
Le 5 février 2026, Netflix lance Les Lionnes, une série française en 8 épisodes. Cette série combine braquage de banque et miroir social, ce qui la rend incontournable parmi les séries françaises. De plus, elle est à suivre sur Netflix en 2026. Dans une banlieue du sud, cinq femmes confrontées à la précarité féminine décident de tenter un premier coup audacieux. Grimées en hommes, elles découvrent qu’un casse peut ressembler à une porte de sortie. L’humour, l’outrance et la vitesse du récit portent une question simple : que reste-t-il quand le système vous laisse au bord — sinon la solidarité féminine, ou la fuite ?
Les Lionnes, un polar pop qui refuse le naturalisme
On peut entrer dans Les Lionnes comme on claque une portière : par le bruit, l’élan, la promesse d’une cavale. La série assume un ton hybride : comédie policière française, une série de braquage au tempo nerveux et chronique sociale s’y frottent sans demander la permission. Ce n’est pas un dossier, ni une reconstitution. C’est une fable contemporaine, tendue vers l’adrénaline.
Le dispositif est connu et, ici, revendiqué : une équipe se forme, un plan se dessine, le monde extérieur se resserre. À ceci près que la bande n’a rien d’un gang romantique. Elle ressemble à un groupe d’amies comptant les pièces et connaissant la honte des fins de mois difficiles. Elles se retrouvent à inventer une violence, faute d’avoir été entendues.
Ce choix — l’énergie avant le réalisme — oriente toute la mise en scène. Les séquences d’action sont montées comme des accélérations de cœur. La farce surgit sans prévenir, puis l’émotion vient, brute, comme une facture oubliée. Dans ce grand écart, la série mise sur un équilibre risqué : faire rire sans excuser, émouvoir sans sanctifier.
Cinq héroïnes, cinq fractures : un casting choral au premier plan
Le moteur, ce sont elles. Rebecca Marder incarne Rosalie, pivot nerveux, tantôt chef de fortune, tantôt enfant du doute. Zoé Marchal joue Kim, impulsive, dangereusement libre, toujours prête à mettre le feu au plan — et parfois à l’équipe. Naidra Ayadi campe Sofia, plus intériorisée, qui tient la ligne quand tout tremble. Tya Deslauriers est Alex, l’œil qui calcule, le corps qui encaisse. Pascale Arbillot interprète Chloé, une femme que l’on croit rangée, et qui découvre tard qu’on peut encore se réinventer — même au bord du gouffre.
Le récit les présente comme des profils ‘très typés’, au sens où chacune porte une tension claire : urgence d’argent, humiliation sociale, colère contenue, besoin d’appartenance. Mais la série évite de les réduire à un slogan. La précarité n’est pas un décor. Elle est une pression constante : elle ronge, elle isole, elle pousse à ‘faire quelque chose’ — même si ce quelque chose est une folie.
Autour d’elles, les seconds rôles sont dessinés plus large, parfois jusqu’à la caricature. C’est un parti pris : dans un monde qui écrase, les puissants se déguisent aussi, mais avec des costumes plus chers. La série s’amuse de ces masques-là, quitte à frôler la satire.

D’où vient le rugissement : le fait divers du Gang des Amazones, en contrechamp
Les Lionnes est librement inspirée d’un fait divers : celui du Gang des Amazones (le “gang des Amazones”), actif entre 1989 et 1990 dans le Vaucluse, autour d’Avignon. Dans l’histoire réelle, cinq jeunes femmes, amies d’enfance (dont deux sœurs), ont commis plusieurs braquages audacieux. Elles se sont grimées en hommes avec des perruques et fausses moustaches, visant des agences bancaires locales. Le mobile, raconté depuis des années par divers récits et documentaires, tient moins du banditisme glamour que de la survie : petits boulots, pauvreté, enfants à nourrir, et la sensation d’être enfermées.
La série, elle, déplace la matière. Elle la projette en 2026, lui donne des couleurs plus vives, des antagonistes plus grotesques, et un tempo de série d’action. Elle ne cherche pas à coller à la chronologie ni aux détails judiciaires. Elle emprunte une idée — ‘des femmes invisibles deviennent des braqueurs visibles’ — et la transforme en récit pop.
Cette liberté a un avantage : elle permet de parler du présent sans l’alibi du documentaire. Mais elle a un risque : le fait divers, à force d’être dynamité, peut devenir simple carburant narratif. Les Lionnes marche sur cette frontière. Elle s’en sort souvent en rappelant, derrière les masques, ce qui motive le geste : l’ombre des humiliations, la fatigue des portes fermées, la rage de ne compter pour personne.
Une mise en scène ‘clip’ : vitesse, couleurs, outrance
La réalisation de Olivier Rosemberg choisit la nervosité. Plans courts, musique comme un moteur, dialogues qui claquent : on sent la volonté de faire tourner le récit à haut régime. La série alterne entre la tension du braquage et la comédie décalée, créant un équilibre captivant. Ainsi, chaque éclat de rire semble empêcher le drame de s’installer trop confortablement.
