Pourquoi Léa Salamé se retire du 20H de France 2 : l’impartialité du service public face à la présidentielle

Raphaël Glucksmann à la Foire du livre de Francfort, en octobre 2017. Son entrée dans la présidentielle de 2027 a conduit Léa Salamé à se retirer du 20H de France 2. Crédits : Harald Krichel / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Raphaël Glucksmann à la Foire du livre de Francfort, en octobre 2017. Son entrée dans la présidentielle de 2027 a conduit Léa Salamé à se retirer du 20H de France 2. Crédits : Harald Krichel / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Léa Salamé s’est mise en retrait, lundi 24 août, de la présentation du 20H de France 2. Cette décision suit l’officialisation de la candidature de son compagnon Raphaël Glucksmann à la présidentielle de 2027. Décidée avec France Télévisions, cette mesure préventive vise à préserver la confiance dans l’impartialité du service public. Jean-Baptiste Marteau prend le relais, tandis que la journaliste conserve Quelle époque !, sans traitement de la campagne.

Un retrait annoncé dès la nomination de Léa Salamé au 20H

La décision était préparée, mais elle n’en est pas moins immédiate. Raphaël Glucksmann a officialisé sa candidature au 20H de TF1 dimanche 23 août. Le lendemain, Léa Salamé a annoncé son retrait temporaire du journal télévisé de France 2. Elle occupait ce fauteuil depuis la rentrée 2025.

Les principaux éléments de son message publié sur Instagram ont été rapportés par une dépêche de l’AFP. La journaliste y rappelle l’engagement pris à son arrivée. Elle écrit : « J’en avais pris l’engagement dès le premier jour et je m’y tiens. » Elle présente ce choix, arrêté avec sa direction, comme difficile sur le plan professionnel mais nécessaire au regard de la campagne à venir.

Le 20H constitue un point de passage majeur de la vie politique. Les candidats y sont interrogés et leurs propositions y sont examinées. Les temps forts de la campagne y occupent aussi une place régulière. La présentatrice aurait donc été exposée, soir après soir, à une actualité directement liée à son compagnon. Son retrait met cette situation à distance avant qu’elle ne pèse sur la fabrication du journal ou sur sa perception par le public.

La mesure ne signifie pas que Raphaël Glucksmann est déjà investi comme candidat unique d’un camp. Le coprésident de Place publique a aussi annoncé sa participation à une primaire organisée avec le Parti socialiste à l’automne. Ses modalités doivent encore être finalisées. La distinction est importante : la campagne est engagée, mais le processus de désignation n’est pas achevé.

Une précaution déontologique, pas une sanction

France Télévisions inscrit ce retrait dans sa politique de prévention des conflits d’intérêts. Un conflit avéré supposerait qu’un intérêt personnel ait effectivement influencé une décision professionnelle. Ici, le groupe agit en amont contre un autre risque. Un lien privé pourrait faire naître un doute sur l’indépendance de la rédaction, même sans intervention ni biais démontré.

Dans son explication institutionnelle publiée par franceinfo, France Télévisions insiste sur deux limites. La mise en retrait ne punit pas la journaliste et ne revient pas à lui prêter les opinions ou le vote de son compagnon. Elle cherche à empêcher qu’un soupçon, même infondé, ne fragilise la confiance accordée au service public.

Le groupe dispose d’un guide professionnel consacré à la prévention des conflits d’intérêts. Une note interne articule les fonctions exercées à France Télévisions avec un mandat électoral. Elle prévoit aussi le cas des conjoints de candidats ou d’élus. Un tableau d’aide à la décision accompagne ce dispositif. Les responsables peuvent ainsi adapter la réponse au poste occupé et au sujet couvert.

Ce cadre interne ne constitue pas une interdiction légale générale visant tout journaliste vivant avec une personnalité politique. La réponse dépend de l’exposition éditoriale et de la proximité entre les fonctions de chacun. Présenter le principal journal de France 2 pendant une présidentielle place la question à son niveau le plus sensible.

Qui remplace Léa Salamé au 20H de France 2 ?

