Macron avait défendu une administration de transition à Gaza intégrant l’Autorité palestinienne. Il avait aussi prévu le désarmement et le démantèlement du Hamas. Le soutien français à un État palestinien s’accompagnait donc d’une exclusion du mouvement de la gouvernance envisagée.
Benyamin Nétanyahou doit à son tour s’exprimer devant l’Assemblée générale jeudi 24 septembre, selon l’AFP.