
À Rabat, Luca Zidane découvre la Coupe d’Afrique des nations 2025 sous le maillot de l’Algérie. Titulaire contre le Soudan le 24 décembre, puis face au Burkina Faso le 28 décembre, le gardien a enchaîné un match sans but encaissé et une victoire 1–0 sur penalty de Riyad Mahrez. Les Fennecs se sont qualifiés dès la deuxième journée. Pour lui, la compétition scelle un choix familial et une émancipation à hauteur d’homme.
Un départ net, un zéro qui compte
Le 24 décembre 2025, l’Algérie ouvre sa phase de groupes par un 3–0 contre le Soudan, au stade Moulay El Hassan de Rabat, l’un des stades de la CAN 2025. Score large, départ propre, message immédiat. Mahrez marque deux fois, le jeune Ibrahim Maza ajoute un troisième but, et l’équipe s’offre une soirée sans frayeurs durables. Pourtant, lors de ce match d’entrée, on parle d’abord des attaquants. Cependant, une autre ligne du tableau attire l’attention. Elle est plus silencieuse et presque austère. En effet, le but concédé reste vide. Pour un gardien, un premier match de CAN ne se gagne pas à l’éclat, mais à la netteté. Luca Zidane, choisi d’emblée, signe un match sans but encaissé qui vaut certificat de stabilité.

Quatre jours plus tard, le Burkina Faso propose un autre goût, plus âpre. Le match se resserre, le tempo se durcit, les espaces se ferment. L’Algérie ne déroule plus, elle gère, elle endure, elle attend l’instant utile. Il vient sur penalty, transformé par Mahrez. Victoire 1–0, et surtout qualification validée dès la deuxième journée. Ainsi, l’équipe peut aborder la suite sans l’angoisse du calcul. Les tournois aiment les départs brillants. Ils respectent davantage encore les départs maîtrisés.
Dans l’intervalle, Luca Zidane a donné le ton. En effet, sa prise de parole a été relayée par la Fédération algérienne de football. Objectif clair, phrase sans détour : « aller chercher les trois points ». L’expression appartient au vocabulaire automatique des vestiaires. Chez lui, elle prend un relief particulier, parce qu’elle se superpose à une autre conquête, plus intime. Trois points sur la pelouse, oui. Mais aussi la certitude d’être à sa place.
Le penalty de Mahrez, et ce que dit un match serré
Le scénario contre le Burkina Faso n’a rien d’un décor arrangé. Il raconte, au contraire, la logique des compétitions courtes, celles où l’on n’existe pas seulement par le style, mais par l’aptitude à survivre aux minutes molles. Le penalty arrive après une faute sur Rayan Aït-Nouri. Mahrez s’en charge comme on ferme une porte, sans emphase. Une course brève, un ballon placé, puis l’Algérie passe devant.
L’avance ne libère pas, elle oblige. Les duels se multiplient et le ballon revient rapidement. En conséquence, il ne s’installe pas longtemps. Chaque relance devient alors un choix moral. Le Burkina Faso se procure des occasions, et l’égalisation manque de peu quand une tête de Pierre Kaboré heurte le poteau. Dans ces secondes suspendues, le gardien n’est pas un personnage secondaire. Il est l’axe. Luca Zidane, sollicité, répond sans théâtralité. Le football moderne adore les gestes spectaculaires. Les grands tournois, eux, se gagnent souvent avec des gestes simples qui empêchent le doute de naître.
Cette victoire étroite change la température de la campagne algérienne. Elle dit que l’équipe sait aussi gagner autrement que par la démonstration. Elle donne du crédit au discours d’avant-match, celui d’une qualification rapide pour avancer l’esprit plus léger. Elle réinstalle, en filigrane, l’ambition d’un groupe ayant déjà connu la lumière. En effet, ce groupe a remporté un titre continental en 1990 puis en 2019. Cependant, il cherche à effacer des sorties récentes trop précoces.