Cette esthétique ‘pop’ peut désarçonner. Elle rend certains moments jouissifs, presque insolents. Elle peut aussi, parfois, accélérer au point de survoler ce qu’elle touche. Quand tout va vite, on laisse moins de place au silence. Or la précarité, souvent, est une histoire de silences.
À son meilleur, la série utilise cette frénésie pour dire l’époque : un monde saturé d’images, de slogans, de communications, où la violence elle-même devient un langage. Les héroïnes apprennent à jouer un rôle — des hommes — pour entrer dans une pièce qui leur était interdite. Et ce déguisement, loin d’être une simple ruse, devient une métaphore : il faut se travestir pour être pris au sérieux.

Jonathan Cohen, producteur et acteur : la comédie comme arme ambivalente
Jonathan Cohen apparaît ici à double titre : producteur et acteur. Sa présence est significative, car elle indique une continuité avec une fiction française récente plus décomplexée. En effet, cette fiction est prête à mêler le burlesque et le sombre. Après l’ère des comédies ‘de bande’ sur plateformes, Les Lionnes tente un pas de côté : la blague n’est plus seulement un divertissement, elle devient une stratégie de survie.
La série joue avec cette ambiguïté. Elle utilise des figures de pouvoir parfois grotesques — banquier, politique local, caïd de quartier, et les pousse vers la farce. Le rire, alors, sert à dégonfler l’arrogance. Mais le rire peut aussi anesthésier. C’est le paradoxe central du projet : rendre la violence ‘regardable’ sans la rendre légère.
Sur ce point, Les Lionnes ne choisit pas toujours. Elle préfère la zone grise. Elle montre l’euphorie du premier coup, la sensation de reprendre la main, puis laisse venir le prix : la peur, la paranoïa, l’usure des liens. On ne braque pas une banque sans braquer quelque chose en soi.
Ce que la série dit de la précarité féminine, et ce qu’elle laisse dans l’ombre
La précarité racontée ici n’est pas théorique. Elle passe par les détails : un frigo vide, une démarche administrative qui se transforme en piège, une dette qui colle à la peau, une humiliation banale. La série insiste aussi sur une idée rarement montrée sans misérabilisme : la précarité isole. Elle coupe des proches, elle ronge l’estime, elle fait honte.
La force du récit tient à la solidarité féminine qu’il met en scène, une sororité imparfaite, souvent heurtée, toujours menacée. Les héroïnes ne sont pas des saintes. Elles se trompent, mentent, se blessent. Mais elles ont quelque chose en commun : elles ont compris qu’on ne s’en sort pas seule.
Reste un angle mort : la série, à force de foncer, évoque parfois plus qu’elle n’explore. Les institutions — police, justice, politique — existent surtout comme des forces de poursuite, ou des machines à cynisme. C’est cohérent avec le genre ‘casse’. Mais cela peut simplifier des questions complexes, comme si le monde était divisé entre chasseurs et chassées.
Un final en pointillé : suspense, conséquences, et question d’une saison 2
Sans dévoiler les derniers virages, la saison se termine sur une fin ouverte. Elle ne boucle pas proprement les destins. Elle laisse une sensation de suspension : un groupe, des choix, et ce qui reste à payer. Ce point de suspension alimente logiquement la question d’une suite.
À ce stade, Netflix n’a pas annoncé officiellement de saison 2. Le format, lui, s’y prêterait : les conséquences d’un premier enchaînement de braquages, la cavale, les fractures intimes, le retour de menaces plus structurées. Mais la série peut aussi se lire comme un bloc unique : une montée, un vertige, et l’ombre qui retombe.
Une fiction française plus décomplexée, mais pas sans ambiguïtés
Les Lionnes ressemble à un symptôme. Celui d’une fiction française contemporaine qui accepte enfin le mélange des genres : du social dans le polar, du burlesque dans le drame, de la satire dans le thriller. Cette liberté fait du bien : elle permet d’éviter la solennité, de parler des rapports de pouvoir sans le ton professoral.
Mais elle oblige aussi à une vigilance : à force de pop, on peut ‘styliser’ la misère. La série s’en tire en gardant, par moments, un regard attentif sur ce qui se joue derrière l’action : l’injustice ordinaire, l’assignation sociale, et la tentation de la violence quand tout le reste a échoué.
Au fond, le titre est bien trouvé. Une lionne, ce n’est pas seulement une guerrière. C’est aussi une survivante. Dans Les Lionnes, les héroïnes rugissent parce qu’elles n’ont plus de voix. Et si la série amuse, choque et accroche, c’est peut-être parce qu’elle rappelle une vérité simple : quand on pousse trop longtemps des vies au bord, le bord finit par répondre.