Jean-Baptiste Marteau, joker habituel de la présentatrice, assure le 20H à compter du lundi 24 août, selon l’AFP. Il connaît déjà le journal et la rédaction, notamment pour avoir remplacé Léa Salamé pendant ses absences. France Télévisions n’a toutefois pas précisé publiquement si cet intérim couvre toute la campagne ni à quelle condition un retour pourrait être envisagé.

Le retrait concerne le journal télévisé, et non l’ensemble des activités de Léa Salamé dans le groupe. La journaliste doit continuer à travailler sur d’autres contenus pour France Télévisions. Elle conserve également la présentation de Quelle époque !, le magazine du samedi soir.

Cette continuité s’accompagne d’une frontière éditoriale explicite : l’émission ne couvrira pas la campagne présidentielle. L’aménagement cherche ainsi à isoler les sujets politiques susceptibles de créer une ambiguïté. La mesure de précaution ne devient donc pas une éviction générale de l’antenne.

Le calendrier reste ouvert. Ni une date de fin précise ni les conditions détaillées d’un retour au 20H n’ont été rendues publiques au 24 août. L’issue de la primaire peut modifier la situation politique de Raphaël Glucksmann. À ce stade, elle ne permet pas de déduire la suite pour la présentatrice.

Des précédents pour les femmes comme pour les hommes

Léa Salamé avait déjà adapté son activité à deux reprises. En 2019, pendant la première campagne européenne de Raphaël Glucksmann, elle s’était retirée de la matinale de France Inter. Elle avait aussi quitté ses fonctions politiques sur France 2. En 2024, elle était restée à l’antenne, mais avait renoncé aux interviews politiques et évité de traiter l’actualité concernant son compagnon.

D’autres figures de l’audiovisuel ont connu des aménagements comparables. Anne Sinclair avait quitté 7 sur 7 en 1997 lorsque Dominique Strauss-Kahn était entré au gouvernement. Marie Drucker s’était retirée de Soir 3 en 2006 après la nomination de François Baroin comme ministre. Béatrice Schönberg s’était éloignée des journaux de France 2 en 2007 alors que Jean-Louis Borloo exerçait des responsabilités gouvernementales.

Les hommes sont également concernés. En 2021, Thomas Sotto s’était écarté des émissions politiques de France 2 pendant la campagne présidentielle. Cette décision tenait à sa relation avec une conseillère du Premier ministre Jean Castex. Dans d’autres cas, des journalistes ont conservé une partie de leurs fonctions. Ils ont toutefois renoncé aux interviews ou à la supervision de sujets relevant du domaine d’activité de leur conjoint.

Ces précédents ne dessinent donc pas une règle unique. Ils montrent une logique graduée : plus la fonction journalistique est directement liée au champ politique occupé par le proche, plus l’aménagement est important. Le retrait total d’un programme n’est qu’une réponse possible parmi d’autres.

L’impartialité se joue aussi dans la perception du public

La déontologie ne consiste pas seulement à sanctionner une influence prouvée. Elle vise aussi à prévenir les situations susceptibles de rendre le travail collectif plus difficile ou de nourrir une contestation permanente de sa crédibilité. Cette exigence est particulièrement forte pour l’audiovisuel public, financé pour informer tous les citoyens et soumis à une attention politique constante.

Le choix de France Télévisions protège d’abord la rédaction contre un conflit d’intérêts apparent. Il évite que chaque ordre des sujets, chaque invitation ou chaque question soit interprété à travers la relation entre Léa Salamé et Raphaël Glucksmann. Il protège aussi la journaliste d’une équation réductrice entre ses choix professionnels et ceux de son compagnon.

Cette mise à distance ne tranche rien sur la qualité de son travail ni sur ses convictions personnelles. Elle reconnaît plutôt qu’à l’approche d’une élection présidentielle, l’indépendance éditoriale doit pouvoir être constatée autant qu’affirmée. Le dispositif choisi par France Télévisions sera désormais jugé sur sa clarté et sa cohérence. Il devra aussi garantir le même traitement à toutes les candidatures.

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Léa Salamé se retire du 20 heures à cause de la candidature de Raphaël Glucksmann

Cet article a été rédigé par Christian Pierre.