Un gardien contemporain, un calme appris loin des vitrines
Le poste de gardien n’offre pas la volupté du dribble ni l’ivresse du but. Il exige la rigueur, le détail et l’instant où tout se joue avec une seule réponse possible. Dans la CAN, un match peut basculer sur un ballon dévié ou un centre mal renvoyé. Ainsi, cette exigence prend une densité particulière. Luca Zidane n’a pas besoin de multiplier les parades de cinéma pour être crédible. Il doit surtout se montrer fiable dans les gestes qui ne font pas de bruit : la prise de balle, la sortie au bon moment, l’angle fermé sans panique.
Son parcours explique ce calme. Il a grandi dans un club fabricant des projecteurs, le Real Madrid, où il entre dès l’enfance. Là-bas, il apprend longtemps dans l’ombre avec l’idée que la moindre erreur devient une anecdote mondiale. Il passe ensuite par des étapes plus ordinaires et, pour un gardien, plus formatrices : un prêt au Racing de Santander, puis le Rayo Vallecano, puis Eibar, avant de s’installer à Grenade. Loin du centre, il a appris le métier. La CAN le remet au centre, sans l’habiller d’un costume trop large.
Le match contre le Soudan l’a résumé. Il y a peu d’arrêts à réaliser, mais un moment où il faut être présent d’un coup. En effet, tout le reste semble déjà acquis. Un gardien peut disparaître pendant une heure et perdre le match sur la seule action où il devait exister. Pour son entrée, Luca Zidane a fait l’inverse. Il s’est montré quand il le fallait, et il a laissé l’équipe respirer.
Choisir l’Algérie, ou le roman discret d’une filiation
À 27 ans, Luca Zidane a choisi l’Algérie, le pays de ses grands-parents. En effet, il avait porté le maillot de la France chez les jeunes. Le geste n’est ni inédit ni anodin. Le football contemporain a multiplié ces trajectoires, au carrefour des origines, des histoires familiales et des règlements. Mais le cas Zidane ajoute une résonance particulière. Le nom circule, de l’autre côté de la Méditerranée, comme un souvenir commun. Il a sa part d’affection, et sa part d’exigence.
Luca Zidane, lui, dit la fierté. Il parle d’un « moment fort » de sa carrière. Il insiste sur le collectif, sur l’idée de se fondre dans un groupe plutôt que de se distinguer. Dans ses mots, le souvenir du grand-père Smaïl revient comme une boussole. Il raconte l’enthousiasme de l’aïeul, le soutien familial, et ce besoin très simple de rendre les siens heureux. Le choix algérien, chez lui, n’a pas le ton d’un manifeste. Il a celui d’un lien retrouvé.
Au fond, cette décision ressemble aussi à une manière de reprendre la main sur sa propre narration. Être Zidane, dans le football, c’est vivre avec un récit déjà écrit par d’autres. En choisissant l’Algérie, Luca Zidane n’efface pas son héritage. Il l’oriente. Il se donne un présent qui n’est pas seulement une comparaison.
Zinédine Zidane en tribune, l’ombre portée d’un patronyme
Il suffit parfois d’une silhouette dans les gradins pour que le football redevienne une affaire de famille. À Rabat, la présence de Zinédine Zidane, venu soutenir son fils, a été relevée par plusieurs récits de presse. Rien d’un événement mondain, plutôt une scène silencieuse : un père regarde, un fils travaille. L’image est forte parce qu’elle renverse le réflexe habituel. Ici, ce n’est pas Luca qui accompagne un monument. C’est le monument qui se met, le temps d’un match, en retrait.
Ce retrait dit beaucoup de la façon dont Luca Zidane cherche à avancer. Il n’a pas changé de nom. Il n’a pas cherché à se fabriquer une échappatoire. Il accepte l’étiquette, mais il refuse de s’y réduire. La CAN lui offre une possibilité rare : être jugé au présent, sur un poste sans indulgence, dans un maillot chargé d’attentes. La filiation demeure. L’émancipation, elle, se joue à la minute, dans un plongeon sobre ou une relance propre.
Rabat, stade proche, tribunes proches, pression immédiate
Au Maroc, la CAN transforme la géographie en dramaturgie. Une ville devient un chapitre. Un stade, un décor. Rabat, pour l’Algérie, a pris la forme du stade Moulay El Hassan, une enceinte où le public paraît collé à la pelouse. On y entend les consignes. On y perçoit les souffles. Pour un gardien, c’est une loupe. Le moindre pas en arrière, le moindre ballon repoussé au centre, tout est commenté avant même d’être compris.

Face au Soudan, l’Algérie a pu installer ses circuits. Le match a donné l’image d’un collectif confiant, avec Mahrez en chef d’orchestre et une équipe soucieuse de ne pas se raconter d’excuses. Face au Burkina Faso, la même équipe a dû accepter un football plus rude, moins décoratif, plus physique. C’est dans ce contraste que se lit une campagne. Les grandes sélections ne sont pas celles qui jouent toujours bien. Ce sont celles qui jouent juste, quel que soit le visage du match.
Une vie privée tenue, et le bruit des réseaux tenu à distance
Dans une époque où les footballeurs racontent leur quotidien comme une série, Luca Zidane cultive une forme de parcimonie. Il publie, comme beaucoup, quelques fragments : un vestiaire, une victoire, un visage souriant, parfois une image de couple. Mais l’ensemble reste tenu. Rien de l’exhibition permanente. On devine une stratégie de protection, ou simplement une pudeur.

Cette retenue n’est pas seulement un trait de caractère. Elle s’inscrit dans un climat où la parole sportive, et surtout identitaire, se fait souvent rattraper par la brutalité numérique. Les joueurs binationaux le savent : on leur réclame une loyauté absolue, on soupçonne leur sincérité, on commente leurs choix comme s’ils appartenaient aux tribunes. Dans ce théâtre, les insultes et la rumeur se mêlent avec violence. Trop fréquemment, elles visent l’origine et l’appartenance.
Luca Zidane ne s’affiche pas en donneur de leçons. Il sait que ce bruit n’est pas un adversaire qu’on bat. C’est un vacarme qu’on apprend à tenir à distance. Sa réponse, jusqu’ici, tient en une attitude : parler peu, travailler beaucoup et laisser les matches répondre. Ce n’est pas une posture héroïque. C’est une hygiène.

Après la qualification, l’épreuve des matches qui ne pardonnent pas
Se qualifier dès la deuxième journée offre une respiration. Elle ne garantit rien. Le tournoi va resserrer les enjeux, épaissir les adversaires, rendre chaque détail plus lourd. Les équipes qui avancent dans une CAN apprennent une règle simple : on peut gagner sans briller, mais on ne gagne jamais en perdant sa discipline.
Pour l’Algérie, ce début au Maroc ressemble à un effort de réparation. L’équipe se rappelle sa grandeur récente, celle d’un titre construit sur l’efficacité. Elle se souvient aussi que la compétition a été cruelle ces dernières années. À Rabat, elle semble vouloir retrouver une continuité. Cette ligne de conduite traverse les matches et survit aux imprévus.
Pour Luca Zidane, l’horizon est double. Il y a la suite sportive, évidemment, avec des rencontres où un arrêt peut devenir une qualification. Et il y a la suite personnelle, plus discrète, plus durable : confirmer que ce choix algérien n’est pas une parenthèse, mais une trajectoire. Il exprime la fierté de porter ce maillot. De plus, il ressent la joie d’un entourage qui se reconnaît dans ce geste. Par ailleurs, il considère que ce tournoi compte déjà parmi les moments qui fondent une carrière.
À Rabat, il reste cette image : un gardien concentré, le regard fixé loin devant, comme si la balle allait tomber du futur. Les tournois aiment les fables et les destins. Luca Zidane, lui, répond au présent. Un arrêt après l’autre. Une relance après l’autre. Et parfois, un simple zéro au tableau d’affichage, qui vaut plus qu’un long discours.